lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

020109

PRINT POÈTES 2011 : PAYSAGES -textes traduits en français - sommaire

 sens_interdit_sourire_et_tristeLes textes publiés n'ont pas tous fait l'objet d'une demande d' autorisation.
  Les ayants droit peuvent nous en demander le retrait. 


paysage_palette_3"d'infinis paysages"

"Exprimer les liens profonds qui unissent l'homme à la nature, les célébrer ou les interroger est un des traits les plus constants de la poésie universelle. Mers et montagnes, îles et rivages, forêts et rivières, ciels, vents, soleils, déserts et collines, la plupart des poèmes porte comme un arrière-pays la mémoire des paysages vécus et traversés.
Se reconnaître ainsi tributaire des infinis visages du monde, c'est sans doute, comme le voulait Hölderlin, habiter en poète sur la terre".

Jean-Pierre Siméon, directeur artistique du Printemps des Poètes

Dans cette page et les suivantes,
des textes d'auteurs d'autres langues,
traduits en français

  Quelques pistes pour la création poétique accompagnent les textes
Beaucoup d'autres sont rangées dans les catégories précédentes
du Printemps des Poètes, et en particulier
>> PRINT POÈTES 2009 : L'HUMOUR des poètes

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SOMMAIRE

par noms d'auteurs ( les pages ne correspondent pas encore)

auteurs traduits en langue française
contenu et rangement en cours

Textes traduits : France, langues régionales
Textes traduits : Europe
Textes traduits : Afrique
Textes traduits : Asie
Textes traduits : Amérique
Textes traduits : Océanie
Textes traduits : régions arctiques 

 page 1 : 

Langues régionales de France 

Bretagne - Anjela Duval, Jean-Pierre Calloc'h ; Xavier Grall ; Gilles Servat ; Glenmor ; Manu Lann Huel
langue d'Oc / Occitanie - Max Rouquette ; Alan Pelhon ; Louisa Paulin ; Jean Boudou ou Joan Bodon
langue d'Oc / Provence - Frédéric Mistral, Sextius Michel
Pays basque/ Jean-Baptiste Elissamburu 
Alsace / Claude Vigée, Nathan Katz 
Nord, Picardie / Jules Mousseron ; Pierre Garnier ; Ilse Garnier

Langues d'Europe 

allemand / Autriche : Rainer Maria Rilke ; Allemagne : Paul Celan ; Hermann Hesse
anglais / Irlande : Samuel Beckett ; William Butler Yeats ; James Joyce ; Thomas Moore ; Angleterre : Percy Bysshe Shelley ; Pays de Galles : Dylan Thomas
 

page 2 :

langues d'Europe (suite)

espagnol / José Agustín Goytisolo ; Antonio Machado ; José Ángel Valente ; Federico García Lorca
italien / Cesare Pavese
portugais / Fernando Pessoa

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Posté par de passage à 23:40 - PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES - traductions - Permalien [#]

BRETAGNE- Anjela Duval, Jean-Pierre Calloc'h, Xavier Grall - Langues régionales -

Paysages d'Europe

Bretagne

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Xavier Grall est présenté dans cette page, mais on trouvera de nombreux autres poètes bretons d'expression française (Guillevic par exemple) dans la catégorie PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français

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Anjela Duval (1905-1981) n'a pas un nom à consonance celte, certes, mais ...
"Anjela Duval est cette femme qui pendant le jour cultive la terre de sa petite ferme, Traoñ an Dour, et qui le soir sort ses cahiers et écrit des poèmes, devenus parmi les plus aimés de la langue bretonne. Le breton est sa langue de tous les jours, et elle a appris la langue littéraire, qu'elle enrichit de ses mots, de sa sensibilité. Ses poèmes révèlent son amour lucide de la nature, sa rage contre le déclin organisé du breton, ses angoisses, son humour..."
source : http://www.breizh.net/anjela/barzhonegou.php ou on trouvera ses poèmes en breton et certains traduits en français.

Un poème, traduit par Paol Keineg (comme tous les textes à l'adresse ci-dessus) :

La feuille

Des deux côtés du Léguer noir
Les rangs de peupliers minces
Jettent au ciel leurs mâts droits.
De-ci de-là un frêne :
Tulle vert qui tremble dans les souffles.
La surface tranquille de l’eau : miroir clair
Qui renvoie l’image :
Moutons d’un blanc exquis dans le ciel bleu
Et arc-de-triomphe des grands arbres.
Face à face de l’abîme et de l’espace.

Une feuille rousse tombe de l’espace.
Une feuille rousse sort de l’abîme.
À la même vitesse : lentes, de biais
Toutes deux de même taille, même couleur
L’une descend doucement de biais
L’autre monte doucement de biais
À la surface tranquille de l’eau elles se baisent
Il ne reste plus qu’une feuille
Qui s’obstine, paisible, à s’en aller
au fil de son destin.

Anjela Duval (automne 1963)

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Dans le bois
   
Sur le tapis mou du bois
Avancer à pas de velours
S’asseoir à votre pied
Dans le clair-obscur et le silence.
Loin des querelles du monde.
Écouter le bruissement de votre feuillage…
Et caresser alternativement
De la main et de l’œil…
Vous appeler à voix basse
Par vos noms merveilleux :
Chêne blanc. Tremble
Érable. Charme
Bourdaine. Osier. Bouleau blanc
Mes mille amis muets ! ...
 

Anjela Duval (décembre 1967)


Jean-Pierre Calloc'h, (Yann-Ber Kalloc'h en breton), est un barde. Il publie ses poèmes sous le pseudonyme de Pen men (Tête de pierre) puis de Bleimor (loup de mer). source : http://calloch.jp.free.fr/Pages/fspoete.htm

Le poème qui suit, Me zo ganet e-kreiz ar mor a été mis en musique  par Jef Le Penven et est devenu une chanson traditionnelle bretonne :

Me zo ganet é kreiz er mor
(trois premières strophes)

Me zo ganet é kreiz er mor
Tèr lèu ér méz;
Un tiig gwenn duhont em-es,
Er benal 'gresk etal en nor
Hag el lann e hol en anvez.
Me zo ganet é kreiz er mor,
E bro Arvor

Me zad e oé, èl é dadeu,
Ur matelod;
Béùet en-des kuh ha diglod
- Er peur ne gan dén é glodeu -
Bamdé-bamnoz ar er mor blod.
Me zad e oé, el e dadeu,
Stleijour-rouédeu.

Me mamm eùé e laboura
- Ha gwenn hé blèu -;
Geti, en hwéz ar on taleu,
Disket em-es bihannig tra,
Médein ha tennein avaleu.
Me mamm eùè e laboura
D'hounid bara...

[...]

----- (traduction) -----

Je suis né au milieu de la mer

Je suis né au milieu de la mer
Trois lieues au large;
J'ai une petite maison blanche là-bas,
Le genêt croît près de la porte,
Et la lande couvre les alentours.
Je suis né au milieu de la mer,
Au pays d' Armor.

Mon père était comme ses pères
Un matelot.
Il a vécu obscur et sans gloire,
- Le pauvre, personne ne chante ses gloires -
Tous les jours, toutes les nuits sur la mer souple
Mon père était comme ses pères,
Traîneur de filets.

Ma mère aussi travaille,
- Malgré ses cheveux blancs -;
Avec elle, la sueur à nos fronts,
J'ai appris, tout petit,
A moissonner et à arracher les pommes de terre;
Ma mère aussi travaille
Pour gagner du pain ...

[...]

Jean Pierre Calloc'h  ("Ar en deulin", Paris 1914) - extrait de "Prière dans les ténèbres", (recueil "A genoux", Paris 1914)


On range ici, bien qu'il soit journaliste et poète breton d'expression française, Xavier Grall (1930-1981), qui revendique son identité bretonne. Sa poésie est toute entière de roc, de lande et d'océan, et d'humanité :

Allez dire à la ville

Terre dure de dunes et de pluies
c'est ici que je loge
cherchez, vous ne me trouverez pas
c'est ici, c'est ici que les lézards
réinventent les menhirs
c'est ici que je m'invente
j'ai l'âge des légendes
j'ai deux mille ans
vous ne pouvez pas me connaître
je demeure dans la voix des bardes
0 rebelles, mes frères
dans les mares les méduses assassinent les algues
on ne s'invente jamais qu'au fond des querelles

Allez dire à la ville
que je ne reviendrai pas
dans mes racines je demeure
Allez dire à la ville qu'à Raguénuès et Kersidan
la mer conteste la rive
que les chardons accrochent la chair des enfants
que l'auroch bleu des marées
défonce le front des brandes

Allez dire à la ville
que c'est ici que je perdure
roulé aux temps anciens
des misaines et des haubans
Allez dire à la ville
que je ne reviendrai pas

Poètes et forbans ont même masure
les chaumes sont pleins de trésors et de rats
on ne reçoit ici que ceux qui sont en règle avec leur âme sans l'être avec la loi
les amis des grands vents
et les oiseaux perdus
Allez dire la ville
que je ne reviendrai pas

Terre dure de dunes et de pluies
pierres levées sur l'épiphanie des maïs
chemins tordus comme des croix
Cornouaille
tous les chemins vont à la mer
entre les songes des tamaris
les paradis gisent au large
Aven
Eden
ria des passereaux
on met le cap sur la lampe des auberges
les soirs sont bleus sur les ardoises de Kerdruc
O pays du sel et du lait
Allez dire à la ville
Que c'en est fini
je ne reviendrai pas
Le Verbe s'est fait voile et varech
bruyère et chapelle
rivage des Gaëls
en toi, je demeure.

Allez dire à la ville
Je ne reviendrai pas.

Xavier Grall ("Les vents m'ont dit" - éditions Calligrammes, Quimper)On range ici, bien qu'il soit journaliste et poète breton d'expression française,


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BRETAGNE- Gilles Servat, Glenmor - Langues régionales

Paysages d'Europe

Bretagne (suite)

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Gilles Servat (né en 1945), est un auteur-compositeur-interprète breton. Indissociable de sa Bretagne et des luttes pour la liberté et la justice sociale, et pour une reconnaissance d'identité, il écrit et chante ses textes profonds dune voix tout aussi grave (vous ne connaissez pas ? il n'est pas trop tard), ses révoltes en breton et en français (parfois en anglais). Sa chanson la plus connue,  "La blanche hermine" (1971), est devenue un hymne identitaire, parfois hélas récupéré par des nationalistes.

