lieu commun

On appellera lieu commun l'espace où se rencontrent nos rêves perdus et nos petits bonheurs présents

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Auteurs Q - PP 2013 EN FRANÇAIS - Raymond Queneau

- Raymond Queneau et l' OULIPO -

Raymond Queneau (1903-1976) a appartenu au mouvement surréaliste, dont il a été exclu, comme bien d'autres. Il est l'un des fondateurs du mouvement littéraire l'OuLiPo (ou OULIPO : Ouvroir de Littérature Potentielle). Jacques Bens, Jean Lescure, Georges Perec, Jacques Roubaud appartiennent à ce mouvement, caractérisé par des contraintes littéraires d'écriture, telles que l'absence d'une voyelle (Georges Perec : La Disparition), une réécriture de poèmes connus (comme le texte de Raymond Queneau présenté ici), etc. On en trouvera des exemples sur le blog, voyez le SOMMAIRE en page 1 de cette catégorie.
Auteur en particulier d' Exercices de style (60 formes différentes à partir d'un même texte) et de Zazie dans le Métro, Raymond Queneau publie en 1961 l'ouvrage Cent Mille Milliards de Poèmes, qui permet par combinaisons de vers de composer une infinité (ou presque !) de sonnets  réguliers.
Il est élu à l'Académie Goncourt en 1951.

Pour un art poétique

Prenez un mot prenez en deux
faites les cuir' comme des œufs
prenez un petit bout de sens
puis un grand morceau d'innocence
faites chauffer à petit feu
au petit feu de la technique
versez la sauce énigmatique
saupoudrez de quelques étoiles
poivrez et mettez les voiles
Où voulez vous donc en venir ?
À écrire Vraiment ? À écrire ?

Raymond Queneau ("Le Chien à la mandoline" - Gallimard, 1965)

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Cent mille milliards de poèmes

Raymond Queneau précise dans la présentation de l'ouvrage :

"C'est plus inspiré par le livre pour enfants intitulé "Têtes folles" * que par les jeux surréalistes du genre Cadavre exquis que j'ai conçu  et réalisé ce petit ouvrage qui permet à tout un chacun de composer à volonté cent mille milliards de sonnets, tous réguliers bien entendu. C'est somme toute une sorte de machine à fabriquer des poèmes".

* Le livre-jeu "Têtes folles" propose 3 séries de languettes mobiles montées sur des anneaux, tête, corps, jambes, pour créer par d'innombrables combinaisons (cent mille milliards aussi ?), de drôles de personnages. Ce principe a été par la suite réutilisé avec des images d'animaux.
L'œuvre de Queneau est constituée, elle, de 14 vers sous 10 versions différentes pour chaqcun, c'est à dire 1014 combinaisons

Raymond Queneau dit encore à propos de son ouvrage : "En comptant 45 s pour lire un sonnet et 15 s pour changer les volets à 8 heures par jour, 200 jours par an, on a pour plus d’un million de siècles de lecture, et en lisant toute la journée 365 jours par an, pour 190 258 751 années plus quelques plombes et broquilles (sans tenir compte des années bissextiles et autres détails)" (Citation empruntée à http://savoir.pingouin.org/index.php/Cent_Mille_Milliards_de_Po%C3%A8mes)

Malgré tout, cet exercice se rapproche dans son principe, et pour la création poétique avec les élèves, du Cadavre exquis décrit dans cette catégorie au paragraphe consacré à André Breton (voir le SOMMAIRE).

Une des cent mille milliards de versions possibles* ...

Il se penche il voulait attraper sa valise
se faire il pourrait bien que ce soit des jumeaux
la découverte alors voilà qui traumatise
des narcisses on cueille ou bien on est des veaux

L'un et l'autre a raison non la foule insoumise
qui clochard devenant jetait ses oripeaux
un frère même bas est la part indécise
à tous n'est pas donné d'aimer les chocs verbaux

La Grèce de Platon à coup sûr n'est point sotte
on comptait les esprits acérés à la hotte
il voudra retrouver le germe adultérin

Ne fallait pas si loin agiter ses breloques
tu me stupéfies plus que tous les ventriloques
le Beaune et le Chianti sont-ils le même vin ?

Raymond Queneau ("Cent mille milliards de poèmes" - Gallimard 1961)

* Voir à cette adresse, où a été emprunté le texte qui précède, l'intégralité des 1014 combinaisons de vers pour "Cent mille milliards de poèmes" :
http://membres.lycos.fr/bouillondepoesie/auteur_Queneau.htm

logo_cr_ation_po_tiqueLe "Poème multiple", sur le principe de Cent mille milliards de poèmes

Le poème multiple propose un choix (ou laisse faire le hasard*) de plusieurs écritures possibles pour chacun de ses vers, capable de produire au final un poème différent mais correct (du point de vue grammatical au moins).
Comme pour le Cadavre exquis, cette activité suppose une maîtrise par les élèves de la structure de la phrase et de la relation logique entre ses différents éléments.

  • Avec des rimes :

On pourra se limiter pour la création du poème multiple à un quatrain avec trois, quatre ou cinq versions de chaque vers. Calculez le nombre de combinaisons, c'est déjà pas si mal !
Choisir 2 séries de syllabes-rimes des plus répandues, comme dans le texte de Queneau : age, eure, ise, ote, in, sous leurs différentes graphies ; et/ou des sons voyelles pour jouer plus facilement sur des assonances : a, o, i, u, ou, au, on...

Se constituer un stock de mots regroupés par rimes.

Exemple 1 : Structurer le poème de manière à construire une phrase avec  les deux premiers vers et une deuxième avec les deux derniers. Pour le quatrain, on aura le choix entre des rimes alternées ou embrassées. Masculines-féminines, mais sans contrainte, c'est déjà assez ardu !
On décidera si les variantes du poème doivent présenter une certaine logique, ou si on se donne toutes les libertés.
Ce premier exemple proposé par le blog est en alexandrins. On a utilisé ici la même structure interne pour chaque groupe de vers, constituée d'une phrase simple pour la première série. Le quatrain est lui-même structuré en 4 parties. L'ensemble tente de rester dans le thème annoncé par le titre :

Les évadés du zoo

1. Le lion dévorait un lièvre de passage / Le canari sciait les barreaux de sa cage / Une tortue bronzait toute nue sur la plage / Un chameau traversait la rivière à la nage

2. Sans se préoccuper ni du jour ni de l'heure / En songeant que demain arriverait sa sœur / Le désir d'aventure est plus fort que la peur / Un complice attendait sur son vélomoteur

3. Quand tout-à-coup  a éclaté un gros orage / Mais la police est arrivée dans les parages  / Une tempête a traversé le paysage / C'était le jour de l'ouverture de la chasse (assonance)

4. L'horoscope annonçait des lendemains meilleurs  / Les animaux les plus futés font des erreurs / Les émotions ont provoqué l'arrêt du cœur / Qui saura consoler le gardien en pleurs ?

