lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

290407

Afrique - Cameroun - René Philombé

René Philombé (1930-2001) est un écrivain et poète camerounais ("Lettres de ma cambuse" - 1964 ; "Un sorcier blanc à Zangali"). Il milite contre la  colonisation dans l'Union des Populations du Cameroun (UPC).

L'homme qui te ressemble

J'ai frappé à ta porte
J'ai frappé à ton cœur
Pourquoi me repousser ?
Ouvre-moi, mon frère.
Pourquoi me demander
L'épaisseur de mes lèvres
La longueur de mon nez
La couleur de ma peau
Et le nom de mes dieux ?
Ouvre-moi, mon frère.
Pourquoi me demander
Si je suis d'Afrique
Si je suis d'Amérique
Si je suis d'Asie
Si je suis d'Europe ?
Ouvre-moi, mon frère.
Je ne suis pas un noir
Je ne suis pas un rouge
Je ne suis pas un blanc,
Je ne suis pas un jaune.
Ouvre-moi, mon frère.
Je ne suis qu'un homme,
L'homme de tous les cieux,
L'homme de tous les temps,
L'homme qui te ressemble :
Ouvre-moi, mon frère.

René Philombé


Posté par de passage à 23:00 - PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde) - Permalien [#]

Afrique - Mali - Amadou Hampâté Bâ

Amadou Hampâté Bâ (1900-1991) est un écrivain ("Amkoullel, l'enfant Peul"), poète et ethnologue Peul né au Mali et mort en Côte d'Ivoire. Les Peuls sont une ethnie d'Afrique Occidentale, nomades  éleveurs de bétail.

Amadou Hampâthé Bâ est attaché à tradition orale des Peuls, moyen de transmission de la culture et de l'Histoire, par les contes initiatiques, légendes, poésies ...

"Je suis un diplômé de la grande université de la Parole enseignée à l’ombre des baobabs."

"En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle."

Il a publié des poésies et des contes, et ses mémoires sont édités après sa disparition : Amkoullel l’enfant peul (mémoires I, 1991) et Oui mon commandant ! (mémoires II, 1994) ;

Lôtori (extrait)

Levez-vous ! les poules du villages ont crié ;
les ânes ont brait à s’en lasser ;
les oiseaux se sont éveillés ; les hyènes ont filé ;
le caméléon est entré dans la rosée et voici le calao qui cherche à s’envoler
Lôtori ! Lôtori, conduisez les troupeaux à la mare de Béla !

Amadou Hampâté Bâ

Et voici le début de ce poème dans son texte original en langue peul ( Le texte ci-dessus en français est sur le Web. Le passage ci-dessous est emprunté à l'ouvrage "Tour de Terre en poésie", de Jean-Marie Henry et Mireille Vautier (éditions Rue du Monde - 1998).livre_tour_de_terre

Lootori  

Ummee ! cofe ngenndi woyii ;
dakiiji kiikii fa comii ;
pooli pinii pobbi dogii ;doonyo naatii saawandere ...

Amadou Hampâté Bâ ("L'éclat de la grande étoile "; Bain rituel" - Classiques africains - éditions Belin)


Posté par de passage à 22:50 - PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde) - Permalien [#]

Afrique - Sénégal - David Diop

David Diop (1927-1960) est un poète sénégalais né en France de parents africains. Il a vécu en France et au Sénégal. Sa poésie (un seul recueil), est très engagée contre le colonialisme.

Défi à la force

Toi qui plies, toi qui pleures
Toi qui meurs un jour sans savoir pourquoi
Toi qui luttes, qui veilles sur le repos de l’autre
Toi qui ne regardes plus avec le rire dans les yeux
Toi mon frère au visage de peur et d’angoisse
Relève toi et crie : Non

David Diop ("Coups de pilon" - Présence Africaine, 1956).


Posté par de passage à 22:46 - PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde) - Permalien [#]

Afrique - Sénégal - Cheik Aliou Ndao

Sidi Ahmed Cheik Aliou Ndao est né en 1933, est un romancier sénégalais Wolof*, auteur de deux romans en wolof : Buur Tillen (1967) et Mbaam Dictateur (Présence Africaine, 1997) ; et d'autres en français.
Il est également auteur de nouvelles, de pièces de théâtre (l'Exil d'Albouri , 1967 ; L'Ile de Bahila, 1975) et poète (Kairée, 1964 ; Mogariennes, 1970).

* Les Wolof sont une ethnie d'Afrique de l'Ouest. Le wolof est la langue la plus parlée au Sénégal. Son écriture utilise aujourd'hui l'alphabet latin.

Midi (extrait)

Voici que l’air s’immobilise
Pas une aile d’oiseau
La cigale a délaissé l’archet de son violon
Aucune cadence du pilon de Kumba
Ô femme pas une graine de mil
Concassé sur ton van
Midi tu me fais peur
Tu as éparpillé tes braises
La femme assise à l’ombre
Tresse les cheveux de ses compagnes
Femme à l’affût d’un imprudent
Midi tu me fais peur
Voici que l’air s’immobilise
Comme du lait caillé au fond
D’une calebasse

Cheik Aliou Ndao

Texte en wolof :

Njolloor

Jaww ji ne tekk
Ni mbaanig ci layten
Du picc muy fër-fëri
Mbaa petax muy pët-pëti
Riiti salliir du ñu tanqal
Kumba kandaŋul di fi lay sanqal
Njolloor maa la ragal
Wesaare nga say xal
Jabaru jinne gappariku
Ci keppaar di létt moroomam
Mbaa di xaar ku laar
Jaww ji ne tekk ni mbaanig ci layten

Cheik Aliou Ndao


Posté par de passage à 22:46 - PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde) - Permalien [#]

Amérique Centrale- Antilles - Cuba

Alberto Edel Morales

livre_po_sie_cubaineEn regardant les autos passer (extrait)

Dans les petites villes du centre de Cuba
les rues habituellement bruyantes et douces,
deviennent vides aux mois d'hiver.
J'ai vécu cette pesante quiétude.
...
Dans les petites villes du centre de Cuba
tout est absence et attente aux mois d'hiver.
J'ai vécu cette pesante quiétude.