En 1980, Gilles Servat sort un magnifique disque "Hommage à René Guy Cadou", avec une dizaine de poèmes mis en musique (Phonogram). Derniers CD en date : Sous le soleil de cuivre et d'eau ( Coop Breizh, 2005) et le double album  "Je vous emporte dans mon cœur" (2006).

Les derniers rayons (passages)
...
Ne jamais se soumettre et désirer toujours
Atteindre l'irréel domaine de l'amour
Ici et maintenant, sur les rayons de lune
...
Suivre la voix du vent, ivre d'air et de chants
Nourrir des utopies et manger des chimères
Aimer l'intensité des instants éphémères
Ici et maintenant, sur les rayons du ciel
...
Si le ciel est trop noir, inventer des aurores
Naître encore une fois et chanter à tue-tête
Apprendre à s'envoler dans la joie des alouettes
Ici et maintenant, sur les rayons de lune
...
Ici et maintenant, sur les rayons du ciel
Faire rimer la pluie avec le grand soleil
Irriguer les terrains, rêvant de forêt vierge

Glisser presque immobile sur l'aile des nuages
Insouciant des tempêtes, impatient de partir
Loin des sombres tunnels nimbés de frénésie
Lancer au ciel des notes et cela par plaisir
Etre comme un oiseau ailé de fantaisie
Sur les derniers rayons dévorant l'horizon et la vie.

(album "Sur les quais de Dublin", 1994)

Servat_l_hirondelle

"L'hirondelle", n'est pas un paisible paysage de landes, mais une chanson de résistance (comme "La blanche Hermine") :

 L'hirondelle

Les corbeaux et les sansonnets
Par bandes passent dans le ciel
Dans l'air neigeux, par dessus genêts
Et s'abattent dru comme grêle
Sur les labours de ce pays

Mon beau pays par l'hiver soumis
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Noire et blanche, noire et blanche
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Blanche au ventre et noire aux ailes

Les arbres dressent branches nues
Vers les cieux gris silencieux
Tendent leurs branches nues vers les nues
Tandis que des loups orgueilleux
Hurlent partout sur le pays

Mon beau pays par l'hiver soumis
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Noire et blanche, noire et blanche
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Blanche au ventre et noire aux ailes

Sur la campagne démembrée
Que le vent transit toute entière
En place des talus arrachés
Poussent les arbres des cimetières
Plantés tous noirs sur le pays

Mon beau pays par l'hiver soumis
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Noire et blanche, noire et blanche
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Blanche au ventre et noire aux ailes

Les gens immobiles se taisent
La langue engourdie dans la bouche
Serrés autour de l'âtre où les braises
Rougeoient comme les tas de souches
Qu'on voit fumer sur le pays

Mon beau pays par l'hiver soumis
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Noire et blanche, noire et blanche
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Blanche au ventre et noire aux ailes

Les corbeaux et les sansonnets
Par bandes passent dans le ciel
Dans l'air neigeux, par dessus genêts
Et s'abattent dru comme grêle
Sur les labours de ce pays

Mon beau pays par l'hiver soumis
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Noire et blanche, noire et blanche
Quand reverrons-nous l'hirondelle
Blanche au ventre et noire aux ailes.

Gilles Servat, (disques Kalondour, 1974) - L'album CD "Les Albums de la Jeunesse" (1994, inclus Kalondour et La blanche hermine), Escales (2005, inclus La blanche hermine), ainsi que le double album  "Je vous emporte dans mon cœur" (2006, inclus Kalondour et Les quais de Dublin), comportent ce titre.

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"Kalondour", nom de la maison d'édition de Gilles Servat, est le titre de ce poème. C'est ici  le lieu qui réunit l'esssence de la Bretagne, terre maritime. La langue bretonne assemble souvent des mots pour en forger d'autres, "kalon" est le cœur et "dour" est l'eau.

On nous excusera (?) d'avoir coupé dans ce beau texte, pour le thème du paysage, et pour les élèves :

 Kalondour

 
[...]

La Bretagne a-t-elle autant de charme
Pour border de sable l'horizon
Pour inonder mes yeux de ces vagues
Et couronner mon front de ces algues
J'ai des landes farouches dans la tête
J'ai des vents parfumés dans l'oreille
Le ressac palpite dans mon cœur ...

[...]

Au fil des quais glissant sous les arches
Où l'herbe pousse entre les pavés
Je cherche dans des reflets d'enfance
Des souvenirs d'avant que je marche
Ma mer est là qui coule toute grise
Et qui se brise en écumes blanches
Sur les étraves des piliers des ponts
Comme des phares sillagent mon front ..
.


Glenmor (1931-1996), est, comme Servat ci-dessus, un auteur-compositeur-interprète breton. Et comme Servat, ses chansons engagées célèbrent l'identité bretonne et la revendiquent, dans ce qu'elle porte de valeurs humaines. Il écrit ses textes en français, pour la plupart, ou en breton.

"L'homme qui se veut tel ne peut être qu'insoumis."
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Le retour
(Et voici bien ma terre)

Et voici bien ma terre
la vallée de mes amours
quand bien même se lève
en fleur de bruyère
la graine d'insoumission
je retrouve ici ma terre
la vallée de mes amours
en ma chaumière
se refont les vents du nord
traînant dans leur colère
Ie duvet des oiseaux morts
et la sombre demeure
qui se rit de la pluie
se refait d'heure en heure
beauté sans nuages
et nuages sans oubli
et voici bien ma terre
la vallée de mes amours
ce fut la rosée de mai
qui fit partir l'enfant
en quête de nouvelles rosées
tout est gîte au printemps
ce fut décembre qui ramena l'oiseau
aux granges du passé
l'hiver il n'est qu'un nid
un visage sans appel
cette odeur de fumée
piquée de gel
et voici bien ma terre
la vallée de mes amours
voici venir ailé de nuages
le sourire d'une mère
cheveux blancs en bandeau de lumière
c'est bien ici ma terre
la vallée de mes amours
.

Glenmor (album "Et voici bien ma terre", album 2 CD, An Distro, Coop Breizh, 1995)
 

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Interlude 

Les blés ont mûri, la moisson sera belle. Vois la tendresse du moissonneur. Il est tant de soleil en barricade, à peine une coulée de vent sur l'or des champs, à peine une vague de mobilité sur la ronce et la fougère.
La besace est gonflée, la charge grande. Nourrice, garde le lait et le ferment. La piétaille a corne d'abondance. Conte nous l'aimable folie des fillettes et le bronze des bras. Dis nous pourquoi la femelle a joues rouges et le regard lointain.
Dame paysanne, dis nous la main gercée par la poussière de tous les blés. Une gerbe à chaque pas, une grange à chaque toit, une moisson d'hommes de rires et de fleurs et pour l'Automne qui nous vient, une cueillette d'humble et de silence.

Et coupe pleine, une halte au fermage du bonheur.


Glenmor (album "E dibenn miz gwengolo",  disque vinyl 33 Tours, Le Chant du monde, 1977)

 



Manu Lann Huel (né en 1949), est aussi auteur-compositeur-interprète. Poète du Finistère sud, du côté de Douarnenez, il chante des poèmes de René-Guy Cadou qu'il a mis en musique, et des chansons de Léo Ferré, dans deux de ses albums.  Source des textes de Glenmor et de Manu Lann Huel : http://www.glenmor.net/


Pibrock

Île juché
Avec de l'aile
Sous la pogne
Colère machée
D'étincelles
De cocagne
Le vent caché
Sous l'échelle
Des montagnes
Homme ébranché
Contre le ciel
Où ça saigne
Pibrock haché
En dentelle
De campagne
Coup de rocher
Harpe de sel
À castagne
Vrillé clocher
En chapelle
De Bretagnes

----- (traduction) -----

Pibrock

 
Enezet kludet
'N askell ludet
A-hed-dorn
Fulor chaoket
Dre fulenn aour
Bro an unkorn
Avel kuzhet
Dindan ar skeul
Ar menezioù
Den divranket
Ouzh an oabl
'Lec'h a wad
Pibroc'h drailhet
E dantel
Ar maezioù
Taol ar roc'h
Telenn holen
Kan an emgann
Biñsellet kloc'hdi
E chapel-kreiz
Broioù Breizh
 

Manu Lann Huel (Chant du monde, 1995)
 

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Interlude

Les blés ont mûri, la moisson sera belle. Vois la tendresse du moissonneur. Il est tant de soleil en barricade, à peine une coulée de vent sur l'or des champs, à peine une vague de mobilité sur la ronce et la fougère. La besace est gonflée, la charge grande. Nourrice, garde le lait et le ferment. La piétaille a corne d'abondance. Conte nous l'aimable folie des fillettes et le bronze des bras. Dis nous pourquoi la femelle a joues rouges et le regard lointain. Dame paysanne, dis nous la main gercée par la poussière de tous les blés. Une gerbe à chaque pas, une grange à chaque toit, une moisson d'hommes de rires et de fleurs et pour l'Automne qui nous vient, une cueillette d'humble et de silence.

Et coupe pleine, une halte au fermage du bonheur.

Glenmor (album "E dibenn miz gwengolo",  disque vinyl 33 Tours, Le Chant du monde, 1977)


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LANGUE D'OC- OCCITAN, PROVENÇAL - Anjela Duval, Jean-Pierre Calloc'h, Xavier Grall - Langues régionales -

Paysages d'Europe

Languedoc et Provence

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La langue d'Oc, observeront les lecteurs attentifs, est différente à l'oral et à l'écrit selon les régions (et même à l'intérieur d'une même région). Témoin ces textes, de Provence et de Languedoc.

Louisa Paulin, auteure bilingue, est présentée dans cette page, mais on rencontrera d'autres auteurs occitans ou provençaux d'expression française, dans la catégorie PRINT POÈTES 11 : PAYSAGES en français

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Occitan

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Max Rouquette "est né en 1908 à Argelliers, près de Montpellier, dans un paysage inoubliable et jamais oublié de bois de chênes verts sombres, de garrigues colorées, de vignes tendrement odorantes et de figuiers bibliques. Ce paysage est la clé de son écriture. Parce que c'est en ce lieu, et en ce lieu seulement, que s'est effectuée la fusion des mots et du monde.
Max Rouquette a écrit en occitan (...)
Tous les textes de Max Rouquette résonnent de cette origine féconde. Ils en tirent probablement leur sève unique, et cette faculté d'éblouissement, tissée de beautés et d'angoisses, qui nous les rend communicables et si précieux."
(Philippe Gardy)

Les recueils de Max Rouquette sont épuisés, mais une réédition, sous le titre "Les Psaumes de la nuit / Los Saumes de la nuòch", est disponible aux éditions Obsidiane (1984)  Cet ouvrage rassemble : "Somis dau matin", "Somis de la nuòch", "La Pietat dau matin", en édition bilingue. Max Rouquette a lui-même traduit ses poèmes en français.