(proposé par le blog)

Exemple 2 : On garde le principe des rimes ou assonances, mais en se rapprochant de la structure proposée pour le Cadavre exquis (développé au paragraphe André Breton). Puisqu'il n'y a qu'une phrase finalement par production, on peut construire un texte en regroupant plusieurs variantes :

1. C'est un arbre de la forêt / C'est un petit chat tigré / C'est une fée mal réveillée / C'est un nuage sur le clocher
2. qui a mangé /qui a rayé / qui a caché / qui a volé
3. la camionnette / le pantalon / la bague / les lunettes
4. du boulanger / de la mariée / du jardinier / de mon pépé

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* Une présentation du "poème multiple" en choisissant les lignes ou en laissant faire le hasard :

  • Écrire chaque vers sur un panneau  fixé sur un axe vertical (à la manière d'une girouette ou d'un panneau de signalisation à directions multiples). Un axe porte autant de panneaux rayonnants que de différentes écritures pour chaque vers. Autant d'axes donc, que le poème a de vers. Installer les axes en ligne (ce n'est pas la présentation habituelle d'un poème en vers, mais c'est déjà assez compliqué). On obtient un poème différent en faisant tourner les "girouettes" les unes après les autres (prévoir un système d'arrêt-blocage pour la lecture en ligne).
  • Écrire chaque vers sur des disques (à l'image d'une roue de loterie foraine). Autant de disques que de vers au poème. Aligner les roues, comme précédemment les panneaux. L'axe central peut être fixé sur une longue planche. On fait tourner la roue, et un repère indique le vers à lire quand elle s'arrête.
  • Présentation en utilisant des rouleaux de longueur et de diamètre suffisant. L'idéal serait de se procurer des tubes de protection ayant servi à l'expédition ou à la protection de posters. Chaque tube pourrait sans doute être coupé en deux au milieu diamétralement pour donner deux supports. Il faudra autant de rouleaux que de vers au poème. On collera les écritures autour de chaque rouleau en longueur. Les rouleaux  seront enfilés sur le même axe fixe. Ce sont eux qu'on fait tourner. Ici encore, la difficulté est d'arrêter la lecture approximativement au même niveau sur toute la longueur. Variante de disposition : Les rouleaux sont alignés les uns en-dessous des autres, portés sur une structure (cadre en bois par exemple), comme un boulier géant. L'avantage est de présenter le "poème multiple" dans sa disposition traditionnelle.

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  • La règle S+7

Autre exercice oulipien, imaginé par Jean Lescure (voir au paragraphe de cet auteur ci-dessus)

Ci-dessous le texte de départ (la première fable dans l'œuvre de La Fontaine), auquel Raymond Queneau a appliqué la règle, en utilisant sans doute un dictionnaire des plus fourmnis !

La cigale et la fourmi

La cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
"Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'oût, foi d'animal,
Intérêt et principal."
La fourmi n'est pas prêteuse :
C'est là son moindre défaut.
"Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
- Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
- Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
Eh bien : dansez maintenant."

Jean de la Fontaine 1621-1695 ; (Fables, livre 1 - première fable - cet ouvrage a connu d'innombrables éditions)

La fable classique transformée reste reconnaissable par sa structure, intacte,  maintenue par le lien des mots inchangés, pronoms, déterminants, conjonctions, prépositions, adverbes :

La Cimaise et la Fraction

La Cimaise ayant chaponné
Tout l’éternueur
Se tuba fort dépurative
Quand la bixacée fut verdie :
Pas un sexué pétrographique morio
De mouffette ou de verrat.
Elle alla crocher frange
Chez la fraction sa volcanique,
La processionnant de lui primer
Quelque gramen pour succomber
Jusqu’à la salanque nucléaire.
"Je vous peinerai, lui discorda-t-elle,
Avant l’apanage, folâtrerie d’Annamite !
Interlocutoire et priodonte."
La Fraction n’est pas prévisible :
C’est là son moléculaire défi.
"Que ferriez-vous au tendon cher ?
Discorda-t-elle à cette enarthrose.
- Nuncupation et joyau à tout vendeur,
Je chaponnais, ne vous déploie.
- Vous chaponniez ? J’en suis fort alarmante.
Eh bien ! débagoulez maintenant."

Raymond Queneau  ("Variations sur S+7 - OULIPO, La Littérature potentielle" - éditions Gallimard, 1973)

logo_cr_ation_po_tiqueDes poèmes sur le principe de S+7
Cet exercice s'adresse aux grandes classes, C3 et collège, puisque les élèves doivent être capables d'utiliser aisément le dictionnaire et d'identifier précisément la nature des mots du poème auxquels va s'appliquer la transformation : noms communs, adjectifs et verbes (les adverbes n'ont pas subi de transformation dans la fable).

Le matériel indispensable est un dictionnaire par élève, adapté au niveau de la classe (pas le Littré, que peut-être Queneau a utilisé !...).
On choisira un texte de départ assez court, structuré. La fable est un modèle de départ intéressant.
Ils procèdent à la recherche dans le dictionnaire de chaque mot à transformer, en repérant le 7e mot de même nature (et de même genre pour les noms) qui suit. Ce mot remplacera exactement l'original, c'est-à-dire qu'il devra s'accorder en genre et en nombre. Pour les verbes, il sera conjugué au même temps et à la même personne que celui qu'il remplace. On ne se préoccupe pas des rimes, bien entendu.
Si on rencontre une trop grande difficulté (de sens, d'accord...) on s'autorisera à choisir plutôt le mot suivant ou précédent.

  • Variante : évidemment S+7 n'est pas la seule transformation possible. On essaiera par exemple S+6 ou S-4.  D'ailleurs, à partir d'un même poème original, les élèves pourront choisir chacun une formule de transformation différente. On comparera les variantes, on les regroupera peut-être dans un même recueil.

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Cris de Paris

On n'entend plus guère le repasseur de couteaux
le réparateur de porcelaines le rempailleur de chaises
on n'entend plus guère que les radios qui bafouillent
des tourne-disques des transistors et des télés
ou bien encore le faible aye aye ouye ouye
que pousse un piéton écrasé

Raymond Queneau ("Courir les rues" - 1967, Gallimard poésie)

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Queneau s'intéresse à nouveau aux deux insectes de la célèbre fable de La Fontaine, dans une scène inattendue et enlevée :

La fourmi et la cigale

Une fourmi fait l'ascension
d'une herbe flexible
elle ne se rend pas compte
de la difficulté de son entreprise
elle s'obstine la pauvrette
dans son dessein délirant
pour elle c'est un Everest
pour elle c'est un Mont Blanc
ce qui devait arriver arrive
elle choit patatratement
une cigale la reçoit
dans ses bras bien gentiment
eh dit-elle point n'est la saison
des sports alpinistes
(vous ne vous êtes pas fait mal j'espère ?)
et maintenant dansons dansons
une bourrée ou la matchiche.