Alberto Edel Morales ("Poésie Cubaine 1980 - 2000" numéro 24 de la revue Bacchanales - 2001 - Maison de la Poésie Rhône-Alpes)

traduction :

Viendo los autos pasar

En las pequeñas ciudades del centro de Cuba
las calles, habitualmente bulliciosas y dulces,
se quedan vacías en los meses de invierno.
Yo he vivido esa pesada quietud.

En las pequeñas ciudades del centro de Cuba
todo es ausencia y espera en lo meses de invierno.
Yo he vivido esa pesada quietud.


Los pies desnudos

No tengo nada.

Sólo el amor
de una muchacha
y mis párpados abiertos.

Así puedo
correr sobre la hierba
húmeda y punzante.

Sabiendo
que a esa certeza
llamarán locura.

Alberto Edel Morales

Traduction :

Les pieds nus

Je ne possède rien.

Seulement l'amour
d'une jeune fille
et mes paupières ouvertes.

Je peux ainsi
courir sur l'herbe
humide et piquante.

En sachant bien
que cette assurance
ils l'appelleront folie.

Alberto Edel Morales traduction Lieucommun


Nicolas Guillén (1902-1989) est sans doute le plus connu des poètes cubains.
Sa poésie parle du métissage, du respect de l’autre, du refus de l’injustice, contre l’impérialisme et la colonisation.

Un son para niños antillos      

Por el Mar de las Antillas
anda un barco de papel
anda y anda el barco barco,
Sin timonel.

De la Habana a Portobelo,
de Jamaica a Trinidad,
anda y anda al barco barco,
Sin capitan.

Una negra va en la popa
va en la proa un español :
Anda y anda el barco barco,
con ellos dos.

Pasan islas, islas, islas,
muchas islas, siempre mas ;
anda y anda el barco barco,
sin descansar.

Un cañon de chocolate
contra el barco disparo,
y un cañon de azucar, zucar,
le contesto.

¡Ay, mi barco marinero,
con su casco de papel !
¡Ay, mi barco negro y blanco
sin timonel !

Alla va la negra negra
junto junto al español ;
anda y anda al barco barco
con ellos dos.

Nicolas Guillén ("El son entero")

Traduction de Claude Couffon :

Une chanson pour les enfants antillais

Voguant sur la Mer des Antilles
avance un bateau de papier
le bateau avance, avance,
sans timonier.

De La Havane à Portobel,
de Jamaïque à Trinité,
le bateau avance, avance,
sans capitaine.

Une négresse est à la poupe
à la proue est un espagnol :
le bateau avance, avance,
avec eux.

Passent des îles et des îles,
des îles et puis d’autres îles ;
le bateau avance, avance,
sans repos.

Un canon tout en chocolat
a tiré contre le bateau,
qui de son canon tout en sucre,
a répondu.

Ah ! mon bateau filant sur l’eau
avec sa coque de papier !
Ah ! mon bateau tout noir et blanc,
sans timonier !

Sur le bateau va la négresse
et l’espagnol
le bateau avance, avance
avec eux.

Nicolas Guillén ("Poésie Cubaine du XXème siècle" - Patiño, 1998)


Un largo lagarto verde (extrait) - titre proposé

Por el Mar de las Antillas
(que también Caribe llaman)
batida por olas duras
y ornada de espumas blandas,
bajo el sol que la persigue
y el viento que la rechaza,
cantando a lágrima viva
navega Cuba en su mapa :
un largo lagarto verde,
con ojos de piedra y agua.

Un long lézard vert

Dans la mer des Antilles
(Qu'on nomme aussi Caraïbe)
fouettée de violentes vagues
et ornée de blanche écume,
sous le soleil qui la persécute
et le vent qui la repousse,
chantant à chaudes larmes
Cuba navigue sur sa carte :
long crocodile vert
aux yeux d'eau et de pierre.

Nicolas Guillén ("Un largo lagarto verde" - 1958) traduction Lieucommun


Roberto Fernandez Retamar est né en 1930 à Cuba.
Une poésie traduite en français est déjà sur le blog (Lettera amorosa).
Celle-ci est peut-être bien dans le thème 2008, mais le texte est trop agressif pour la classe.
Contentons-nous d'en proposer un très court passage (couleur) en français. Que ceux qui veulent aller plus loin prennent un dictionnaire ...!

Heureux les normaux, ces êtres étranges.
...
Mais qu'ils laissent la place à ceux qui font le monde et les rêves,
Les illusions, les symphonies, les paroles qui nous démantibulent
Et nous construisent...
Qu'ils leur laissent leur place en enfer, et basta !

Roberto Fernandez Retamar   trad. Lieucommun

Texte original :

Felices los normales, esos seres extraños,
Los que no tuvieron una madre loca, un padre borracho, un hijo delincuente,
Una casa en ninguna parte, una enfermedad desconocida,
Los que no han sido calcinados por un amor devorante,
Los que vivieron los diecisiete rostros de la sonrisa y un poco más,
Los llenos de zapatos, los arcángeles con sombreros,
Los satisfechos, los gordos, los lindos,
Los rintintín y sus secuaces, los que cómo no, por aquí,
Los que ganan, los que son queridos hasta la empuñadura,
Los flautistas acompañados por ratones,
Los vendedores y sus compradores,
Los caballeros ligeramente sobrehumanos,
Los hombres vestidos de truenos y las mujeres de relámpagos,
Los delicados, los sensatos, los finos,
Los amables, los dulces, los comestibles y los bebestibles.
Felices las aves, el estiércol, las piedras.