C'est à l'adresse http://melior.univ-montp3.fr/slo/roqueta/fr/, où Philippe Gardy veille à la présence de Max Rouquette, que deux des poèmes qui suivent, Larzac et Comba de la trelha (Combe de la treille), ont été empruntés :

Larzac

DE LA TÈRRA sul cèu lo teunhe fiu
ennevat per la flor de l’aleda
partís ton camp peirós, ò feda,
de las doças planas de Dieu ;
e de mirar la lutz, abandonada,
los uòlhs perduts, non te sovèn
se siás encara a la tèrra mairala
ò se caminas dins lo temps,
dins lo temps blau, de nivols ennevadas,
dins lo temps blau onte los jorns passats
coma los jorns a venir son tas clars.

----- (traduction de l'auteur) -----

Larzac

LE FIL TÉNU de la terre sur le ciel
enneigé par la fleur de l’asphodèle
sépare ton champ pierreux, brebis,
des douces plaines de Dieu ;
et de contempler la lumière abandonnée,
les yeux perdus, tu ne sais plus
si tu es encore de la terre maternelle
ou si tu chemines dans le temps,
dans le temps bleu aux neigeuses nuées,
dans le temps bleu où les jours du passé
sont aussi clairs que les jours à venir.

Max Rouquette ("Sòmnis de la nuòch", Toulouse, Societat d’Estudis Occitans, 1942, réédité en 1984 : "Les psaumes de la nuit", éd Obsidiane -bilingue)

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Comba de la trelha

Lo MERLE que va d’una mata
a l’autra mata e que seguís
los vielhs camins, e que s’acata
en lo bois e los romanins,
sol poiriá dire amb la palomba
e la mostèla e lo singlar
tota la patz d’aquela comba.

----- (traduction de l'auteur) -----

 

Combe de la treille

Le MERLE qui va d’une touffe
à l’autre touffe, et qui suit
les vieux chemins, et qui se cache
dans le buis et le romarin,
seul pourrait dire avec la palombe
et la belette et le sanglier,
toute la paix de cette combe.

* une combe, en languedoc, est une petite vallée. On trouve ce terme dans des noms de villages ou des noms de famille (Lacombe)

Max Rouquette ("Los Sòmnis dau matin", Toulouse, Societat d’Estudis Occitans, 1937 (réédition 1963)

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Du même auteur, une jolie scène nocturne :

Lo sabaud

Perque sus uolhs s'enclausisson de luna
clara dins lo ceu escur
un sabaud de l'estiu, doçament nada
dins l'aiga plana, miralh pur.

Mai naut que la mai nauta branca
ela, que landa eternament
davala e dins l'aiga, un moment
dansa per el en rauba blanca.

Max Rouquette ("Los saumes de la nuoch" - éd Obsidiane -bilingue, 1984)

----- (traduction de l'auteur) -----

 

Le crapaud

Parce que ses yeux s'enchantent de la lune
claire dans le ciel obscur
un crapaud de l'été doucement nage
dans l'eau plane, pur miroir.

Plus haut que la plus haute branche
elle*, qui glisse éternellement,
descend, et dans l'eau un moment
danse pour lui en robe blanche.

Max Rouquette ("Les psaumes de la nuit" - éd Obsidiane -bilingue, 1984) - * la lune


Alan Pelhon  (1946-1994) est né à Coaraze (Alpes-Maritimes), et c'est dans cette région qu"il a passé sa courte vie.

La jòia (titre proposé)

La jòia serà fuec
Cant dau gal
Parpalhon virolant d'aquí ailà
Lutz esclapant la nuech
Aiga fresca dau sorgent
Mar breçolada per li gabians
Solelh que s'escorre plan-plan
En la mieu boca
En una jòia que ren arresta

----- (traduction) -----

La joie

La joie sera feu
Chant du coq
Papillon pirouettant ça et là
Lumière brisant la nuit
Eau fraîche de la source
Mer bercée par les mouettes
Soleil qui ruisselle doucement
Dans ma bouche
Dans une joie que rien n'arrête

Alan Pelhon ("Vi devi parlar"/"Je dois parler") - éditions La Dralha, 2004.


Louisa Paulin (1888-1944), Loïza Paulin en occitan (1888-1944) a vécu dans le Tarn, où elle fut institutrice. Elle a d'abord écrit ses poèmes uniquement en français, puis en français et en occitan.
Je me suis mise à la langue d'Oc par repentir d'avoir si longtemps ignoré mon pays et peut-être de l'avoir un peu méprisé”.

On trouvera sur le site des éditions Vent Terral, des recueils bilingues qu'on peut commander (2 € de frais de port seulement). Mais qu'est-ce qu'on attend ? C'est ici (copier-coller) : http://www.ventterral.com/tema/ome.php?lien=tema#louisa

Silenci de l'auton

Silenci de l'auton quand lo vent s'es pausat
doç coma una pluma de palomba
escapada de la negra man del caçaire.
Silenci saure de l'auton
ont s'ausis la darrièra vèspa
e lo mai escondut al plus prigond del còr.

----- (traduction de l'auteure) -----

Silence de l'automne

Silence de l'automne quand le vent s'est posé,
doux comme une plume de palombe
échappée de la noire main du chasseur.
Silence blond de l'automne
où l'on entend la dernière guêpe
et le plus caché au plus profond du cœur.

Louisa Paulin  ("Direm a la nòstra nena", Vent Terral, 1994, bilingue)

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À partir du texte occitan, une version non autorisée de ce poème, très légèrement différente (avec tout le respect qu'on doit à la mémoire de Louisa Paulin).

Pour rétablir dans le deuxième vers l'ordre naturel adjectif-nom substantif ("negra man" peut se dire plus naturellement "main noire"), et surtout éviter la répétition dans le dernier vers, absente en occitan. Mais on chipote peut-être  : 

Silence de l'automne

Silence de l'automne quand le vent s'est posé,
doux comme une plume de palombe
échappée de la main noire du chasseur.
Silence blond de l'automne
où l'on entend la dernière guêpe
et ce qui est caché au plus profond du cœur.

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La cançon del silenci.

Vèni, ausirem, anuèit, la Cançon del silenci,
la cançon que comença,
quand s'escantís, la nuèit, lo cant del rossinhòl ;
la cançon que s'ausís al doç cresc de l'erbeta,
la cançon de l'aigueta
que se pausa, un moment, al rebat d'un ramèl ;
la cançon de la branca
que fernís e que dança
desliurada del pes amorós d'un ausèl ;
la secreta conçon breçant l'ombra blavenca
del lir còrfondut de promessa maienca,
qu'espèra, per florir, un signe del azur.

----- (traduction de l'auteure) -----

La chanson du silence

Viens, nous entendrons, ce soir, la chanson du silence,
la chanson qui commence,
quand s'achève, la nuit, le chant du rossignol ;
la chanson qu'on entend à la douce croissance de l'herbe,
la chanson de l'eau vive
qui se repose, un moment, au reflet d'un rameau ;
la chanson de la branche
qui frissonne et qui danse
délivrée du poids amoureux d'un oiseau ;
la secrète chanson berçant l'ombre bleuâtre
du lis défaillant de promesse printanière,
qui attend, pour fleurir, un signe de l'azur.

Louisa Paulin  ("Chants d'amour et de paix" - "Les Amis de Louisa Paulin", 1998) - Aux éditions Vent Terral, les recueils de Louisa Paulin ont été réédités.

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Fum 

Non, non, anuèit vòli fugir l'ostal !
Vòli lo fial de lum que s'estira suls camps
Quand lo lauraire aluca un fuòc d'erbassas.
O fial de fum, vèni ligar un raive,
Un rave que m'escapa
– coma tu, lial de fum –
Per fugir cap a las estelas.

----- (traduction de l'auteure) -----

Fumée

Non, non, ce soir je veux fuir la maison !
Je veux le fil de fumée qui s'étire sur les champs
Quand le laboureur allume un feu de mauvaises herbes.
Ô fil de fumée, viens lier un rêve,
Un rêve qui m'échappe
comme toi, fil de fumée
Pour fuir vers les étoiles.

Louisa Paulin ("Sorgas- Sources", Bibliothèque de la Revue du Tarn, Édouard Privat, 1940 et "Poèmes", Éditions de la Revue du Tarn, 1969) - Aux éditions Vent Terral, les recueils de Louisa Paulin ont été réédités)


Jean Boudou ou Joan Bodon (1920-1975), instituteur aveyronnais, est considéré comme le plus grand des poètes du Languedoc. Il est l'auteur de romans et de poésies en occitan, exclusivement.

Recueil le plus connu : Sus la mar de las galèras (Sur la mer des galères), dont on peut trouver le texte intégral ici (format pdf mais non traduit)

Alba de Pigala

Cercavi fortuna, la trobèri lèu;
Aquela nuèch blanca tombava de nèu.
Canti çò que canti, plore lo que vòl...
Mas per cridar l’alba cal un rossinhòl.

Gardèt los debasses e lo casabèc:
De què ne pensavas, Tolosa-Lautrèc ?
Sus una flaçada, sens cap de lençòl ...
Mas per cridar l’alba cal un rossinhòl.

Qu’es aquela trèva que totjorn me sèc ?
Lautrèc es Tolosa: lo comte bufèc ...
Quand l’amor se paga per un blavairòl.
Mas per cridar l’alba cal un rossinhòl.

Al fons de la prada sabi lo pibol,
Sabi la montanha ... Caminarai sol.
La fortuna vira que me ten pel còl.
Mas per cridar l’alba cal un rossinhòl.

Joan Bodon

----- (traduction proposée par le blog lieucommun) -----

L'aube de Pigala

Je cherchais fortune, la trouvai bientôt,
Cette nuit blanche où tombait la neige.
Je chante ce que je chante, pleure qui veut
Mais pour appeler l'aube il faut un rossignol ...

...

Au fond de la prairie je sais le peuplier,
Je sais la montagne ... seul, je marcherai
La fortune tourne qui me tient par le cou.
Mais pour appeler l'aube il faut un rossignol ...

Ce texte est chanté en occitan par Mans de Breish, tout comme le suivant. La libre traduction de la première et de la dernière strophe est proposée par le blog.