Raymond Queneau ("Battre la campagne" - 1967, Gallimard poésie, même ouvrage que "Courir les rues")

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L'auteur s'affranchit ici du lexique et des règles d'orthographe, exercice qu'il affectionne. Il faudra restituer oralement ce texte avec la nouvelle prononciation créée  :

Maigrir

Y en a qui maigricent sulla terre
Du vente du coq-six ou des jnous
Y en qui maigricent le caractère
Y en a qui maigricent pas du tout
Oui mais
Moi jmégris du bout des douas
Oui du bout des douas Oui du bout des douas
Moi jmégris du bout des douas
Seskilya dplus distinglé

II

Lautt jour Boulvar de la Villette
Vlà jrenconte le bœuf à la mode
Jlui dis Tu mas l’air un peu blett
Viens que jte paye une belle culotte
Seulement jai pas pu passque
Moi jmégris du bout des douas
Oui du bout des douas Oui du bout des douas
Moi jmégris du bout des douas
Seskilya dplus distinglé

III

Dpuis ctemps jfais pus dgymnastique
Et jmastiens des sports d’hiver
Et comme avec fureur jmastique
Je pense que si je persévère
Eh bien
Jmégrirai du bout des douas
Oui du bout des douas Oui du bout des douas
Jmégrirai même de partout
Même de lesstrémité du cou

Raymond Queneau ("L'Instant fatal" - 1966, Gallimard poésie, même ouvrage que "Les Ziaux").
Sur une musique de Gérard Calvi, ce texte est devenu une chanson, interprétée par Denise Benoît (voir paragraphe Roland Bacri) en 1968, Les Charlots (1977), d'autres sans doute ...

 

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Pauvre type

Toto a un nez de chèvre et un pied de porc
Il porte des chaussettes
en bois d'allumette
et se peigne les cheveux
avec un coupe-papier qui a fait long-feu
S'il s'habille les murs deviennent gris
S'il se lève le lit explose
S'il se lave l'eau s'ébroue
Il a toujours dans la poche
un vide-poche

Pauvre type

Raymond Queneau ("L'Instant fatal" - 1966, Gallimard poésie, même ouvrage que "Les Ziaux")

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Encore l'art po

C'est mon po - c'est mon po - mon poème
Que je veux - que je veux - éditer
Ah je l'ai - ah je l'ai - ah je l'aime
Mon popo - mon popo - mon pommier

Oui mon po - oui mon po - mon poème
C'est à pro - à propos - d'un pommier
Car je l'ai - car je l'ai - car je l'aime
Mon popo - mon popo - mon pommier

Il donn' des - il donn' des - des poèmes
Mon popo - mon popo - mon pommier
C'est pour ça - c'est pour ça - que je l'aime
La popo - la popomme - au pommier

Je la sucre - et j'y mets - de la crème
Sur la po - la popomme - au pommier
Et ça vaut - ça vaut bien - le poème
Que je vais - que je vais - éditer

Raymond Queneau ("Le chien à la mandoline" - Gallimard, 1965)



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Auteurs R 1 - PP 2013 EN FRANÇAIS - Jules Renard - Yak Rivais - Ghislaine Roman

livre_Jules_Renard_histoires_naturelles - Jules Renard -

 Jules Renard (1864-1910), écrivain, poète, est célèbre pour son Journal, le roman  Poil de carotte, et les Histoires Naturelles, (1896) chef-d'oeuvre de concision imagée ou de saynètes théâtrales dans l'évocation des animaux.

Tirés de son livre, Histoires Naturelles (éditions Flammarion, 1896 - nombreuses rééditions : photo de l'édition de poche Ganier-Flammarion en 2000)
d'abord ces croquis si justes de petits puis de plus gros animaux :

Le lézard

[...]

Le mur
- Je ne sais quel frisson me passe sur le dos.

Le lézard
- C’est moi.
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Le serpent

Trop long.
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Le cafard

Noir et collé comme un trou de serrure.

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Le ver

En voilà un qui s’étire et qui s’allonge comme une belle nouille.
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Le ver luisant

Que se passe-t-il ? Neuf heures du soir et il y encore de la lumière chez lui.

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L'araignée

Une petite main noire et poilue crispée sur des cheveux.

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Le hanneton

1.


Un bourgeon tardif s'ouvre et s'envole du marronier.
2.

Plus lourd que l'air, à peine dirigeable, têtu et ronchonnant, il arrive tout de même au but, avec ses ailes en chocolat.
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Les fourmis

Chacune d'elles ressemble au chiffre 3.
Et il y en a ! il y en a !

Il y en a 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 ... jusqu'à l'infini.

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L'escargot

Casanier dans la saison des rhumes, son cou de girafe rentré, l'escargot bout comme un nez plein. Il se promène dès les beaux jours, mais il ne sait marcher que sur la langue.
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La puce

Un grain de tabac à ressort.
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Le papillon

Ce billet doux plié en deux cherche une adresse de fleur.
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La demoiselle (ou libellule)
Elle soigne son ophtalmie. D'un bord à l'autre de la rivière, elle ne fait que tremper dans l'eau fraîche ses yeux gonflés.
Et elle grésille, comme si elle volait à l'électricité.
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L'écureuil

1.

Du panache ! du panache ! oui, sans doute ; mais, mon petit ami, ce n'est pas là que ça se met.
2.
Leste allumeur de l'automne, il passe et repasse sous les feuilles la petite torche de sa queue.
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Le brochet

Immobile à l'ombre d'un saule, c'est le poignard dissimulé au flanc du vieux bandit.
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La baleine

Elle a bien dans la bouche de quoi se faire un corset, mais avec ce tour de taille ! ...
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Le corbeau


L'accent grave sur le sillon.
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Deux scènes de la vie quotidienne :

Le chat

1.
Le mien ne mange pas les souris ; il n'aime pas ça.
Il n'en attrape que pour jouer avec.
Quand il a bien joué, il lui fait grâce de la vie, et il va rêver ailleurs, l'innocent, assis dans la boucle de sa queue, la tête bien fermée comme un poing.
Mais à cause des griffes, la souris est morte.
2.
On lui dit : "Prends les souris et laisse les oiseaux !"
C'est bien subtil, et le chat le plus fin quelquefois se trompe.