Pero que den paso a los que hacen los mundos y los sueños,
Las ilusiones, las sinfonías, las palabras que nos desbaratan
Y nos construyen
, los más locos que sus madres, los más borrachos
Que sus padres y más delincuentes que sus hijos
Y más devorados por amores calcinantes.
Que les dejen su sitio en el infierno, y basta.


Posté par de passage à 22:43 - PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde) - Permalien [#]

Amérique Centrale - Guatemala - poésie maya traditionnelle

Le territoire des Mayas occupe essentiellement le sud du Mexique et le nord du Guatemala et du Belize. La langue la plus parlée par les mayas est le quiché (maya quiché) et l'espagnol, mais il existe d'autres langues suivant les régions.
Les Mayas d'aujourd'hui sont agriculteurs et artisans, mais nombre d'entre-eux ont quitté leur territoire d'origine pour les grandes villes du Guatemala et du Mexique.
Deux adresses pour ceux qui voudraient en savoir davantage : l'historique et la civilisation Maya sur Wikipedia ; et le site ami JSE2 pour des techniques textiles et des actions solidaires (On trouvera facilement de très nombreux autres sites).
 

 Pour se familiariser avec la langue maya (et l'espagnol), on trouvera des textes et quelques éléments lexicaux ici, et même des cours de maya, avec le son ! : http://www.lexilogos.com/maya_langue_dictionnaire.htm
_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _

Le Rabinal Achi (l’Homme de Rabinal) est une oeuvre poétique et théâtrale dramatique expliquant le mode de vie et les coutumes mayas. C'est une danse rituelle du village de Rabinal, au Guatemala, toujours célébrée le jour de la Saint-Paul, le 25 janvier, dans ce village.
Le texte original en avait été découvert puis publié en 1862 par Charles Étienne Brasseur de Bourbourg. C'est à partir d’un autre manuscrit en langue quichéachi (Miguel Pérez, 1913) qu'a été établie l'édition actuelle.
Voici donc  un passage du Rabinal Achi, avec l'aimable autorisation d'Alain Breton, qui en a dirigé la traduction et l'édition (Rabinal Achi, Un drame dynastique maya du XVe siècle).

Rabinal Achi     l’Homme de Rabinal (extrait)

ajkaroq kaj    « Ô ciel,
ajkaroq ulew       ô terre !
la ma na k’o xopon wi ri woyewalal    N’est-elle parvenue à rien, ma colère
                                    ri wachijilal                                               ma force ?
mi xintij k’u ri pa kaj nube    J’ai joui de mon parcours sous le ciel
                        pa ulew nube                 de mon parcours sur la terre,
mi xintzelej wi tolo    j’en suis revenu bredouille !
ma na k’o k’u xopon wi ri woyewalal    À rien n’est parvenue ma colère
                                       ri wachijilal                                       ma force !
ajkaroq kaj    Ô ciel,
ajkaroq ulew    ô terre !
la qatzij waral in kamel    Est-il certain qu’ici je mourrai
                        in sachel                                   je disparaîtrai,
waral chi uxmut kaj    ici, au nombril du ciel
          chi uxmut ulew          au nombril de la terre ? »

jix ba la nuq’ana pwaq    « Allez-vous en, mes métaux dorés
              nusaqi pwaq                                mes métaux argentés !
jix puch ral nuch’ab    Allez-vous en, l’enfant de mon arc
              ral nupokob                            l’enfant de mon bouclier,
              nuyakim wit                            mon manche de guerre
              nuyakim wikaj                            ma hache de guerre !
jix puch ix taq watzyaq    Allez aussi, vous tous, mes vêtements
                 ruk’ nuxtapyak                                     et mes sandales !
jix ba la chi qajuyubal    Allez-vous en vers nos montagnes
              chi qataq’ajal                            vers nos vallées !
ji ya ba la qatzijol    Allez communiquer la nouvelle nous concernant
chi uwach qajawal    face à notre maître
                 qawinaqil           à notre éminence,
rumal kacha lo wa qajawal    car notre maître
                              qawinaqil          notre éminence dit peut-être :
katajin ulo wa woyewal    “Il est en route, mon coléreux
                        wachijilal                             mon guerrier,
tzukuy re    en train de chercher
kajaley qecha’                de rechercher notre nourriture
            qak’uxun                                      notre subsistance !”
kacha lo wa qajawal    C’est ce que dit probablement notre maître
                    qawinaqil                                                    notre éminence !
la ma kacha ta ri wa    Ce qu’il ne dira plus
we xa woyeben chi nukamik    si tant est que j’attends désormais ma mort
                               nusachik                                                          ma disparition
waral chi uxmut kaj    ici, au nombril du ciel
          chi uxmut ulew          au nombril de la terre ! »

ajkaroq ba la kaj    « Ô, ciel
ajkaroq ba la ulew       ô, terre !
we qatz waral in kamel    Si vraiment ici je meurs
                       in sachel                            je disparais,
waral chi uxmut kaj    ici, au nombril du ciel
          chi uxmut ulew          au nombril de la terre,
are k’u x chinwachilibej la kuk    alors, que je ressemble à cet écureuil
                                       la tz’ikin                                        à cet oiseau
la xkam chi uq’ab che’    qui mourut sur la branche
             chi uxum che’                      sur le rameau de l’arbre
chirech utzukuxik la recha’    dont est tirée sa nourriture
                             la uk’uxun                         sa subsistance,
waral chi uxmut kaj    ici, au nombril du ciel
          chi uxmut ulew          au nombril de la terre ! »