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Alba d'Occitania (extrait)            Aube d'Occitanie

La nuèch e la pluèja e lo gèl  La nuit et la pluie et le gel
Pas una estela dins lo cèl       Pas une étoile dans le ciel
Quora tornara l'alba ?            Quand viendra l'aube ?
Encara canta pas l'aucèl         L'oiseau ne chante pas encore
Quora tornara l'alba ?            Quand viendra l'aube ?

Una nuèch longa sens amor    Une longue nuit sans amour
Lo rosal plora sus la flor        Le rosier pleure sur la fleur
Quora tornara l'alba ?            Quand viendra l'aube ?
S'entrevesiam una lusor ...     On entrevoit une lueur ...

Paraulas de Joan Bodon, Cantat per Mans de Breish
Paroles de Joan Bodon, Chanté par Mans de Breish  traduction Lieucommun



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Provençal
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Frédéric Mistral (1830-1914) est un écrivain et poète provençal, prix Nobel de littérature en 1904.Il fonde en 1854 avec d'autres poètes provençaux, le Félibrige, pour défendre les cultures régionales traditionnelles et la langue occitane.

"Les arbres aux racines profondes sont ceux qui montent haut"
Frédéric Mistral

Voici une petite fable, avec un rossignol dans le paysage :

Lou gripo-roussignòutexte_Mistral_le_rossignol_orig

Au mes de mai, sus uno busco.
Lou roussignòu, plegant lis iue,
S'èro endourmi dedins la niue ;
Mai lou rejit d'uno lambrusco
Dins sa vediho l'arrapè
E lou vaqui pres pèr li ped.

... (suite du texte en cliquant sur l'image ci-contre >)

Frédéric Mistral ("Lis òulivado")

Le grippe-rossignoltexte_Mistral_le_rossignol

Au mois de mai, sur une branche,
Le rossignol, clignant des yeux,
S'était endormi dans la nuit ;
Mais le jet d'une vigne folle
Le saisit dans sa vrille,
Et le voilà pris par les pieds.

... (suite de la traduction en cliquant sur l'image ci-contre >)

Frédéric Mistral ("Les Olivades") en français par l'auteur.


Sextius Michel 1827-1906) est né à Sénas (Provence). Il "monte à Paris", avec ses premiers poèmes et préside les félibres (voir ci-dessus Frédéric Mistral) de Paris, puis devient maire du XVe arrondissement, de 1871 à sa mort.
Il est le fondateur d'une des premières Caisses des écoles de Paris, pour financer les cantines scolaires, d'une colonie de vacances, ainsi que d'une mutualité scolaire (en 1900).

Cette légende a pour cadre un château :

Les hirondelles (légende)texte_hirondelles_orig

Les hirondelles ont fait leur nid
dans la toiture ensoleillée
d'un petit château. L'aube rit
aux piaulements de la nichée.

Vivait dans ce paradis
une charmante dame adorée
d'un galant jouvenceau du pays.
Oh ! Quels tendres embrassements !

Un jour, crime ou folie,
on la trouva morte dans son lit,
la jeune dame, hélas ! toute seule.

L'amant avait disparu.
Revient l'été avec le ciel bleu,
mais ne reviennent pas les hirondelles.

Sextius Michel ("Le long du Rhône et de la mer") ("Long dóu Rose e de la mar" - Flammarion et Roumanillo 1892)

... (lire la traduction du poème  "Li dindouleto" en cliquant sur l'image ci-contre >)



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PAYS BASQUE - Langues régionales de France

Paysages d'Europe

Pays Basque 

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Jean-Baptiste Elissamburu (1828-1891), parfois orthographié Elissamburuk ou encore Elizanburu - source des textes : le portail de la poésie basque : http://www.basquepoetry.net et le site : http://www.gaztelua.com/

----- (version originale : Agur Herriari) -----

Salut à mon village ! (passages)

Ahaide delezius huntan bi berset gei tit khantatü,
Ene bizitze mulde gaitza münd'orori deklaratü:
Ihuri sos bat ebatsi gabe ez eskandalik txerkhatü,
Hamar urtheren galeretan nahi ükhen naie sarthü.
[...]
Adio erraiten dereñat, ene alhaba bakhotxa:
Etxen edük-ezan üsatü diñan kundüta,
Küñat küñater eman beria, haurrer Jinkuen kreinta,
Senharraren hun izan eta zaharrak errespeta.

Etxahun, nausi famatia, galdü dük libertatia;
Eta orai dük trixtezia, hareki ezin-bestia,
Hire ixter-begiek aisa goihera die erria:
Amuinan behar dük ebili, edo hartü pelegri bidia.

Izan nüzü Jondane Jaka'n, Erruma'n eta Loreta'n,
Bethi, jente hunen medioz, biz'izan niz ene bidajitan.
Orai ere abiatzen beniz leheneko ber gisatan,
Jinko Jauna, lagünt nezazü ene behar-ordietan.

[...]

Jean-Baptiste Elissamburu, 1862

----- (traduction de Peio Heguy) -----

Salut à mon village ! (passages)

Je vois au loin, je vois la montagne
Derrière laquelle se trouve mon village...
J'entends déjà, quel immense bonheur,
Le doux soupir de la cloche bien aimée !
[...]
En t'écartant de la route, par le flanc de la montagne
Tel un ruban qui glisse le long de la côte,
Tu descends, sentier, tout droit vers la vallée
Mène-moi, sans détour, auprès des miens.

Chêne du bord du chemin, que de fois dans mon enfance,
Le dimanche en revenant de la messe à la maison,
Oui ! Que de fois me suis-je assis, auprès de ma mère,
À l'ombre de tes longues branches !

Et toi, aubépine du fond du jardin,
Tu gardes toujours le lieu de mon enfance,
Pourquoi, comme toi, branche pure,
Ne puis-je passer ma vie là où je suis né ?

[...]

Jean-Baptiste Elissamburu, 1862

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La maison, ou le bonheur du paysan  (début)

Voyez-vous le matin
     Lorsque pointe la lumière
     Au sommet d'une colline
     Une maisonnette à façade blanche
     Au milieu de quatre grands chênes ?
     Une petite fontaine à côté,
     Un chien blanc devant la porte,
     C'est là que je vis en paix.

[...]

Jean-Baptiste Elissamburu (cité dans l'ouvrage "Les Basques", de Philippe Veyrin, Arthaud 1975)

----- (texte original en basque) -----

Etxea edo ... laborariaren zoriona

Ikhusten duzu goizean
Argia asten denean
Menditto baten gainean
Etche ttikitto aintzin churi bat
Lau haitz handiren artean ?
Ithurritto bat aldean,
Chakhur churi bat athean,
Han bizi naiz ni bakean.

[...]

Jean-Baptiste Elissamburu



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ALSACE - Langues régionales de France

Paysages d'Europe

Alsace

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Claude Vigée  , poète alsacien, est né en 1921 à Bischwiller, dans cette région du Bas-Rhin, le fleuve et la campagne, qu'il met en poèmes.

'Sôweliècht - La lumière du soir

Em hoochsummer wie zellmolschd,
wenn's gärdel gànz schtéll word
àm schbeede noochmédàà,
bléiht's ôweliècht àm himmel
zwésche de bàbbelbaimbledder àm zün
éwerem roschdiche schdàcheldroht,
wie reifi pferschi ém laub
under schdiffe räwe-schdècke
àm düschdere rànd vum schdumme Schàrràchberri.

----- (traduction) -----

Chez nous, comme autrefois, au faîte de l'été
quand le jardin désert
tard dans l'après-midi retrouve son silence,
la lumière du soir fleurit entre les trembles
au-dessus de la grille aux barbelés rouillés :
clarté pareille aux pêches mûres
suspendues dans les hautes branches
parmi les échalas, au milieu du vignoble,
sur les pentes soudain obscures
des crêtes du Scharrach en flammes.

Claude Vigée ("Dans le creuset du vent", Parole et silence, 2003)

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A Birik em Dannewald (extrait)

Do schémmert e Bérik ellein
Vergesse ém Dezemberschlummer
Zwésche Moos un Schtain
Em düschtere Dànnewàld.
Drooschdloos rüschle d'Äschd im Raje,
Dr Wénd brüst schwàrz un kàld
Suri' s' offene Dànnenoodel-Hüss,
Uhni éwer d'Doorschwäll nüss
E wénzis Bläddel furt ze faje.
Hàart ésch's fer dich, dü dénner Friehjohrsbaam,
De Himmel wie e Sàck gschblédderts Iss
Schièf uff de Achsle ze draawe ;
Bim Nèwwel do ze schtehn d'Naacht-lang ém Kummer
Ass wärsch nu a grüssischer Gschbènschderdraam,
Fur z'morjes ém Scneewàsser un ém Schlämm

[...]

----- (traduction) -----
 
Bouleau dans la sapinière

Un seul bouleau scintille entre mousse et pierraille
Dans la sapinière obscure
Abandonnée au sommeil de décembre.
Ses branches sous la pluie ruissellent sans espoir,
Le vent ne balaie plus la moindre feuille morte
En grondant sur le seuil de la maison d'aiguilles.
Maigre arbre du printemps, tu connais l'agonie
De porter le ciel sur l'épaule
De guingois, comme un sac plein d'épines de glace,
D'affronter les nuits de détresse
Figé dans le brouillard tel un rêve spectral,
Pour t'écrouler au petit jour
Dans l'eau de neige et dans la boue !
Mais avant, tu te plais à redire l'étrange
Blanc silence premier de la terre d'hiver,

[...]

Claude Vigée ("Le Grenier magique", avec des photographies d'Alfred Dott - Graph-Editions, Bischwiller, 1998)



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LE NORD, langue PICARDE (Ch'timi) - Jules Mousseron, Pierre Garnier - Langues régionales -

Paysages d'Europe

Le Nord, la Picardie

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Jules Mousseron, (1868-1943) "i'étot mineur et pi poéte ed Denin.
Ch'est li qu'a rindu célébe Cafougnette qu'étot eune tradichon populoère dech Nord".
  (source : Wikipedia)
Vous traduirez facilement cette courte présentation et le passage qui vient, non ?

" J'ai fort quièr el français, ch'est l' pu joli langache,
Comm' j'aime el biau vêt'mint qué j' mets dins les honneurs.
Mais j' préfèr' min patois, musiqu' dé m' premier âche,
Qui, chaqu' jour, fait canter chu qu'a busié min cœur.
L' patois s'apprind tout seul, et l' français, à l'école.
L'un vient in liberté, l'autr' s'intass' comme un rôle".