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Le paon

Il va sûrement se marier aujourd'hui.
Ce devait être pour hier. En habit de gala, il était prêt.
Il n'attendait que sa fiancée. Elle n'est pas venue. Elle ne peut tarder.
Glorieux, il se promène avec une allure de prince indien et porte sur lui les riches présents d'usage.
L'amour avive l'éclat de ses couleurs et son aigrette tremble comme une lyre.
La fiancée n'arrive pas.
Il monte au haut du toit et regarde du côté du soleil.
Il jette son cri diabolique :
Léon ! Léon !
C'est ainsi qu'il appelle sa fiancée. Il ne voit rien venir et personne ne répond.
Les volailles habituées ne lèvent même point la tête. Elles sont lasses de l'admirer.
Il redescend dans la cour, si sûr d'être beau qu'il est incapable de rancune.
Son mariage sera pour demain.
Et, ne sachant que faire du reste de la journée, il se dirige vers le perron.
Il gravit les marches, comme des marches de temple, d'un pas officiel.
Il relève sa robe à queue toute lourde des yeux qui n'ont pu se détacher d'elle.
Il répète encore une fois la cérémonie.

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Et une fable, imitée de Jean de La Fontaine (la colombe et la fourmi) :

La fourmi et le perdreau

Une fourmi tombe dans une ornière où il a plu et elle va se noyer, quand un perdreau, qui buvait, la pince du bec et la sauve.
- Je vous la revaudrai, dit la fourmi.
- Nous ne sommes plus, répond le perdreau sceptique, au temps de La Fontaine. Non que je doute de votre gratitude, mais comment piqueriez-vous au talon le chasseur prêt à me tuer ! Les chasseurs aujourd’hui ne marchent point pieds nus.
La fourmi ne perd pas sa peine à discuter et elle se hâte de rejoindre ses sœurs qui suivent toutes le même chemin, semblables à des perles noires qu’on enfile.
Or, le chasseur n’est pas loin.
Il se reposait, sur le flanc, à l’ombre d’un arbre. Il aperçoit le perdreau piétant et picotant à travers le chaume. Il se dresse et veut tirer, mais il a des fourmis dans le bras droit. Il ne peut lever son arme.
Le bras retombe inerte et le perdreau n’attend pas qu’il se dégourdisse.

Jules Renard ("Histoires naturelles" - éditions Flammarion, 1896)

logo_cr_ation_po_tiquePortraits d'animaux

À la manière du texte sur le chat,  de Jules Renard, observer (se documenter) les caractéristiques physiques, les traits de caractère, les habitudes et le comportement d'animaux familiers ou connus. Imaginer une saynète amusante. Voir Jacques Roubaud (La vache : description), pour d'autres idées de création poétique : décrire en première impression.



- Yak Rivais -

 Yak Rivais, enseignant et auteur pour la jeunesse, est né en 1939. Il a écrit de nombreux ouvrages, mêlant contes et jeux de mots ("Les demoiselles d'A" est composé exclusivement de phrases empruntées à différents ouvrages). Dans  "Les sorcières sont N.R.V.", il s'est exercé avec talent au tautogramme (tous les mots commencent par la même lettre).
Ce livre contient bien d'autres expériences auxquelles l'auteur soumet le langage. 

livre_Yak_Rivais_sorci_resCauchemar !

Voici Venir Vingt Vampires Verts !
Six Sales Sorcières Sifflantes Suivent !
Deux Dragons Déchaînés Dégobillent Des Déchets Dégoûtants
Attention Aux Affreux Assaillants !
Courez, Car Cinquante Crapauds Crachent Cent Cancrelats Caoutchouteux !
Trente Terrifiants Tapirs Tonitruent !
Mille Monstres Marins Mordent
!
Cent Cavaliers Chevauchent Cent Centaures Colossaux !
Douze Diables Dévorent Douze Dames Désespérées !
Fuyez Faibles Femmes !

Yak Rivais ("Les sorcières sont N.R.V." - L'École des Loisirs, 1989)
et Claude Gagnière, dans "Au bonheur des mots", page 132 (éditions Robert Laffont, 1989)

logo_cr_ation_po_tique Tautogramme 
Cet exercice est ardu, car respecter la contrainte à la lettre (c'est bien ça), complique la construction de phrases.
Pour réduire la difficulté, on peut limiter le nombre de mots par initiale, ou/et décider que seuls les verbes, noms, adverbes et adjectifs obéiront à la règle. On obtiendra alors un effet d' allitération. Voir d'autres tautogrammes dans la partie "JEUX".

Exemple :
1. 
Votre vieux vélo va si vite que vous volez.
Voulez-vous vraiment que je voyage avec vous ?

2. 
Un simple serpent suffit souvent à soulager les sinusites
Faites-le frire, farinez-le et frappez-vous fortement le front.

On trouvera ici des productions d'élèves, avec de vrais tautogrammes :
http://www.ac-nancy-metz.fr/petitspoetes/HTML/SALLESDEJEUX/JEUTAUTOGRAM.html



livre_Ghislaine_Roman_si- Ghislaine Roman -

Ghislaine Roman, enseignante en élémentaire et auteure contemporaine pour les enfants a publié des albums ("Le parapluie volant", "Tukaï, l'enfant sorcier "...) et des recueils poétiques ("Le livre des peut-être", "Le livre des si"), tous aux éditions Milan.

Comme Jean-Hughes Malineau, Ghislaine Roman propose "des rencontres ponctuelles dans les écoles, les bibliothèques ou médiathèques [...] en liaison directe avec ses albums, [...] de préférence en école maternelle et élémentaire".
Voir son site pour plus d'infos (lien direct cliquable) :

http://charte.repertoire.free.fr/r/roman.html

Si (extrait)

Si les girafes savaient tricoter,
il leur faudrait dix ans pour faire un cache-nez.
Si la mer était sucrée,
les icebergs seraient des sorbets.
Si les mille-pattes portaient des souliers,
ils passeraient leur nuit à les cirer.
Si on mettait des pierres dans les sabliers,
est-ce que ça empêcherait le temps de passer ?

Si 1 plus 1 ne faisait plus 2,
ce serait triste pour les amoureux...