ix ba ri kot    « Ô, vous, les Guerriers Aigles
ix ba ri balam       ô, vous, les Guerriers Jaguars,
kixpeta ba la    venez !
chibana ba ri ichak    Faites votre travail
chibana ba ri ipatan    accomplissez votre charge,
chibana ba la ri iwe’    faites donc agir vos crocs
                      ri iwixkaq                          et vos serres,
ma k’u qatz jumer wachil kiniwismarisaj    afin qu’en un instant vous me fassiez devenir plumage
rumal xa xinoyew wi    puisque je fus seulement valeureux
chi nupetik chi nujuyubal    en venant de mes montagnes
                   chi nutaq’ajal                    de mes vallées !
keje kaj    Que le ciel
       ulew chik’oji’ iwuk’        et la terre demeurent avec vous,
ix kot        vous, les Guerriers Aigles,
ix balam    vous, les Guerriers Jaguars ! »

D’après : Alain Breton (éd.) : Rabinal Achi. Un drame dynastique maya du quinzième siècle - Nanterre, Société des américanistes & Société d’ethnologie, 1994, pp. 315-319.


Posté par de passage à 22:42 - PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde) - Permalien [#]

Amérique Centrale - Guatemala - poésie maya contemporaine

Luis de Lión, de son vrai nom Jose Luis de Leon Diaz (1939-1984), était un instituteur, romancier et poète Maya du Guatemala. Sa poésie parle d'amour et de la vie quotidienne des paysans qu'il a défendus contre la répression. Il a disparu en 1984, après avoir été arrêté par la police.

Epitafio

¿ Por qué se empeña la muerte
en matar, vanamente, a la vida,
si la más humilde semilla
rompe la piedra más fuerte ?

Luis de Lión

Traduction proposée par Lieucommun :

Épitaphe

Pourquoi la mort s'obstine-t-elle
à tuer, vainement, la vie,
si la plus humble semence
brise la roche la plus dure ?


Acerca del papel de la belleza

Porque
cada clavel es una chispa
esta manifestación es un incendio
porque
el fuego se alimenta
con las cláusulas de un libro
con el viento de una huelga
o con la llama de una flor.

Luis de Lión

Traduction proposée par Lieucommun :
A propos du rôle de la beauté

Parce que
chaque oeillet est une étincelle,
cette manifestation est un incendie
parce que
le feu se nourrit
des phrases d’un livre
du vent d’une grève*,
ou de la flamme* d’une fleur.

* flamme : ici dans le sens de passion
* grève : il s'agit ici de l'action sociale, pas de la plage


Humberto Ak’abal, né en 1952, est un poète Maya du Guatemala. Les Mayas représentent plus de la moitié de la population de ce pays, mais c'est un peuple qui lutte pour son existence et sa culture (300 000 indiens mayas ont été tués dans les années 80). On trouvera ici sur le blog, d'autres petits poèmes de cet auteur.

" La justice ne parle pas la langue des indiens,
la justice ne descend pas chez les pauvres,
la justice ne porte pas de caites,
la justice ne marche pas pieds nus
sur les chemins de terre..."

Les caites sont les sandales des indiens mayas

La justicia no habla en lengua de indios,
la justicia no desciende a los pobres,
la justicia no usa caites,
la justicia no camina descalza
por caminos de tierra ...

Les deux poèmes qui suivent sont parus dans le journal "La Jornada" (La Journée) sous le titre La memoria del árbol (La mémoire de l'arbre), présentés par Eduardo Galeano. Ak'abal les a écrits en maya quiché et traduits en espagnol. Nous vous en proposons la traduction en français.

B'alam

K'o taq mul in b'alam,
kinxak'in pa taq siwan,
kinch'opin puwi' taq ri tanatik
kinb'inib'ej, kinq'axaj juyub'.

Kinwil ri unimal ri kaj,
ri uchowil, jela' che ri ja',
ri uk'ux ri ulew.

Kintzijon ruk' ri q'ij,
kinetz'an ruk' ri ik',
kinb'oq' ch'umil
kinnak' chuwij.

Kinsilob'aj ri nuje',
kinq'oyi' cho ri le'anik
kinkosik', kinwesaj ri waq'.

Humberto Ak’abal

en espagnol : Jaguar

Otras veces soy jaguar,
corro por barrancos,
salto sobre peñascos,
trepo montañas.

Miro más allá del cielo,
más allá del agua,
más allá de la tierra.

Platico con el sol,
juego con la luna,
arranco estrellas
y las pego a mi cuerpo.

Mientras muevo la cola,
me echo sobre el pasto
con la lengua de fuera

Humberto Ak’abal (dans le quotidien "La Jornada" du 17 février 1999)

Traduction en français proposée par Lieucommun :
Jaguar

Parfois, je suis jaguar,
je cours par les ravins,
je saute par-dessus les rochers,
j'escalade les montagnes.

Je regarde au-delà du ciel,
au-delà de l'eau,
au-delà de la terre.

Je parle avec le soleil,
je joue avec la lune,
J'arrache des étoiles
et je les fixe sur mon corps.

En remuant la queue,
je me précipite dans l'herbe,
la langue dehors.


Rapapem

In inchikop :
ri nurapapem
kinb'an pa ri wanima'.

Vuelo

Soy pájaro :
mis vuelos son
dentro de mí.