Jules Mousseron (source du texte : http://www.cafougnette.com/)

Jules Mousseron, avec un lucide humour, se disait "poète mineur", car il l'était, poète, et mineur du pays des terrils ("les terris") et des corons (les groupements des maisons ouvrières des mineurs). Il écrit ses premiers textes en rouchi, le dialecte picard de sa région natale, Denain. C'est ce dialecte du Valeniennois, que les étrangers à la région appellent plus généralement (et improprement, car il en existe bien sûr des variantes), dialecte "picard" ou encore ch'timi (ch'ti = celui, mi = moi).

"Fleurs d’en bas", le premier ouvrage que publie Jules Mousseron, est un recueil de poèmes et de textes de chansons. Comme dit plus haut, il est le père de Cafougnette, son alter-ego, un personnage de mineur, héros emblématique d'histoires drôles et de poésies humoristiques au pays des terrils.

Ce poème est en version originale.

Pour redonner au paysage des "terris d'Ostrevant" toute sa signification, on exercera les élèves (et soi-même) à le traduire en français.

Jules Mousseron fournit un lexique complet en fin d'ouvrage, dont nous avons pris quelques éléments pour ce poème :

Les terris d'Ostrevant

L'Ostrevant, viell' tierr' franque et l'pus fertil' des tierr's
Donnée in récompinse à nos chefs les pus forts
A vu des lutt's terrips d'où l'unité première

D' la France dévot sortir au prix d'sanglants efforts.

Mais, durant des longs siècl's, ses bell's plain's si prospères
Ont répandu la vi' duss' qu'in donnot la mort.
Ch'tot l' guerrier d'abondance ed' la Flandr' toute intière :

Par cars et par batiaux s'invol'nt ses moissons d'or.

Un autr' trésor dormot sous cheull 'tierr' vénérée.
Un jour l'homm' creusa l'sol, l'carbon cangea l'contrée
Et donna la richess' sous ses noirs pavillons.

À ch’t’heur', près des mués d’blé formés d’blondés javelles,
Les terris, comm’ d’autr’s mué’s, gigantesqués mamelles
Drêch’nt leus poit’s in offrande à nos biaux ciels wallons.

----- (aide à la traduction) -----

duss' qu'in donnot = là où elle a donné
Ch'tot = aussitôt
cheull 'tierr' = cette terre
des mués d’blé
leus poit’s = leurs pointes, leurs sommets

Jules Mousseron ("Autour des Terris", avec des dessins de Lucien Jonas, chez l'auteur, 1929)


Pierre Garnier et Ilse Garnier

Pierre Garnier est né en 1928 à Amiens. Il fait d'abord partie des poètes de l’École de Rochefort, puis fonde, avec son épouse Ilse Garnier , le Spatialisme, ou Poésie spatiale. Poète tourné vers la Nature, le ciel et les oiseaux. Il est aussi l'un des initiateurs de l'association Éklitra, qui s'attache au maintien et à la modernisation (ce n'est pas contradictoire) de la langue picarde.

Le Spatialisme c'est ...

"Isoler la langue, la modifier, la bouleverser, créer des structures neuves… provoquant l’apparition d’états jusqu’alors inconnus et plaçant l’homme dans un milieu permanent de création et de liberté" ...

"Ce que j'écris a toujours suivi deux lignes, l'une subjective fondée sur ma vie et ce qui l'entoure, l'autre - la poésie spatiale - objective, fondée sur la réalité des mots" ... (Pierre Garnier)

L'auteur donne une dimension nouvelle à la poésie, et il faudrait visiter d'autres images, mais ce poème spatial minimaliste en français est un des plus évidents pour les élèves. Ils pourront se laisser tenter par la création poétique d'autres paysages, en jouant sur les espaces de la page blanche.

Pierre_Garnier_po_me_HIVER

Pierre Garnier, 2008

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"Le poème jusqu’alors fut le lieu d’internement des mots.
Libérez les mots. Respectez les mots. Ne les rendez pas esclaves des phrases. Laissez-les prendre leur espace.
Ils ne sont là ni pour décrire, ni pour enseigner, ni pour dire : ils sont d’abord là pour être.

Le mot n’existe qu’à l’état sauvage. La phrase est l’état de civilisation des mots.

Un nom suivi d’un adjectif entre dans la civilisation, c’est-à-dire dans la spécialisation.
Si j’écris SOLEIL ou EAU c’est l’universalité que je touche.
Prononcez le nom SOLEIL, laissez-vous grandir en lui, laissez-vous durer par lui."
(Pierre Garnier - "Manifeste pour une poésie nouvelle visuelle et phonique", dans l'ouvrage "Spatialisme et poésie concrète", Gallimard, 1968)

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Voici des oeuvres qualifiées de "poèmes mécaniques", que certains appelleront "calligrammes", réalisés à la machine à écrire autour de 1965.

Un premier "texte" mécanique minimaliste :

Garnier_eau

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arbre_Garnier

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et ce poème où la langue picarde occupe l'espace :

Garnier_pivert

Pierre Garnier (poème extrait du recueil "Ozieux-Oiseaux, réalisé en 1966, et qu'on trouvera dans "Œuvres poétiques", tome 1 : 1950-1968 - Cécile Odartchenko, Édition des vanneaux , 2008)

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"Aux lents monologues des arbres
J’ajoute celui des rivières
Tous deux possèdent leurs feuillages
Bouche et poitrine armure et mer"

Pierre Garnier (passage du texte "Chant aux forêts", "crit en 1952 et qu'on trouve dans "Œuvres poétiques", tome 1 : 1950-1968 - Cécile Odartchenko, Édition des vanneaux , 2008)

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Les éditions des vanneaux (http://les.vanneaux.free.fr) ont entrepris la publication des oeuvres (in)-complètes de l'auteur (car Pierre Garnier n'est pas près de mettre un poème final à son œuvre). Cité par Gilbert Desmée, sur le site, à propos d'un autre ouvrage (en référence ci-dessous), voici deux textes, dont le premier est un poème mécanique :

pluie (titre suggéré)

p!luie pl!uie plu!ie plui!e
plu!ie plui!e p!luie plu!ie
pl!uie plu!ie plui!e p!luie

plui!e p!luie plu!ie pl!uie

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calimuchons / escargots (titre suggéré)

Comme chés calimuchons su ch’qmàn
ej m’in vaù in glichant
ej teurne din m’cacrole ech monne…

Comme les escargots sur le chemin
Je vais en glissant
Je tourne ma coquille le monde

Pierre Garnier (textes cités par Gilbert Desmée à propos de l'ouvrage "Pierre Garnier", Cécile Odartchenko, Édition des vanneaux, 2008)

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Ce poème, paysage d'inquiétude, a été emprunté au site Poezibao à cette adresse : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/01/anthologie_perm_9.html, site où on trouvera des notes bio et bibliographique sur Pierre Garnier, et sur une infinité d'autres poètes :

ce pays ... (titre suggéré)

ce pays d’étangs
plein d’inquiétude
et qui se savent vieux

avez-vous vu la vieillesse des étangs ?

ce pays où les jeunes sapins trébuchent
qui n’ont plus qu’une fine couche d’humus
au-dessus de la craie

ce pays de jeunes sapins
qui crient comme les enfants dans la cour de l’école
que leurs paroles sont vivantes

ce pays de jeunes sapins et de jeunes enfants
aveugles sourds paralysés
parce qu’ils n’ont plus d’idées

ce pays de petits bois angoissés
qui ne voient plus un écureuil
ces petits bois dont les jeunes sapins sont vieux

ce pays où les êtres sont inquiets d’être

tout se continuait naguère par le chant

ce pays maintenant manque autant d’hommes
que de rossignols

les horloges prolifèrent

la mort est l’amie des agneaux

dans ce pays il n’y a plus de sources
les hommes les ont captées.

Pierre Garnier ("Viola Tricolor, Poèmes", Éditions En Forêt / Verlag Im Wald, 2004)

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l'index du site Poezibao se télécharge à cette adresse : http://poezibao.typepad.com/poezibao/index-de-.html

D'autres textes d'Ilse et de Pierre Garnier proviennent de ces sources :

http://www.encyclopedie.picardie.fr/
Revue "À travers champs" n° 11, téléchargeable ici : http://jdepetris.free.fr/Print/ATC11.pdf
Site Terre de Femmes : http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2006/10/ilse_garnierpom.html

Ilse Garnier, née en 1927, poète, traductrice d'ouvrages en allemand, a publié de nombreux ouvrages, sous son nom et d'autres en collaboration avec Pierre Garnier. Elle est avec Pierre Garnier son mari, la fondatrice du mouvement Spatialisme.

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Pierre Garnier a écrit ce poème, dans le "préambule" de l'ouvrage d'Ilse Garnier cité en référence, d'où sont extraits les poèmes spatiaux qui suivent :

"[...] Il est exclu que j’écrive si je ne sais pas d’abord que je suis océan et oiseau - le voyage d’île en île est toujours intérieur - purifiant - l’île  chose naturelle et spirituelle - la Terre - mais aussi le nom « île »  à  la merveilleuse seule syllabe, et ce point affleurant, disparaissant, affleurant, dans cette cime, dans ce mât, l’accent circonflexe -  mot naviguant  - mot avec un innombrable mouvement circulaire autour de lui  -  mot ricochet qui fait tant d’ondes sur l’eau  -  île - un point de force - voici le mot - hélice immobile et mobile dans le vocabulaire, il navigue ancré - il file à l’horizontale et à la verticale  -  mot maritime  -  île  - on n’a jamais en un seul nom écrit plus beau poème de la mer".

Pierre Garnier, cité par le site Terre de Femmes - en préambule, à l'ouvrage d'Ilse Garnier, "Les Îles ou le Voyage de Saint-Brendan, Poème du I , Poème spatial", Paris, Éditions André Silvaire, Collection Spatialisme, 1980. Préface de Martial Lengellé.

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Trois poèmes mécaniques et spatiaux d'Ilse Garnier, qu'il faudrait replacer dans la série d'oeuvres avec île, où se décline le mot "ile", et son libre accent circonflexe :

Ilse_garnier__le_inaccessibleIlse_garnier_saisons_dans_l__le

Ilse_garnier_oiseaux

  • Ilse Garnier "Les îles", 1980-1997, Revue "À travers champs" n° 11
  • Ouvrage "Poème du i, Poème spatial", "Les Îles ou Le Voyage de St. Brendan", "7 fois ciel" et "Les Passages", préfacé par Martial Lengellé, André Silvaire, 1980)
  • Ouvrage "Poésie spatiale / Raumpoesie", réédition des poésies spatialistes de 1963 à 1967, Universitäts-Verlag Bamberg, 2001)

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Poètes de LANGUE ALLEMANDE - Rainer Maria Rilke, Paul Celan, Hermann Hesse

Paysages d'Europe

langue allemande : Allemagne, Autriche ...