Ghislaine Roman ("Le livre des si", illustrations de Tom Schamp - éditions Milan, 2004)

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Peut-être

Peut-être que les clowns ont de grandes chaussures
parce qu’ils ont de grands pieds.
Peut-être que la nuit est noire
Pour qu’on ne la confonde pas avec le jour.
Peut-être que les abeilles font du miel
parce qu’elles ne savent pas faire du chocolat.
Peut-être que les moutons portent de la laine
parce qu’ils sont allergiques au coton.
Peut-être que les dragons crachent du feu
parce que, s’ils crachaient de l’eau, on les prendrait pour des
pompiers.
Peut-être que les vaches sont noires et blanches
parce qu’elles n’ont pas réussi à choisir.
Peut-être que les kangourous ont des poches
parce qu’ils n’aiment pas les sacs à main.
Peut-être que les zèbres sont rayés
parce qu’ils n’aiment pas les carreaux.
Peut-être que les chenilles se transforment en papillons
parce que c’est plus simple que de se transformer en licornes.
Peut-être que les sorcières chevauchent des balais
parce qu’elles n’ont jamais entendu parler des aspirateurs.
Peut-être que les éléphants montent sur les tabourets
parce qu’ils ont peur des souris.
Peut-être que les chameaux ont deux bosses
pour rendre les dromadaires jaloux.
Peut-être que les lions sont mal coiffés
parce qu’ils font peur aux coiffeurs.
Peut-être qu’on dit « barbe à papa »
parce que ça fait plus jeune que de dire « barbe à papy »
Peut-être que les dinosaures n’ont pas disparu
mais qu’ils sont les meilleurs à cache- cache.
Peut-être qu’il faut terminer les livres
pour le plaisir de les recommencer.


Ghislaine Roman ("Le livre des peut-être", illustrations de Tom Schamp - éditions Milan, 2003)

logo_cr_ation_po_tiqueA la manière de Ghislaine Roman : "Si ..." et "Peut-être ..."

Plusieurs poèmes d'autres auteurs sont présentés sur le blog ou ailleurs, pour la production de textes conditionnels avec "Si" (voir Jean-Luc Moreau). La création poétique avec "peut-être" tout aussi intéressante. Voici des pistes :

De la GS au CM2 dans cette circonscription, on s'est amusé avec "peut-être" (lien non cliquable) :
http://www.ac-amiens.fr/inspections/80/montdidier/ecoles/ecoles.htm
Encore une expérience illustrée ici
(lien non cliquable) :
http://sites86.ac-poitiers.fr/buxerolles-planty/spip.php?article159
L'IEN de Gennevilliers propose, une fiche détaillée pour l'exploitation en classe de ce texte, en vue de la production d'écrit poétique. Il faut y aller ! Le pdf en lien direct cliquable est ici :

http://www.ien-gennevilliers.ac-versailles.fr/IMG/pdf/le_livre_des_peut-etre.pdf



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Auteurs R 2 - PP 2013 EN FRANÇAIS - Jacques Roubaud - Jean Rousselot - Claude Roy

- Jacques Roubaud -

 Jacques Roubaud (né en 1932), est un mathématicien-poète (ou poète-mathématicien ?), membre actif de l'OULIPO depuis 1966.
Sur l'OULIPO, voir la rubrique Raymond Queneau qui précède.
La poésie de Jacques Roubaud, très inventive,  obéit à certaines contraintes qui placent les productions en dehors du champ scolaire, du moins pour l'élémentaire et le collège.

La vache : description

La
Vache
Est
Un

Animal
Qui
A
Environ

Quatre
Pattes
Qui
Descendent
Jusqu'
À terre

Jacques Roubaud ("Les animaux de tout le monde" - Ramsay, 1983)

logo_cr_ation_po_tique Décrire en première impression

La description de la vache par Jacques Roubaud est inattendue et pourtant évidente. C'est un peu comme si, venu d'une autre planète, il découvrait pour la première fois un animal, quadrupède, et en livrait en première impression, ce qui lui paraît remarquable.
Un humoriste, Georg Christoph Lichtenberg rapportait cette observation à propos du chat :
"Il s’émerveillait de voir que les chats avaient la peau percée de deux trous, précisément à la place des yeux."
Ici, c'est une observation amusante, plus précise, et permanente (emploi de l'imparfait).

  • L'exercice est apparemment réservé aux grands élèves. On se placera dans cette situation de "première impression" devant un animal ou un objet (réel ou représenté), et dans un deuxième temps, on développera cette observation brute dans une courte description amusante. Ou bien, si ça semble moins difficile, on prendra le temps de s'informer,de se documenter, pour isoler des éléments de description et en retenir un qui se prête au jeu (voir également Jules Renard et ses "Histoires Naturelles", plus haut dans cette page) .

Quelques autres formulations possibles :
Le zèbre va très vite pour qu'on ne puisse pas compter ses rayures.
Ce qui est étonnant chez ... la girafe, c'est qu'elle ait un si long cou et ne porte pas de collier.
J'ai remarqué que... l'escargot n'invite jamais personne chez lui.



- Jean Rousselot -

 Jean Rousselot (1913-2004) a publié, à partir de 1934 de très nombreux recueils de poésie et des anthologies pour la collection "Poètes d'Aujourd'hui" de Pierre Seghers. Il est également l'auteur d'un Dictionnaire de la Poésie Française contemporaine (en 1962) et d'une Histoire de la poésie française en 1976.
On trouvera dans la catégorie hiver, un joli texte sur la neige.

Chanson du possible

Un oiseau sous la mer
Qui marche à petits pas
Cela ne se peut guère
Cela ne se peut pas

Un marchand de biftèques
Qui les donne pou rien
Cela ne se peut guère
Cela ne se peut point

Un général qui crie
À bas la guerre à bas
Cela ne se peut mie
Cela ne se peut pas

Mais un rat bicycliste
Un poisson angora
Un chat premier ministre
Un pou qui met des bas

Une rose trémière
qui fait des pieds de nez
Tout ça se peut ma chère
Il suffit d'y penser.
    

Jean Rousselot (dans l'anthologie de Georges Jean, "Nouveaux trésors de la poésie pour enfants" - éditions Le cherche midi, 2003)

logo_cr_ation_po_tiqueA la manière de ..."chanson du possible" 
Voyez ici, à partir du  texte original des productions d'élèves (copier-coller ce lien) :

http://www.prof2000.pt/users/anaroda/pfrances/Trabalho_final_pagina_frances/doc_pdf/Poèmes_élèves.pdf

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L'ordinateur et l'éléphant

Parce qu'il perdait la mémoire
Un ordinateur alla voir
Un éléphant de ses amis
- C'est sûr, je vais perdre ma place,
Lui dit-il, viens donc avec moi.
Puisque jamais ceux de ta race
N'oublient rien, tu me souffleras.
Pour la paie, on s'arrangera.
Ainsi firent les deux compères.

Mais l'éléphant était vantard
Voilà qu'il raconte ses guerres,
Le passage du Saint-Bernard,
Hannibal et Jules César...

Les ingénieurs en font un drame
Ça n'était pas dans le programme
Et l'éléphant, l'ordinateur
Tous les deux, les voilà chômeurs.

De morale je ne vois guère
À cette histoire, je l'avoue.
Si vous en trouvez une, vous,
Portez-la chez le Commissaire;
Au bout d'un an, elle est à vous
Si personne ne la réclame.