Humberto Ak’abal

Traduction proposée par Lieucommun :
Je vole

Je suis un oiseau :
je vole
à l'intérieur de moi-même.


Autres textes en espagnol (avec traduction) :

Las luciérnagas

Las luciérnagas
son estrellas
que bajaron del cielo

y las estrellas
son luciérnagas
que no pudieron bajar.

Apagan y encienden sus ocotíos
para que les duren
toda la noche.

Humberto Ak’abal

Traduction proposée par Lieucommun :

Les lucioles

Les lucioles
sont des étoiles
descendues du ciel

et les étoiles
sont des vers luisants
qui n'ont pas pu descendre.

Ils éteignent et allument leur petits braseros
pour avoir de la lumière
toute la nuit.

Humberto Ak’abal


Allá

Allá
de donde yo soy

es el único lugar
donde uno
puede agarrarse de la noche
como de una baranda

para no caer
en la oscuridad.

Humberto Ak’abal

Traduction proposée par Lieucommun :
Là-bas

Là-bas
où moi je suis né,

c'est le seul lieu
où l'on peut s'appuyer sur la nuit
comme sur une balustrade

pour ne pas tomber
dans l'obscurité.

Humberto Ak’abal


Árbol

Libro verde
árbol poeta
¡cuánta poesía en tus hojas!
Quienquiera
que se pose en tus ramas
se vuelve cantor.

Humberto Ak’abal

Traduction proposée par Lieucommun :

Arbre

Livre vert
arbre poète
que de poésie dans tes feuilles !
Quiconque
se pose sur tes branches
devient chanteur.

Humberto Ak’abal



Posté par de passage à 22:42 - PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde) - Permalien [#]

Amérique Centrale - Mexique - poésie aztèque

L'empire Aztèque occupait aux XIVe, XVe et XVIe siècles une grande partie du Mexique, dont la capitale était Tenochtitlan, aujourd'hui Mexico, capitale du Mexique.
La langue náhuatl, parlée par les Aztèques est aussi la langue actuelle des "Nahua", leurs descendants, qui constituent au Mexique et au Salvador une population de un à deux millions de personnes.

On pourra consulter ici, sur le site de l'Académie de Montpellier, l''histoire de cette civilisation.


in xochítl in cucat  
"la fleur et le chant"

Les Aztèques désignaient ainsi le poésie, en langue náhuatl

Miguel León-Portilla, qui a préfacé l'ouvrage Poésie náhuatl d'amour et d'amitié (éditions La Différence, 1991), a lui-même écrit des poèmes en náhuatl et en espagnol dans son livre réunissant des textes de poètes náhualt : Poesía Náhuatl, la de ellos y la mía.(Poésie Náhuatl, leur poésie et la mienne).


Tochin in metztic

Yohualtotomeh
inchan omanqueh:
cenca quiahuia yohualnepantla.

In ihcuac oyahqueh in tlilmixtli,
yohualtotomeh patlantinemih,
azo quittayah tochin in metztic.

Nehhuatl huel oniquimittac
in yohualtotomeh
ihuan tochin in metztic.

En espagnol : El conejo en la luna

Los pájaros de la noche
se quedaron en su casa;
mucho llovía a la mitad de la noche

Cuando las nubes negras se fueron,
los pájaros estuvieron revoloteando,
tal vez veían al conejo en la Luna

Yo pude contemplar
a los pájaros de la noche
y también al conejo en la Luna.

Miguel León-Portilla (Poesía Náhuatl, la de ellos y la mía - éditions Diana, 2006)

Traduction en français proposée (par Lieucommun) :

Le lapin de la lune

Les oiseaux de nuit
sont restés chez eux ;
il a beaucoup plu au milieu de la nuit.

Quand les nuages sombres sont partis,
les oiseaux se sont mis à voleter,
peut-être ont-ils aperçu le lapin dans la lune ?

Moi j'ai pu contempler
les oiseaux de nuit
et aussi le lapin dans la lune.

Miguel León-Portilla (Poésie Náhuatl, leur poésie et la mienne - éditions Diana, 2006)


Tochihuitzin, señor de Mexicaltzinco, est un poète Aztèque du XVIe siécle : 

Kuicatl anyolke

Kuicatl anyolke,
xochitl ankueponke,
antepilwan,
ni zakatimaltzin, in Tochiwitzin,
ompa ye witze
xochimecatl.

Texte en espagnol :

Eterna vida de poesía

Cual un canto habéis vivido,
cual una flor habéis brotado,
oh príncipes.
Yo soy Tochihuitzin que dejé la grama:
¡aquí va el sartal de mis flores!

Tochihuitzin ("Cantares mexicanos")

Traduction en français proposée (par Lieucommun) :

Éternelle vie de poésie

Tels une pierre vous avez vécu,
Tels une fleur vous avez poussé,
oh princes.
Moi je suis Tochihuitzin et j'ai méprisé la mauvaise herbe :
voici mon collier* de fleurs !

"sartal" est traduit par "colllier", en attendant mieux ...


Du même auteur :

Tecayehuatzin

Itlatol temiktli Auh tokniwane,
tla xokonkakikan in itlatol temiktli:
xoxopantla technemitia,
in teocuitlaxilotl, techonitwuitia
tlauhkecholelotl, techoncozctia.
¡In tikmati ye ontlaneltoca
toyiollo, toknihuan!

Sueño de palabras

¡ Amigos, favor de oír
este sueño de palabras !

En tiempo de primavera nos da vida
el áureo brote de la mazorca ;
nos da refrigerio la roja mazorca tierna,
pero es un collar rico el que sepamos
que nos es fiel el corazón de nuestros amigos.