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Rainer Maria Rilke (1875-1926), est un poète autrichien de langue allemande, peut-être le plus connu. Il a aussi traduit des auteurs d'outre-Rhin en français. Ses Lettres à un jeune poète (1937), l'ont fait connaître en France . Il a vécu la dernière partie de sa vie dans le Valais Suisse, où il a écrit en français les poèmes qui composent les recueils Les Quatrains valaisans et Vergers.

"Nous sommes les abeilles de l'Univers.
Nous butinons éperdument le miel du visible
pour l'accumuler dans la grande ruche d'or de l'invisible."

Un poème traduit :

Parfois au fond de la nuit

Parfois, au fond de la nuit,
le vent comme un enfant s'éveille.
Tout seul il marche dans l'allée,
doucement, doucement, vers le village.
A tâtons, jusqu'à l'étang il s'avance
et y fait le guet
les maisons sont toutes blanches,
et les chênes, muets.

(traduction de Maurice Betz)

Rainer Maria Rilke ("Les chants de l'aube")

Fabienne Marsaudon, auteur-compositeur-interprète, propose un spectacle appelé Les Chants de l'aube , dans lequel elle interprète des oeuvres de l'auteur, entre-autres, une quinzaine de poèmes, mis en musique. Les Chants de l'aube est aussi un coffret-album sorti en 2004 (voir ici : http://www.fabienne-marsaudon.com). La Compagnie Laurent Terzieff avait aussi mis en scène des lectures de textes de Rainer Maria Rilke : "une heure avec Rainer Maria Rilke", CD Theleme-éditions. Laurent Terzieff nous a quittés en juillet 2010.

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Autre poème, d'abord écrit en allemand :

In diesem Dorfe steht das letzte Haus

In diesem Dorfe steht das letzte Haus
so einsam wie das letzte Haus der Welt.
Die Straße, die das kleine Dorf nicht hält,
geht langsam weiter in die Nacht hinaus.
Das kleine Dorf ist nur ein Übergang
zwischen zwei Weiten, ahnungsvoll und bang,
ein Weg an Häusern hin statt eines Stegs.
Und die das Dorf verlassen, wandern lang,
und viele sterben vielleicht unterwegs.


----- (traduction de l'auteur) -----

En ce village se tient la toute dernière maison…
 
En ce village se tient la toute dernière maison
plus seule que la dernière maison du monde.
La route, qui ne peut contenir le village,
s’éloigne lentement plus loin dans la nuit.
Le petit village n’est plus qu’un passage
entre deux lointains posé, innocent et angoissé,
une route entre les maisonnettes plutôt qu’une passerelle.
Et ceux qui abandonnent le village, s’en vont loin,
et beaucoup sans doute mourront en chemin.

Rainer Maria Rilke, septembre 1901, Westerwede

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Poésies écrites en français, extraites du recueil "Les Quatrains valaisans" :

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Pays, arrête à mi-chemin
entre la terre et les cieux,
aux voies d'eau et d'airain,
doux et dur, jeune et vieux,

comme une offrande levée
vers d'accueillantes mains:
beau pays achevé,
chaud comme le pain !

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Douce courbe le long du lierre,
chemin distrait qu'arrêtant des chèvres;
belle lumière qu'on orfèvre
voudrait entourer d'une pierre.

Peuplier, à sa place juste,
qui oppose sa verticale
à la lente verdure robuste
qui s'étire et qui s'étale.

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Chemins qui ne mènent nulle part
entre deux prés,
que l'ont dirait avec art
de leur but détournés,

chemins qui souvent n'ont
devant eux rien d'autre en face
que le pur espace
et la saison.

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Le long du chemin poussiéreux
le vert se rapproche du gris;
mais ce gris, quoique soumis,
contient de l'argent et du bleu.

Plus haut, sur un autre plan,
un saule montre le clair
revers de ses feuilles au vent
devant un noir presque vert.

À côté, un vert tout abstrait,
un pâle vert de vision,
entoure d'un fond d'abandon
la tour que le siècle défait.

C'est presque l'invisible qui luit
au-dessus de la pente ailée ;
il reste un peu d'une claire nuit
à ce jour en argent mêlée.

Vois, la lumière ne pèse point
sur ces obéissants contours
et, là-bas, ces hameaux, d'être loin,
quelqu'un les console toujours.

Rainer Maria Rilke ("Les Quatrains valaisans", Fata Morgana, 1926 - réédition en Poésie/Gallimard, 2001, regroupant "Vergers Les Quatrains valaisans, Les Roses, Les Fenêtres, Tendres impôts à la France" - Un livre sur cette période : "Les années valaisannes de Rilke", (Maurice Zermatten, éditions de la Différence, 1993).


Paul Celan (1920-1970), écrivain roumain, est un un des plus importants poètes de langue allemande, .

"Je tiens à vous dire combien il est difficile pour un Juif d'écrire des poèmes en langue allemande. Quand mes poèmes paraîtront, ils aboutiront bien aussi en Allemagne et - permettez-moi d'évoquer cette chose terrible -, la main qui ouvrira mon livre aura peut-être serré la main de celui qui fut l'assassin de ma mère... Et pire encore pourrait arriver... Pourtant mon destin est celui-ci : d'avoir à écrire des poèmes en Allemand." (Paul Celan)

Matière de Bretagne (début du texte, titre corrigé)

Lumière de genêt, jaune, les pentes
suppurent vers le ciel, l'épine
courtise la plaie, cela
sonne là-dedans, c'est le soir, le néant
roule ses mers à la prière,
la voile de sang fait route vers toi.

Sec, envasé,
le lit derrière toi, enjonque
son heure, en haut,
près de l'étoile, les ruisselets
laiteux babillent dans la boue, datte de pierre
en contrebas, buissonnante, bée dans le bleu,
un arbrisseau d'éphémère, superbe,
salue ta mémoire.

[...]

Paul Celan ("Poèmes", traduits et présentés par John E. Jackson, éditions Corti, 2004) - "De Czernowitz à Paris en passant par Vienne, de l’amour pour l’allemand transmis par la mère à la réappropriation juive de cette langue, devenue entre-temps la langue de ses bourreaux, les poèmes de Celan retracent le chemin de l’une des œuvres poétiques majeures de l’après-guerre en Europe." (John E. Jackson, présentation de l'ouvrage).

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Sommerbericht

Der nicht mehr beschrittene, der
umgangene Thymianteppich.
Eine Leerzeile, quer
durch die Glockenheide gelegt.
Nichts in den Windbruch getragen.

Wieder Begegnungen mit
vereinzelten Worten wie:
Steinschlag, Hartgräser, Zeit
.

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Rapport d'été

Le tapis de thym sur lequel

on ne marche plus, qu'on contourne
Une ligne vide placée en travers
sur la bruyère des marais
Néant porté dans les bris de vent

Quelques rencontres, de nouveau, avec
des mots isolés, comme :
éboulement, herbes dures, temps.

(traduction de Martine Broda)

Paul Celan ("Sprachgitter", 1955-58, Erschienen, 1959 - Die Niemandsrose ; suivi de Sprachgitter ; Gedichte - Fischer Taschenbuch ; Frankfurt am Main, 2001)


Hermann Hesse (1877-1922), contemporain de Paul Celan ci-dessus, est connu des lycéens français, au moins pour un de ses romans très étudié : "Le loup des steppes" (1947). Il était également peintre, nouvelliste, essayiste et poète. Il obtient en 1946 le Prix Nobel de littérature. Comme Rilke, Herman Hesse choisit de vivre en Suisse la dernière partie de son existence.

"La tendresse est plus forte que la dureté, l’eau est plus forte que le rocher, l’amour est plus fort que la violence."
(Herman Hesse)

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Le poète (début du texte)

Uniquement pour moi le solitaire,
Brillent les infinies étoiles de la nuit,
Mugit le puits de pierre sa chanson magique,
Pour moi, pour moi seul
Passent les ombres colorées
Des rêves des nuages voyageurs juste au-dessus des guérets.
Il n’est pas de maison, de champ,
De forêt, de chasse, ni de métier qui me sont donnés,
N’est à moi que ce qui n’appartient à personne,
A moi est le ruisseau tombant derrière le voile de la forêt,
A moi la terrible mer,
A moi les sifflements d’oiseaux des enfants en train de jouer,
Larmes et chant du solitaire amoureux quand le soir est là,
A moi aussi sont les temples des dieux, à moi est
Le bosquet vénérable du passé
Et mon pays n’est rien moins que la claire voûte céleste
S’ouvrant vers le futur ...

[...]

---- (Source du texte original et de sa traduction : http://www.patricksimon.com) ----- 

Der Dichter

Nur mir dem Einsamen
Scheinen des Nachts die unendlichen Sterne,
Rauscht der steinerne Brunnen sein Zauberlied,
Mir allein, mir dem Einsamen
Ziehen die farbigen Schatten
Wandernder Wolken Träumen gleich Übers Gefild.
Nicht Haus noch Acker ist,
Nicht Wald noch Jagd noch Gewerb mir gegeben,
Mein ist nur, was keinem gehört,
Mein ist stürzender Bach hinterm Waldesschleier,
Mein das fruchtbare Meer,
Mein der speilenden Kinder Vogelgeschwirre,
Träne und Lied einsam Verliebter am Abend.
Mein auch sind die Tempel der Götter, mein ist
Der Vergangenheitehrwürdiger Hain.
Und nicht minder der Zukunft
Lichtes Himmelsgewölbe ist meine Heimat
...

[...]

Hermann Hesse ("Der Dichter", 1913, cité par Patrick Simon : http://www.patricksimon.com)


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Poètes de LANGUE ANGLAISE - Irlande - Samuel Bekett ; William Butler Yeats ; James Joyce

Paysages d'Europe

Langue anglaise

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Irlande

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Samuel Beckett (1906-1989), né à Dublin, est sans doute, avec James Joyce (voir plus bas), le plus connu des écrivains irlandais. C'est un romancier, dramaturge (En attendant Godot, 1952) et poète. Il quitte son pays à la veille de la Seconde Guerre mondiale et choisit de vivre en France, où il participe activement à la Résistance. Prix Nobel de la Paix en 1969, il a écrit en français une grande partie de son oeuvre et la plupart de ses poèmes.