Jean Rousselot (dans l'anthologie de Georges Jean, "Nouveaux trésors de la poésie pour enfants" - éditions Le cherche midi, 2003)

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On n'est pas n'importe qui

Quand tu rencontres un arbre dans la rue,
dis-lui bonjour sans attendre qu'il te salue.
C'est distrait, les arbres.
Si c'est un vieux, dis-lui "Monsieur".
De toutes façons, appelle-le par son nom :
Chêne, Bouleau, Sapin, Tilleul...
Il y sera sensible.
Au besoin aide-le à traverser.
Les arbres, ça n'est pas encore habitué à toutes ces autos.
Même chose avec les fleurs, les oiseaux, les poissons :
appelle-les par leur nom de famille.
On n'est pas n'importe qui !
Si tu veux être tout à fait gentil, dis "Madame la Rose" à l'églantine ;
on oublie un peu trop qu'elle y a droit.


Jean Rousselot ("Petits poèmes pour coeurs pas cuits" - éditions Editions St- Germain-des-Prés, 1979)

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Pas de vacances

Si vous croyez que ça m'amuse
Dit la mer
D'avoir toujours à me refaire
- Un point à l'endroit, un point à l'envers
- Un pas en avant, un pas en arrière

Moi qui aimerais tant aller cueillir des coings
À Tourcoing
Me bronzer dans la neige
À Megève

Hélas pas moyen de fermer boutique
J'ai trop de sprats j'ai trop de pra-
Trop de pratiques

Mais comme elle a des cailloux plein la bouche
Personne ne comprend rien
À ce que raconte la mer.

Jean Rousselot (dans l'anthologie de Jacques Charpentreau, "La nouvelle guirlande de Julie" - éditions Ouvrières, 1976)



- Claude Roy -

 Claude Roy (1915-1997), poète français, est au rendez-vous des catégories pour la classe (Le chat blanc - Chevaux : trois ; oiseau : un - J'ai trouvé dans mes cheveux - Les corridors où dort Anne qu'on adore - Le soleil dit bonjour).
Voici donc des textes d'humour déjà présents sur ce blog et d'autres pas :

L'excès des petits noms d'amitié

"Mon petit chat,
mon gros minet,
mon doux mouton, mon chatounet".
disait la mère à son bébé
dans l'excès des diminutifs.

Il ne faut pas trop s'étonner :
enfant d'un amour excessif
le petit se mit à miauler
et la maman à ronronner.

Claude Roy  

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L'affable La Fontaine

Récite ta fa
Récite ta fable.
Pour devenir grand
Il faut qu’on apprend
assis à sa table
sa récitation,
l’ineffable fable,
riche en citations,
de l’affable la
fontaine de fables.

L’heureux nard et le corbeau
Rat Deville et rats Deschamps
le méchant loup Pélagneau
la Chevreuse et le Roseau
L’Assis Gal et la fournie
la quenouille qui veut se faire
aussi rose que le bœuf
les animaux malades de la tête.

Retisse et récite
récite ta fa
ta fable d’enfant.
Quand tu seras grand
il sera bien temps
d’apprendre qu’on n’a
souvent aucun besoin d’un plus petit
que soif
pour boire à la fontaine.

Claude Roy ("Enfantasques" Gallimard, 1974 et 1993 Folio Junior)  

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Avec des si …

Si les poissons savaient marcher
Ils aimeraient bien aller le jeudi au marché.

Si les canards savaient parler
Ils aimeraient bien aller le dimanche au café.

Et si les escargots savaient téléphoner
Ils resteraient toujours au chaud dans leur coquille.

Claude Roy ("Enfantasques" Gallimard, 1974 et 1993 Folio Junior)

logo_cr_ation_po_tiquePoèmes à la manière de " Avec des si..."

Voyez ces productions en Cycle 3 >
(copier-coller le lien dans une nouvelle fenêtre)
http://www.stjean-douai.org/page-15179.html  ou bien ceci : http://www.aideeleves.net/recherches/avecdessi.htm  ou encore ceci dans un CE1-CE2 : http://legrandban57.123.fr/articles.php?lng=fr&pg=1097  et en CE1 : http://www.ac-versailles.fr/etabliss/ien-corbeil/ecoles/Paradis/avec_des_si.htm  Vous en trouverez plein d'autres sur la toile.

Voir aussi le texte Si ... de Jean-Luc Moreau

- - - - - - - - - - - - - - - - - - -

L'enfant qui battait la campagne

Vous me copierez deux cents fois le verbe:
Je n'écoute pas. Je bats la campagne.

Je bats la campagne, tu bats la campagne,
Il bat la campagne à coups de bâton.

La campagne ? Pourquoi la battre ?
Elle ne m'a jamais rien fait.

C'est ma seule amie, la campagne,
Je baye aux corneilles, je cours la campagne.

Il ne faut jamais battre la campagne :
on pourrait casser un nid et ses oeufs.

On pourrait briser un iris, une herbe,
On pourrait fêler le cristal de l'eau.

Je n'écouterai pas la leçon.
Je ne battrai pas la campagne.

Claude Roy ("Enfantasques" Gallimard, 1974 et 1993 Folio Junior) 

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La clef des champs

Qui a volé la clef des champs ?
La pie voleuse ou le geai bleu ?
Qui a perdu la clef des champs ?
La marmotte ou le hoche-queue ?
Qui a trouvé la clef des champs ?
Le lièvre vert ? Le renard roux ?
Qui a gardé la clef des champs ?
Le chat, la belette ou le loup ?
Qui a rangé la clef des champs ?
La couleuvre ou le hérisson ?
Qui a paumé la clef des champs ?
La musaraigne ou le pinson ?
Qui a mangé la clef des champs ?
Ce n'est pas moi. Ce n'est pas vous.
Elle est à personne et partout,
La clé des champs, la clef de tout.

Claude Roy

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Le chat blanc

Un petit chat blanc
qui faisait semblant
d'avoir mal aux dents
disait en miaulant :
« Souris mon amie
j'ai bien du souci.
Le docteur m'a dit :
- Tu seras guéri
si entre tes dents
tu mets un moment,
délicatement,
la queue d'une souris ».
Très obligeamment
souris bonne enfant
s'approcha du chat
qui se la mangea.

Moralité :
Les bons sentiments
ont l'inconvénient
d'amener souvent
de graves ennuis
aux petits enfants
comme-z-aux souris.