Tochihuitzin ("Cantares mexicanos")

Traduction en français proposée (par Lieucommun) :

Rêve en paroles

Amis, écoutez s'il-vous-plaît
ce rêve en paroles !

C'est au printemps que le bourgeon doré du maïs
nous donne la vie ;
et c'est le tendre épi rouge qui nous rafrâichit,
mais c'est une richesse de savoir
que le coeur de nos amis nous est fidèle.


Humberto Tehuacatl Cuaquehua est un médecin traditionnel et poète náhuatl, co-fondateur de l'association Escritores en Lenguas indígenas, (Écrivains de Langues Indigènes) ; membre actif de  la Société Mexicaine de Géographie et de Statistiques ; fondateur du Centre de Consultation de Médecine Traditionnelle "Quetzalpapalotl", etc .

Cuahucuicatl

Motecpana cuahuyotl,
motecpana xihume ;
in nelhuayo quitemo in peyo
¿ oncatlye contemo ?
¿ ye nemiliztl ye miquiliztl ?

In nelhua conteno miquilyo ;
in xoch in izhua neyo nemilyo
tlanye moteeezcahuia intla tlatlalyo.

Acyehuan concuica nelyo micnenyo

Acyehuan concuica nelyo yolnemitl
Yehuan onmoxochtlalia ipan tlaltzintli
¿on tleca?

oc tal ipa manenemi nehnemilyo
tlan ipan contohtoca miquiliztli

In yolli miquiliztli monotza,
onmonelohuan mah onmohuetzcatia
Imitica cuahuyo.

Yehuan momatlaxcalhuia ica in izhua;
tlan ica ompehuaz mitotilyo in cuica
cuahuyo.


Canto de los Árboles

Se enfilan los árboles,
se encaminan las plantas ;
sus raíces buscan el comienzo.
¿ Cuál comienzo buscan ?
¿ será la vida o la muerte ?

Sus raíces buscan la muerte profunda ;
flores y hojas buscan la vida profunda
que se refleja en el mundo-fuego.

En verdad ellos cantan el viaje de la vida,

Así, ellos se ofrecen en la tierra,
¿ para qué ?
para que camine la vida
correteando a la muerte.

La vida y la muerte se llaman,
y se juntan para hacerse reír
en medio de la profundidad de los árboles.

Ellos aplauden con sus hojas ;
así comienza la danza
y el canto de los árboles.

Humberto Tehuacatl Cuaquehua

Traduction en français proposée (par Lieucommun) :

Le chant des Arbres

Les arbres se mettent en rang,
les plantes se mettent en route ;
leurs racines cherchent le commencement.
Quel commencement cherchent-elles ?
celui de la vie ou celui de la mort ?

Leurs racines cherchent la mort profonde ;
les fleurs et les feuilles cherchent la vie profonde
qui se reflète dans le monde-feu.

En vérité ils chantent le voyage de la vie.

C'est ainsi qu'ils s'offrent à la terre,
pourquoi ?
pour que la vie avance sur sa route,
poursuivant la mort.

La vie et la mort s'appellent,
et s'unissent pour se faire rire,
dans la profondeur des arbres.

Eux, ils applaudissent de toutes leurs feuilles ;
ainsi commence la danse
et le chant des arbres.


Natalio Hermandez Xocoyotzin est aussi un poète náhuatl contemporain, prix Nezahualcoyotl de Litttérature en 1997, ex président de l' Association des Écrivains de Langues Indigènes :

Texte en espagnol des 2 strophes de ce poème :

Algunas veces siento que los indios
esperamos la llegada de un hombre
que todo lo puede
que todo lo sabe
que nos puede ayudar a resolver
todos nuestros problemas

Sin embargo, ese hombre que todo lo puede
y que todo lo sabe
nunca llegara
por que vive en nosotros,
se encuentra en nosotros,
camina con nosotros;
aun duerme
pero esta despertando.

Deuxième strophe en langue
 náhuatl :

Ni tlakatl tlen nochi ueli
uan nochi kimati
axkemaj asikii
Pampa tonaya itskok
tonaya nemi;
penaya tla chia,
nojia kochtok

Natalio Hermandez Xocoyotzin

Traduction en français proposée (par Lieucommun) :

Quelquefois j'ai l'impression que nous, les Indiens,
nous attendons que vienne un homme
qui peut tout,
qui sait tout,
qui pourrait nous aider à résoudre
tous nos problèmes.

Bien entendu, cet homme qui peut tout,
qui sait tout,
ne viendra jamais,
parce qu'il vit en nous,
il est en nous,
il avance avec nous,
il est encore endormi
mais commence à se réveiller.


Alfredo Ramírez, anthropologue, historien et poète mexicain contemporain également, a publié en espagnol et en náhuatl des poèmes dans diverses revues :

Miltzintli' cualtzin

Aman mixco' notech nemi',
un mixco' cualtzin,
un mixco' celic quen ce miltzintli cuac ixua',
mixco ce miltzintli' celic.
Celic, celic, celic.
Pampa' cuac ixua'
ticnequizquia' tiquiztoz,
uan ticnenectoz
uan ihcon nicnequizquia'
nicnenectoz mixco',
um mixco' celic
pampa cualtzin quen un miltzintli'
cua celiztoc uan quemech ixuatoc
ce timiltzintli celic
uan cualtzin.

Alfredo Ramírez

Una hermosa mata de maíz

Ahora tu rostro anda junto a mí.
Ese bonito rostro.
Ese rostro tierno como una milpita cuando brota,
tu rostro es una milpita tierna,
tierna, tierna, tierna.