Un court poème, une image prise en un clin d'œil, sur la plage de galets de Dieppe :

Dieppe

encore le dernier reflux
le galet mort
le demi-tour puis les pas
vers les vieilles lumières

----- (traduction en français par l'auteur) -----

Dieppe

again the last ebb
the dead shingle
the turning then the steps
towards the lights for old

Samuel Beckett ("Poèmes suivi de Mirlitonnades" - éditions de Minuit, 1978, rééditions augmentées :1992, 1998 - traduit par l'auteur pour une première publication en français dans la revue de Jean-Paul Sartre : "Les Temps modernes", juin 1946)


William Butler Yeats   (1865-1939) est né lui aussi à Dublin et a aussi reçu le Prix Nobel, mais de littérature, en 1923 pour "sa poésie toujours inspirée, dont la forme hautement artistique exprime l'esprit d'une nation entière".
Il s'engage politiquement pour la reconnaissance de la nation irlandaise (il sera sénateur de l'État libre d'Irlande) et ses poèmes célèbrent le pays natal, avec son combat pour l'indépendance, et aussi l'humanisme et dans le sentiment amoureux, "la douleur d'aimer". Comme Beckett, il quitte l'Irlande  pour vivre en France, mais seulement les dernières années de sa vie, en 1930.

first musician (or all three musicians, singing)

Why does my heart beat so?

Why does my heart beat so?
Did not a shadow pass?
It passed but a moment ago.
Who can have trod in the grass?
What rogue is night-wandering?
Have not old writers said
That dizzy dreams can spring
From the dry bones of the dead?
And many a night it seems
That all the valley fills
With those fantastic dreams.
They overflow the hills,
So passionate is a shade,
Like wine that fills to the top
A grey-green cup of jade,
Or maybe an agate cup.

(parlé*) :
The hour before dawn and the moon covered up.
The little village of Abbey is covered up;
The little narrow trodden way that runs
From the white road to the Abbey of Corcomroe
Is covered up; and all about the hills
Are like a circle of Agate or of Jade.
Somewhere among great rocks on the scarce grass
Birds cry, they cry their loneliness.
Even the sunlight can be lonely here,
Even hot noon is lonely. [...]
*passage non traduit ci-dessous

----- (traduction en français de ce passage, par Jacques Charpentreau) -----

premier musicien (ou tous les trois, en chantant)

Pourquoi mon coeur bat-il ainsi ?

Pourquoi mon coeur bat-il ainsi ?
Etait-ce une ombre qui passait ?
Elle vient de passer ici.
Et qui donc sur l'herbe marchait ?
Quel vagabond erre en la nuit ?
Parfois le vertige des rêves,
Comme d'anciens auteurs l'ont dit,
Des os séchés des morts s'élève.
Et la nuit, il semble souvent
Que s'emplit toute la vallée
De ces rêves hallucinants.
Les collines sont submergées
Par une ombre qui se dilate,
Comme à ras bord le vin remplit
Une coupe en jade vert-gris,
Ou même une coupe d'agate.

[...]

William Butler Yeats (tiré de l'anthologie "Une Europe des poètes" - Livre de Poche - Hachette, 1991) - Traduction de Jacques Charpentreau.


James Joyce (1882-1941), né à Dublin lui aussi, est un romancier et poète irlandais expatrié, considéré comme un des écrivains les plus influents du XXe siècle. Ses œuvres majeures sont un recueil de nouvelles Les Gens de Dublin (1914) et des romans Dedalus (1916), Ulysse (1922), et Finnegans Wake (1939). (adapté de Wikipedia)

James Joyce s'installe en 1904, pour quelques années, en Autriche-Hongrie à Trieste (aujourd'hui ville italienne, sur la côte est adriatique) où il enseigne l'anglais.

Sur la plage de Fontana 

Le vent geint et les galets geignent,
La jetée, ses pieux fous gémissent ;
Une mer sénile dénombre
Ses galets, de vase argentés.

Du vent qui geint, de la mer grise
Plus froide encor, je le défends
Et je sens trembler son épaule
Aux frêles os, son bras d’enfant.

Partout la mer autour de nous,
La nuit de la peur qui descend
Et si profonde dans mon cœur
La douleur, sans fin, de l’amour !

Trieste, 1914

On the beach at Fontana

Wind whines and whines the shingle,

The crazy pierstakes groan;
A senile sea numbers each single
Slimesilvered stone.
From whining wind and colder
Grey sea I wrap him warm
And touch his trembling fineboned shoulder
And boyish arm.
Around us fear, descending
Darkness of fear above
And in my heart how deep unending
Ache of love !

Trieste, 1914

James Joyce (dans la revue "Poetry", novembre 1917", puis dans "Pomes Penyeach", recueil de treize poèmes écrits entre 1904 et 1924, édité par Shakespeare and Co, 1927 - repris dans "Poèmes d’api", de James Joyce, traduits par Jacques Borel - Gallimard, 1967)


Thomas Moore (1779-1852) est un poète irlandais, né également à Dublin... capitale de l'Irlande et de la poésie irlandaise.

Voir ici sur le blog le beau poème, avec sa traduction "the last rose of summer".

"Au sud de Dublin, dans le comté de Wicklow, rivières, collines et sous-bois forment ce que l’on appelle le "Jardin d’Irlande".
La vallée d’Avoca est une région dont la nature abondante enchante les passionnées de randonnée et de silence.
C'est dans ce lieu que Thomas Moore écrit, pendant l'été 1807 (publié l'année suivante) "The meetings of the water" (La réunion des eaux).
(source : http://www.pluralworld.com/)

The meetings of the water

1. There is not in the wide world a valley so sweet

As that vale in whose bosom the bright waters meet; (*)
Oh! the last rays of feeling and life must depart,
Ere the bloom of that valley shall fade from my heart.

 

2. Yet it was not that nature had shed o'er the scene
Her purest of crystal and brightest of green;
'Twas not her soft magic of streamlet or hill,
Oh! no, -- it was something more exquisite still.

 

3. 'Twas that friends, the beloved of my bosom, were near,
Who made every dear scene of enchantment more dear,
And who felt how the best charms of nature improve,
When we see them reflected from looks that we love.

 

4. Sweet vale of Avoca! how calm could I rest
In thy bosom of shade, with the friends I love best,
Where the storms that we feel in this cold world should cease,
And our hearts, like thy waters, be mingled in peace.


(*)
Il s'agit des rivières Avon et Avoca
Thomas Moore ("The Meeting of the Waters",1808 - in "Irish Melodies", volume 1)

Traduction des strophes 1 et 4 :

La réunion des eaux

 

Il n'y a pas de vallée aussi douce dans le monde
Que cette vallée dont les eaux brillantes se rencontrent en son cœur
Oh ! Les dernières lueurs de sentiment et la vie doivent s’en aller,
Avant que la fleur de cette vallée ne s'efface de mon cœur.
[...]
Douce Vallée d'Avoca ! Comment pourrais-je me reposer
Au sein de l’ombre, avec mes amis chers,
Où les tempêtes que nous ressentons dans ce monde froid devraient cesser
Et nos cœurs, comme vos eaux, être en paix.

Thomas Moore

 



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Poètes de LANGUE ANGLAISE - Angleterre - Percy Bysshe Shelley ; Pays de Galles - Dylan Thomas

Paysages d'Europe

langue anglaise

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Angleterre

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Percy Bysshe Shelley (1792-1822), est un écrivain et poète romantique anglais.

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Ce poème a été écrit en 1819, près de Florence, en Italie, un jour de tempête :

Ode au vent d'Ouest (début du poème)

I

Sauvage Vent d'Ouest, haleine de l'Automne,
Toi, de la présence invisible duquel les feuilles mortes
S'enfuient comme des spectres chassés par un enchanteur,

Jaunes, noires, blêmes et d'un rouge de fièvre,
Multitude frappée de pestilence : 0 toi,
Qui emportes à leur sombre couche d'hiver

Les semences ailées qui gisent refroidies,
Chacune pareille à un cadavre dans sa tombe, jusqu'à ce que
Ta sœur d'azur, déesse du Printemps fasse retentir

Sa trompe sur la terre qui rêve, et emplisse
(Chassant aux prés de l'air les bourgeons, son troupeau),
De teintes et de senteur vivantes la plaine et les monts :

Sauvage Esprit, dont l'élan emplit l'espace;
Destructeur et sauveur, oh, écoute moi !

II

Toi, dont le courant dans les hauteurs du ciel bouleversé
Entraîne les nuages dispersés comme les feuilles mourantes de la terre,
Détachés des rameaux emmêlés des Cieux et de l'Océan,

Apportant sur leurs ailes la pluie et les éclairs;
On voit s'épandre à la surface bleue de ta houle aérienne,
Telle, emportée par le vent, la chevelure dorée

De quelque Ménade déchaînée, du bord obscur
De l'horizon jusqu'à la hauteur du zénith,
Les boucles échevelées de l'orage approche.
Toi, chant funèbre

De l'an qui meurt, pour qui cette nuit qui tombe
Sera le dôme d'un immense sépulcre,
Au-dessus duquel la cohorte de toutes tes puissances assemblées

Étendra une voûte de nuées, dont l'épaisse atmosphère
Fera jaillir la noire pluie, le feu, la grêle: oh, écoute-moi !

III

Toi qui as éveillé de ses rêves d'été
La bleue Méditerranée en sa couche,
Bercée par les remous de ses ondes de cristal

Près d'une île de ponce, au golfe de Baïes,
Voyant dans son sommeil palais et tours antiques
Trembler au sein du jour plus lumineux des vagues,

Tout tapissés de mousses glauques et de fleurs
Si suaves, que nous défaillons y songeant ;
Toi, devant qui les flots unis du puissant Atlantique

Se creusent en abîmes, alors qu'aux profondeurs
Les fleurs de mer et les rameaux limoneux qui portent
Le feuillage sans sève de l'océan, reconnaissent

Ta voix soudain, et blêmissent de frayeur,
Et tremblent et se dépouillent: oh, écoute-moi !

[...]

Shelley (1819)

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Ode to the Westwind(début du poème)

I

O wild West Wind, thou breath of Autumn’s being,
Thou, from whose unseen presence the leaves dead
Are driven, like ghosts from an enchanter fleeing,

Yellow, and black, and pale, and hectic red,
Pestilence-stricken multitudes: O thou,
Who chariotest to their dark wintry bed

The winged seeds, where they lie cold and low,
Each like a corpse within its grave, until
Thine azure sister of the Spring shall blow

Her clarion o’er the dreaming earth, and fill
(Driving sweet buds like flocks to feed in air),
With living hues and odours plain and hill :

Wild Spirit, which art moving everywhere ;
Destroyer and preserver; hear, oh, hear!