Claude Roy 

- - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Limerick* des gens excessivement polis

Excusez-moi, je vous en prie
Disait le Monsieur Très Poli
tout ourlé de Bonnes Manières
quand il croisait un dromadaire

Je suis charmé vraiment ravi
Disait le Monsieur Si Gentil
en rencontrant rue de Lisbonne
un pangolin avec sa bonne

Je vous présente mes respects
Disant le Monsieur Circonspect
en dépassant dans l'escalier
un i sans point très essoufflé

Veuillez agréer mes hommages
Disait le Monsieur Tout en Nage
en arrivant très en retard
au bal masqué des nénuphars

Après vous je n'en ferai rien
Disait le Monsieur Vraiment Bien
lorsque la Mort sonnant chez ui
le trouvera toujours poli

L'ennui avec les gens polis
c'est qu'ils n'ont jamais fini
tout en saluts et en courbettes
mais trop polis pour être honnêtes.

* Un limerick est une forme de poème burlesque ou absurde.
Claude Roy ("Le Parfait Amour" - Éditions Seghers)

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Les grillons

Maman ne veut plus m'avoir dans ses jambes,
M'envoya chercher du bois mort.

Sortant de la ville, j'ai vu deux grillons
Qui se disputaient en langue grillon.

- Je mange à midi un saule pleureur,
Disait le premier en jouant du violon.

- Je mange à souper un gros âne mort,
Disait le second en jouant du violon.

Un coq qui passait par là, jabotant
Vit les deux grillons, toujours disputant.

Mangea le premier, mangea le second
Se disputeront dans son estomac.

* Un limerick est une forme de poème burlesque ou absurde.
Claude Roy ("Bestiaire pour mon petit garçon" - chanson populaire de Shangaï pour les enfants - traduit par Claude Roy dans son livre "La Chine dans un miroir", Éditions Clairefontaine, 1953)


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Auteurs S 1 - PP 2013 EN FRANÇAIS - Joël Sadeler - Gilbert Saint-Pré - Paul Savatier

- Joël Sadeler -

 Joël Sadeler (1938-2000), poète français, a obtenu en 1997 le "Prix de Poésie Jeunesse"  pour son recueil de poésies "L'enfant partagé".
Le Prix Joël Sadeler, récompensant un recueil pour la jeunesse, a été créé en 2001.

Fable

Le zébulus
Transportait
Noirs et Blancs
Indifféremment
Il croisa
Un crocomobile
Qui en faisait
Tout autant
et l’éléphanfare
Se mit à chanter
Que le monde
Était bien fait
Maintenant

Joël Sadeler ("Poèmes pour ma dent creuse" - Éditions À cœur joie, 1986)

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La fourmi et la cigale

La fourmi ayant engrangé
Pour manger,
Se trouva fort déprimée
Quand la saison fut abîmée:
«Voilà l'hiver qui s'avance
Je n'ai pas eu de vacances.»
Rencontra la cigale
un peu pâle
D'avoir chanté
Tout l'été.
Lui dit : "Remonte-moi le moral,
Joue donc un air estival.
Puise dans mes provisions.
Sans poésie
la vie
n'est que désolation."
Moralité : depuis lors
La fourmi est devenue sponsor.

Joël Sadeler

- - - - - - - - - - - - - - - - -

Puce

Une puce
dans un bus
rata le contrôleur
qui la pria
d'acquitter
son ticket
D'accord
fit la puce
mais aujourd'hui
c'est moi qui poinçonne …

Joël Sadeler ("Ménagerimes" - illustrations de Jacqueline Duhême, Éditions Corps Puce, 1990)

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Pigeons

Pigeons
des Champs Elysées
Pigeons
en jupons noirs et gris
gavés de graines
du Japon
Pigeons
qui ne savez plus
où donner de la tête
Pigeons
qui ne savez plus
où donner du bec
Pigeons des squares
pigeons du soir
êtes-vous atteints
de la maladie de Parkinson
êtes-vous des mobiles de Calder
pigeons de Notre-dame de Paname
pigeons de Notre-dame de plein air

Joël Sadeler ("En chemin le poème" - Éditions Encres Vives, 1997)

- - - - - - - - - - - - - - - - -

Allergie

Moi j'aime les routiers
I' sont sympas
Mais papa les aime pas
Parce qu'ils vous crachent dessus
Qu'ils toussent et éternuent
J'ai beau lui dire
Qu'ils ont le rhume des freins
Ça ne fait rien
I' les aime pas
Mais moi je sais pourquoi
Ils ont des gros biceps
Et papa n'a que deux bras


Joël Sadeler (dans "Éclats de lire" n°8, décembre 1985,  supplément à la revue "Jeunes Années")

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Au feu

Feu rouge
feu vert
un coup je vends
un coup je perds
vitres fermées
vitres baissées
mains au volant
ou mains s'offrant
selon les heures
et les humeurs

Feu rouge
feu vert
un coup je vends
un coup je perds
visages fermés
visages ouverts
Macadam rue
ou lampadaire
je fais partie du paysage
qu'on ne voit plus

Feu rouge
feu vert
un coup je vends
un coup je perds
mais au bout de la route
on se retrouvera
vous pas plus riches
que moi

feu rouge
feu vert
Tous en paradis
ou tous en enfer

Joël Sadeler ("En chemin le poème" - Éditions Encres Vives, 1997)



- Gilbert Saint-Pré -

 Gilbert Saint-Pré est un auteur contemporain discret, auteur de l'introuvable recueil de poèmes Badaboum, en 1977, et de La mésange.

Le hibou

Un jour, monsieur le hibou
Qui n'était qu'un vieux filou,
Ayant acheté des poux
N'avait donné aucun sou.
Hou ! Hou !

Gilbert Saint-Pré ("Badaboum", Éditions Saint-Germain-des-Prés, collection L'Enfant, La Poésie, 1977)



- Paul Savatier -

 Paul Savatier est un auteur contemporain d'albums pour les enfants.

La linotte

Je suis idiote
dit la linotte.
J'ai oublié mes bottes,
ma redingote,
et ma culotte.
J'ai froid à mes menottes
et je grelotte.
J'ai la tremblote
en sautant sur mes mottes.
Mais je ne suis pas sotte,
je chante sur six notes
et sur ma tête de linotte,
je porte une calotte
couleur carotte.