Porque cuando brota
quisieras estarla viendo
y acariciándola
y así yo quisiera
acariciar tu rostro,
ese rostro tierno,
porque es bonito como esa milpita
cuando está enterneciéndose y casi brotando.
Tú eres una milpita tierna
y bonita.

Traduction en français proposée (par Lieucommun) du début de ce texte :

Un joli petit champ de maïs

A présent, ton visage est contre le mien.
Ton joli visage.
Ce visage aussi tendre qu'un petit champ de maïs au printemps,
ton visage est un tendre petit champ de maïs,
tendre, tendre, tendre.
...



Posté par de passage à 22:40 - PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde) - Permalien [#]

Amérique Centrale - Mexique - poésie zapotèque

La civilisation zapotèque s’est installée dans la vallée d’Oaxaca, au Mexique vers le XXIe siècle avant notre ère. Peuple de cultivateurs et de bâtisseurs, leur site le plus connu est celui de l'ancienne cité de Monte Albán.
La première forme d’écriture zapotèque était pictographique.
Aujourd’hui, la population zatopèque compte environ 200 000 personnes. La langue zapotèque est une des langues indigènes les plus parlées au Mexique, et la culture du maïs représente comme autrefois l'activité essentielle.

Mario Molina Cruz est l'actuel (2001) directeur de la Maison de la Culture d’Oaxaca (Mexique), et écrivain de langue zatopèque. Ces poèmes (le premier ne porte pas de titre), sont écrits dans les deux langues par l'auteur :

Los ríos no regresan,
las lágrimas tampoco.
Los ríos se van consumiendo
en el camino,
en la espesura, en los riegos,
en los sembradíos
y el mar abierto,
o simplemente los seca el tiempo.

texte zapotèque :

Binhakbiá chét guyedll Ibi'chlloki,
ka' yeo bill yabin nhák ke
Bál'ake, yeo'nhan ka' yózen
Zéj llnhiten, chét biyabillen
Lo' yix'kuan
Chét bi yechen tnhez, lo'nhis'tao
yalhanhe...
Yel'yachnhan muslhas llíw ga'tezé.

Mario Molina Cruz

traduction française proposée* (Lieucommun) :

Les rivières ne remontent pas à leur source,
les larmes non plus.
Les fleuves se perdent
en suivant leur cours,
dans les fourrés, les canaux d'irrigation,
dans les champs
et la mer ouverte,
ou c'est simplement le temps qui les sèche.

* Rappel : même soignée, et surtout en poésie, toute traduction est une trahison, parmi d'autres trahisons possibles.


Macario Matus est un écrivain mexicain zapotèque contemporain, journaliste et traducteur (il a traduit en langue zapotèque des poètes d'Espagne et d'Amérique latine) :

Amo y señor

La lengua de los zapotecas
es la voz de los árboles,
el canto de las aves,
el rumor del sol, el viento,
las estrellas, el mar, los ríos
anchos como el mismo cielo.

Es la lengua de los dioses,
de los padres y hermanas fieras,
como el ocelote, el lagarto
y las tortugas de ojos cansados.

Es el sonido de los seres invisibles,
de las montañas, el aire, el limo
de la naturaleza visible, movible.

texte zapotèque (par l'auteur) :

Stíidxa Binni Záa

náaca nii stíidxa yáaga,
riúunda stíi máani ripáapa,
stúuxu gubíidxa, stíi bíi,
cáa béele guíi, níisa dóo, guíigu
biáaca síica pé’ guibáa.

Náaca níi stiidxa cáa bidóo,
stii cáa bixhóoze núu
née bizáana núu máani dúuxhu
síica béedxe yúu, síica béeñe
née cáa bíigu lúu yáati.

Náaca níi ríidxi stíi cáa miáati quíi rihuínni,
stíi cáa dáani zúu, stíi bíi, béeñe
stíi guiidxi layúu rihuínni, riníibi.

(Poème tiré de Binii Zaá/Los Zapotecas, éditions Culturas Populares - FONCA, México, 1998)

traduction française proposée (Lieucommun) :

Maître et Seigneur

La langue zapotèque
est la voix des arbres,
le chant des oiseaux,
la rumeur du soleil, le vent,
les étoiles, la mer, les rivières
larges comme le ciel-même.

C'est la langue des dieux,
des ancêtres et de nos frères sauvages
comme l'ocelot, le lézard
et la tortue aux yeux fatigués.

C'est le bruit des êtres invisibles,
des montagnes, de l'air, du limon,
et de la nature visible, mobile.



Posté par de passage à 22:39 - PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde) - Permalien [#]

Amérique du Nord - Etats-Unis

Emily Dickinson (1830-1886) est une des plus importantes poètes des États-Unis d'Amérique.

"Je donnerais tous les poètes pour Emily Dickinson".
Cioran

Je reviens du Ciel

Je reviens du Ciel.
C'est un village ;
Pour lampe, un rubis ;
Du coton pour lattes.

Calme - plus qu'un champ
Au fort de la rosée ;
Plus beau qu'une image
Inventée par l'homme.
Les gens, tels des phalènes,
Etaient faits de dentelle ;
De gaze étaient leurs devoirs,
Et leur nom, de duvet.
Contente - ou presque,
Je pourrais être
En compagnie
Si singulière.

I went to Heaven

I went to Heaven –
‘Twas a small Town –
Lit – with a Ruby –
Lathed – with Down –

Stiller – than the fields
At the full Dew –
Beautiful – as Pictures –
No Man drew.
People – like the Moth –
Of Mechlin – frames –
Duties – of Gossamer.
And Eider – names –
Almost – contented
I – could be –
‘Mong such unique
Society –


On apprend l'eau par la soif
La terre par les mers qu'on traverse
L'exaltation  par l'angoisse
La paix en comptant ses batailles
L'amour par une image qu'on garde
Et les oiseaux  par la neige

texte original réorganisé

Water is taught by thirst
Land, by the ocean passed
Transport, by throe
Peace, by it's battle told
Love, by memorial mold
Birds, by the snow.