II   

Thou on whose stream, mid the steep sky’s commotion,
Loose clouds like earth’s decaying leaves are shed,
Shook from the tangled boughs of Heaven and Ocean,

Angels of rain and lightning: there are spread
On the blue surface of thine aëry surge,
Like the bright hair uplifted from the head

Of some fierce Maenad, even from the dim verge
Of the horizon to the zenith’s height,
The locks of the approaching storm. Thou dirge

Of the dying year, to which this closing night
Will be the dome of a vast sepulchre,
Vaulted with all thy congregated might

Of vapours, from whose solid atmosphere
Black rain, and fire, and hail will burst: oh, hear !

III

Thou who didst waken from his summer dreams
The blue Mediterranean, where he lay,
Lulled by the coil of his crystàlline streams,

Beside a pumice isle in Baiae’s bay,
And saw in sleep old palaces and towers
Quivering within the wave’s intenser day,

All overgrown with azure moss and flowers
So sweet, the sense faints picturing them! Thou
For whose path the Atlantic’s level powers

Cleave themselves into chasms, while far below
The sea-blooms and the oozy woods which wear
The sapless foliage of the ocean, know

Thy voice, and suddenly grow gray with fear,
And tremble and despoil themselves: oh, hear !

   
[...]

Percy Bysshe Shelley, 1919 ("The complete poetical works of Percy Bysshe Shelley", Cambridge: Riverside Press, 1901)

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Le nuage

J'apporte de fraîches averses pour les fleurs assoiffées,
Venues des mers et des fleuves;
Je répands une ombre légère sur les feuilles qui reposent
Dans leurs rêves de midi.
De mes ailes, je secoue la rosée qui éveille
Tous les charmants bourgeons,
Bercés et assoupis sur le sein de leur mère,
Quant elle danse devant le soleil.
Je brandis le fléau de la grêle,
Fouettant et blanchissant les vertes plaines plus bas,
Puis, à nouveau, je la dissous en pluie,
Et je ris quand je passe, apportant le tonnerre.

Je tamise la neige sur les monts au dessous,
Et leurs pins géants gémissent de terreur ;
Et toute la nuit, c'est là mon blanc oreiller,
Tandis que je dors, dans les bras de la tempête.
Souverain, sur les tours de mes demeures aériennes
Se tient l'éclair, mon pilote ;
Dans un antre inférieur est enchaîné le tonnerre;
Il se débat et rugit par accès ;
Au-dessus de la terre et de l'océan, d'un mouvement doux
Ce pilote me guide,
Attiré par l'amour des génies qui hantent
Les profondeurs de la mer empourprée;
Par dessus les ruisseaux, les rochers, les collines,
Par dessus lacs et plaines,
Partout où il rêve que, sous monts ou rivières,
L'esprit qu'il aime demeure;
Et moi tout ce temps, je me baigne dans le sourire bleu du firmament,
Tandis qu'il se fond en pluie.

Le soleil levant écarlate, aux yeux de météore,
Aux plumes de flammes largements ouvertes,
Bondit sur mes vapeurs flottantes,
A l'heure où s'amortit l'éclat de l'étoile du matin;
Comme à la pointe d'un roc escarpé
Qu'un tremblement de terre ébranle et fait osciller,
Un aigle perché se repose un moment
Dans la lumière de ses ailes d'or.
Et quand le soleil couchant exhale, de la mer qu'il illumine
Ses feux où s'endort l'amour,
Et que le linceul rutilant du soir
Tombe des hauteurs du ciel,
Les ailes repliées, je repose sur mon nid aérien,
Aussi tranquille qu'une tourterelle qui couve.

Cette sphère vierge, rayonnante de flammes blanches,
Que les mortels appellent Lune
Glisse et luit sur ma toison
Éparpillée par les brises de minuit ;
Et toutes les fois que ses invisibles pas
Entendus par les anges seulement,
Rompent la trame de ma mince tente,
Les étoiles regardent derrière elle à la dérobée ;
Et je ris de les voir se mouvoir en cercle et fuir,
Comme un essaim d'abeilles dorées,
Quand j'élargis l'ouverture de ma tente, dressée par le vent ;
Jusqu'à ce que les calmes rivières, les lacs et les mers,
Comme des rubans de ciel tombés de là-haut à travers moi,
Tous, miroitent sous la lune et sous les astres.

J'entoure le trône du Soleil d'une ceinture brûlante,
Et celui de la Lune d'une cordelière de perles ;
Les volcans sont obscurs, les étoiles chancellent et tournoient
Quand les tourbillons déploient ma bannière.
D'un cap à l'autre, semblable à un pont,
Par dessus une mer torrentueuse,
Insensible aux rayons du soleil, je suspends ma voûte,
Dont les montagnes sont les colonnes.
L'arche triomphale à travers laquelle je m'avance
Avec la tempête, l'ouragan, le feu et la neige,
Quand les Puissances de l'air sont enchaînées à mon trône,
Est l'arc-en-ciel aux millions de couleurs;
Cette sphère de feu là-haut tissa ses changeantes teintes,
Tandis que la Terre humide riait au-dessous.

Je suis l'enfant de la Terre et de l'eau,
Et le nourrisson du Ciel ;
Je passe à travers les mailles de l'océan et du rivage ;
Je change, mais ne puis mourir.
Car, après la pluie, quand sans la moindre tache,
Le pavillon du ciel est dégagé,
Et que le vent, avec les rayons du soleil, de leurs reflets convexes,
Bâtissent le dôme bleu de l'air,
Je ris en silence de mon propre cénotaphe ;
Et, des cavernes de la pluie,
Comme un enfant du sein maternel, comme un fantôme de la tombe,
Je me lève, et le détruis à nouveau.

Percy Bysshe Shelley (traduction du titre du recueil : "Pour une alouette", 1820)

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The Cloud

I bring fresh showers for the thirsting flowers,   
From the seas and the streams ;   
I bear light shade for the leaves when laid   
In their noonday dreams.   
From my wings are shaken the dews that waken
The sweet buds every one,   
When rocked to rest on their mother’s breast,   
As she dances about the sun.   
I wield the flail of the lashing hail,   
And whiten the green plains under,
And then again I dissolve it in rain,   
And laugh as I pass in thunder.   

I sift the snow on the mountains below,   
And their great pines groan aghast;   
And all the night ’tis my pillow white,    
While I sleep in the arms of the blast.   
Sublime on the towers of my skiey bowers,   
Lightning my pilot sits,   
In a cavern under is fretted the thunder,   
It struggles and howls at fits;      
Over earth and ocean, with gentle motion,   
This pilot is guiding me,   
Lured by the love of the genii that move   
In the depths of the purple sea;   
Over the rills, and the crags, and the hills,    
Over the lakes and the plains,   
Wherever he dream, under mountain or stream   
The Spirit he loves remains;   
And I all the while bask in heaven’s blue smile,   
Whilst he is dissolving in rains.

The sanguine sunrise, with his meteor eyes,   
And his burning plumes outspread,   
Leaps on the back of my sailing rack,   
When the morning star shines dead,   
As on the jag of a mountain crag,   
Which an earthquake rocks and swings,   
An eagle alit one moment may sit   
In the light of its golden wings.   
And when sunset may breathe from the lit sea beneath,   
Its ardours of rest and of love,   
And the crimson pall of eve may fall   
From the depth of heaven above,   
With wings folded I rest, on mine airy nest,   
As still as a brooding dove.   

That orbèd maiden with white fire laden,      
Whom mortals call the moon,   
Glides glimmering o’er my fleece-like floor,   
By the midnight breezes strewn;   
And wherever the beat of her unseen feet,   
Which only the angels hear,
May have broken the woof of my tent’s thin roof,   
The stars peep behind her and peer ;   
And I laugh to see them whirl and flee,   
Like a swarm of golden bees,   
When I widen the rent in my wind-built tent,      
Till the calm rivers, lakes, and seas,   
Like strips of the sky fallen through me on high,   
Are each paved with the moon and these.   

I bind the sun’s throne with a burning zone,   
And the moon’s with a girdle of pearl ;   
The volcanoes are dim, and the stars reel and swim,   
When the whirlwinds my banner unfurl.   
From cape to cape, with a bridge-like shape,   
Over a torrent sea,   
Sunbeam-proof, I hang like a roof,   
The mountains its columns be.   
The triumphal arch through which I march   
With hurricane, fire, and snow,   
When the powers of the air are chained to my chair,   
Is the million-coloured bow ;      
The sphere-fire above its soft colours wove,   
While the moist earth was laughing below.   

I am the daughter of earth and water,   
And the nursling of the sky ;   
I pass through the pores of the ocean and shores ;
I change, but I cannot die.   
For after the rain when with never a stain,   
The pavilion of heaven is bare,   
And the winds and sunbeams with their convex gleams,   
Build up the blue dome of air,
I silently laugh at my own cenotaph,   
And out of the caverns of rain,   
Like a child from the womb, like a ghost from the tomb,   
I arise and unbuild it again.

Percy Bysshe Shelley ("To a Skylark",1820)


Paysages d'Europe

langue anglaise

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Pays de Galles

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Dylan Thomas (1914-1953), est un écrivain et poète gallois.

Voici la mer

Voici la mer, verte et claire,
Et dans ses flancs, mille poissons
Ondulant leurs écailles en silence
Dans un monde d’herbes vertes et claires.
Voici mille cailloux, ce sont mille yeux
Tous plus vifs que le soleil.
Voici les vagues, ce sont des danseurs,
Sur un parquet d’émeraude
Qui font des pointes
Pour danser sur la mer,
Légers comme pour une pantomime.

Dylan Thomas, 1930

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Bright Green Sea

Here is the bright green sea,
And underneath a thousand fishes
Moving their scaly bodies soundlessly
Among a bright green world of weeds
These thousand pebbles are a thousand eyes
Each sharper than the sun
These waves are dancers,
Upon a thousand pointed toes
They step the sea,
Lightly, as in a pantomime.
 

Dylan Thomas, 1930

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Mon oiseau d'or

Mon oiseau d’or, le soleil
A ouvert ses ailes, s’est envolé
De sa cage, le ciel,
O balancement !
Et, comme son ombre épuisée
Blanche d’amour,
La lune, mon oiseau d’argent
S’envole à nouveau
Vers son perchoir d’étoiles.

Dylan Thomas, 1930


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