Si quelqu'un veut se coller à la traduction ...

The Robin (Le rossignol)
titre proposé

The Robin is the one

That interrupts the morn
With hurried, few, express reports
When March is scarcely on.

The robin is the one
That overflows the noon
With her cherubic quantity,
An April but begun.

The robin is the one
That speechless from her nest
Submits that home and certainty
And sanctity are best.


Walt Whitman (1819-1892) est un poète des Etats-Unis d'Amérique. Leaves of Grass ("Feuilles d'herbe"), qu'il a publié à compte d'auteur, avant que d'autres éditeurs ne l'acceptent, est son recueil de poèmes le plus représentatif. 

"Qui dégrade autrui me dégrade ;
Et rien ne se dit ou se fait qui ne retourne enfin à moi."

"Whoever degrades another degrades me ;
And whatever is done or said returns at last to me."

(Feuilles d'herbes - Leaves of Grass)

Fraternité

Seul, en ce moment, inquiet de tendresse et songeur,
Il me semble qu'il y a d'autres hommes et d'autres contrées
inquiets de tendresse et songeurs.
Il me semble que je puis jeter un coup d'oeil et les voir
En Allemagne, Italie, France, Espagne,
ou là-bas, très loin, en Chine ou en Russie, ou au Japon,
parlant d'autres dialectes.
Et il me semble que si je pouvais connaître ces hommes-là
Je m'attacherais à eux, comme je m'attache aux hommes de mon pays.
Oh! Je sais que nous serions frères et amis.
Je sais que je serai heureux avec eux.

(traduction : Léon Bazalguette) Texte original :

This moment yearning and thoughtful, sitting alone,    
It seems to me there are other men in other lands, yearning and thoughtful;    
It seems to me I can look over and behold them, in Germany, Italy, France, Spain—or far, far away, in China, or in Russia or India—talking other dialects;    
And it seems to me if I could know those men, I should become attached to them, as I do to men in my own lands;    
O I know we should be brethren and lovers,      
I know I should be happy with them.

Walt Whitman ("Feuilles d'herbes", 1855 à 1891 -  traduction de Léon Bazalguette et "Feuilles d’herbe", traduction de Jacques Darras, NRF Poésie/Gallimard, 2002)


Salut au Monde !

Et voici les marins du monde,
Les uns au milieu des tempêtes, d'autres dans la nuit avec le quart en veille,
D'autres en train de dériver sans merci, d'autres atteints de maladies contagieuses.
Voici les navires à voile et à vapeur du monde, les uns uns groupés dans les ports, d'autres en cours de traversée.
D'autres doublent le cap des tempêtes, d'autres le Cap Vert, d'autres les caps Gardafui, Bon ou Bojador
D'autres la pointe de Dondrah,
D'autres le cap Horn, d'autres voguent sur le golfe du Mexique ou le long de Cuba ou Haïti, d'autres sur la baie d'Hudson ou la baie de Baffin,
D'autres franchissent le Pas de Calais, d'autres entrent dans le Wash, d'autres dans le golfe de Solway, d'autres font le tour du cap Clear, d'autres du cap Land's End.
D'autres traversent le Zuyderzée ou l'Escaut,
D'autres touchent et quittent Gibraltar et aux Dardanelles,
D'autres se fraient rigoureusement leur route à travers les banquises du nord.
D'autres descendent l'Obi ou la Léna,
D'autres le Niger ou le Congo, d'autres l'Indus, le Brahmapoutre et le Mékong.
D'autres attendent sous pression prêts à partir dans les ports d'Australie.
Attendent à Liverpool, Glasgow, Dublin, Marseille, Lisbonne, Naples, Hambourg, Brême, Bordeaux, La Haye, Copenhague,
Attendent à Valparaiso, Rio de Janeiro, Panama.

Walt Whitman ("Feuilles d'herbes")


Wallace Stevens (1879-1955) a publié son premier livre, Harmonium, en 1923. Prix Pulitzer en 1955.

Bonhomme de neige

Il faut posséder un esprit d’hiver
Pour regarder le gel et les branches
Des pins sous leur croûte de neige ;

Avoir eu froid pendant longtemps
Pour contempler les genévriers hérissés de glace,
Les épicéas, bruts dans l’éclat lointain

Du soleil de janvier ; et ne pas imaginer
De détresse aucune dans le bruit du vent,
Le bruit d’une poignée de feuilles,

Qui est le bruit de l’étendue
Emplie du même vent
Soufflant dans le même lieu nu

Pour qui écoute, écoute dans la neige,
Et, n’étant rien lui-même, ne contemple
Rien qui ne soit là et le rien qui est.

(traduction de Claire Malroux)
texte original :

The snow Man

One must have a mind of winter
To regard the frost and the boughs
Of the pine-trees crusted with snow;

And have been cold a long time
To behold the junipers shagged with ice,
The spruces rough in the distant glitter

Of the January sun; and not to think
Of any misery in the sound of the wind,
In the sound of a few leaves,

Which is the sound of the land
Full of the same wind
That is blowing in the same bare place

For the listener, who listens in the snow,
And, nothing himself, beholds
Nothing that is not there and the nothing that is.

Wallace Stevens, ("Harmonium - Éditions Corti, 2002)



Posté par de passage à 22:37 - PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde) - Permalien [#]