Paul Savatier ("Alphanimaux", illustrations de Paule Charlemagne et Florence Guiraud - Editions du Sorbier, 2001)

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Le kangourou

Le papa kangourou
N’est pas un loup-garou,
C’est un sauteur,
C’est un boxeur,
Et c’est un troubadour
Qui joue bien du tambour.
La maman kangourou
En faisant la nounou
Porte ses mioches
Dedans sa poche.
Pas besoin de poussette,
C’est beaucoup plus pratique,
Pas besoin de sucette,
C’est très économique …

Paul Savatier ("Alphanimaux" - Editions du Sorbier, 2001)



 

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Auteurs S 2 - PP 2013 EN FRANÇAIS - Philippe Soupault - Lucie Spède

- Philippe Soupault -

 Philippe Soupault (1897-1990) est un poète et romancier surréaliste . Il a appartenu au mouvement Dada (voir André Breton). Il est l'auteur avec André Breton du premier grand texte surréaliste : Les Champs magnétiques, et tout comme Breton, il s'est éloigné du Mouvement surréaliste qu'il avait contribué à fonder.

livre_Soupault_po_sies_GrassetEn cadence

Tout est gâché

Tout est perdu
Tout est gagné
Tout est foutu
Tout est en tout
et tout et tout

Tout est à vous
Tout est à nous
Tout est à tous
Tout est à tout
Tout est en tout
et tout et tout

Philippe Soupault  ("Poèmes et poésies" - Éditions Grasset, collection Les Cahiers rouges, 1987)

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Ah bien c'est du joli

Je vous l'avais bien dit Ah
C'est bien de votre faute Ah
Bien la peine de faire le malin Ah
Vous l'avez bien cherché Ah
Ça vous fera une belle jambe Ah
Vous voilà dans de beaux draps Ah
Maintenant vous êtes bien avancé Ah
Je vous fais bien mes compliments Ah
Vous parlez d'une belle réussite Ah
En effet voilà du beau travail Ah
Vous êtes un joli monsieur Ah
Il y a bien de quoi se vanter Ah
Vous avez fait un joli coup Ah
Et tout est bien qui finit bien Ah

Philippe Soupault  ("Poèmes et poésies" - Éditions Grasset, collection Les Cahiers rouges, 1987)

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Du jour au lendemain

Un coq m'a dit
c'est l'aurore
Un mouton m'a dit
c'est enfin le matin
Un éléphant m'a dit
il est bientôt midi
Les pintades m'ont dit
il faut travailler travailler
Les hirondelles m'ont annoncé
c'est le soir puis la nuit
et mon enfant m'a dit
Bonsoir et bonne nuit
Il est temps de dormir
 

Philippe Soupault  ("Poèmes et poésies" - Éditions Grasset, collection Les Cahiers rouges, 1987)

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Pleine Lune

J’ai ouvert  ma fenêtre
et la lune m’a souri
J’ai fermé  ma fenêtre
et j’ai entendu un cri
J’ai ouvert ma fenêtre
pour voir tomber la pluie
Et comme c’était dimanche
je me suis rendormi

Philippe Soupault  ("Poèmes et poésies" - Éditions Grasset, collection Les Cahiers rouges, 1987)

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

C'est vrai

Sept veaux
c'est peu
Sept œufs
c'est beaucoup
Mille huit cent quatre-vingt-douze
c'est sec
Mille huit cent quatre-vingt-dix-sept
c'est trop
Pomme poire et pendulette
c'est émouvant
Rien n'égale la satinette
c'est évident
N'essayez-pas de m'arrêter
c'est décidé
La lune l'orage et le poirier
c'est lune

Philippe Soupault  ("Poèmes et poésies" - Éditions Grasset, collection Les Cahiers rouges, 1987)

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

C'est demain dimanche

Il faut apprendre à sourire
Même quand le temps est gris.
Pourquoi pleurer aujourd'hui
Quand le soleil brille ?
C'est demain la fête des amis
Des grenouilles et des oiseaux
Des champignons des escargots
N'oublions pas les insectes
Les mouches et les coccinelles.
Et tout à l'heure à midi
J'attendrai l'arc-en-ciel
Violet indigo bleu vert
Jaune orange et rouge
Et nous jouerons à la marelle

Philippe Soupault  ("Poèmes et poésies" - Éditions Grasset, collection Les Cahiers rouges, 1987)

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livre_disque_SoupaultPour Alice

Est-ce un oiseau qui aboie
une lampe qui fume
cet enfant qui verdoie

C'est un lapin qui chante
un homme qui rit
un prêté pour un rendu

Alice ma fille ma plume
jouons enfin au plus fin
au jugé à la tartelette

Il faut nous donner la main
les lunettes sur nos cheveux
et les cheveux sur nos lunettes

Philippe Soupault  ("Chansons" -  Éditions Eynard, 1949) L'image représente la pochette du 33 tours ("Suite pour un jeune poète n°1") interprété par Hélène Martin, dans lequel entre-autres poèmes de Philippe Soupault, on trouve "Chassé-croisé" et "Pour Alice".

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Mélancolie

Mélancolie Mélancolie
quel joli nom pour une jeune fille
Neurasthénie Neurasthénie
quel vilain nom pour une vieille fille

Je cherche un nom pour un garçon
un nom d'emprunt un nom de guerre
pour la prochaine et la dernière
pour la dernière des dernières

Esprit, peut-être Agénor
ou Singulier ou Dominique
un nom à coucher dehors
au temps des bombes atomiques

Mais je préfère Nuit
pour celle que j'aime et chéris
Nuit brune, nuit douce
Nuit claire comme eau de source

Philippe Soupault  (Philippe Soupault "Chansons" -  Éditions Eynard, 1949 et "Poèmes et poésies" - Éditions Grasset, collection Les Cahiers rouges, 1987)

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Chassé-croisé

Un certain monsieur
Loup, Pou ou Hibou
Une jolie demoiselle
Est-elle Cruelle ou Hirondelle
Un gentil petit garçon
Guy, Gontran ou Gaston
Un roquet nauséabond
Dick, Médor ou Azor
Un affreux gros matou
Pompon, Minet ou Minou
Un stupide canari
Serin, Coco ou Kiki
Tous ensemble
Devant la fenêtre
Quand s’épanouit
Le crépuscule.
Ne vous croyez pas
Plus malins
Que vous n’êtes.

Philippe Soupault  ("Poèmes et poésies" - Éditions Grasset, collection Les Cahiers rouges, 1987)

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Chanson du rémouleur

Donnez-moi je vous prie
Vos ciseaux
Vos couteaux
Vos sabots
Vos bateaux
Donnez-moi tout je vous prie
Je rémoule et je scie.   

Donnez-moi je vous prie
Vos cisailles
Vos tenailles
Vos ferrailles
Vos canailles
Donnez-moi tout je vous prie
Je rémoule et je scie.   

Donnez-moi je vous prie
Vos fusils
Vos habits
Vos tapis
Vos ennuis
Je rémoule et je fuis.

Philippe Soupault  ("Poèmes et poésies" - Éditions Grasset, collection Les Cahiers rouges, 1987)

logo_cr_ation_po_tique Poèmes à la manière de "Donnez-moi je vous prie ..." 

Des exemples de création à partir de ce texte en classe de CM1 à cette adresse :
http://pagesperso-orange.fr/pluneret/poetes_parmi_nous.htm
et en collège à celle-ci :
http://lemonteil.free.fr/ressources/francais/poemes6eme/explicationpoemes.html
(à copier-coller dans votre navigateur).
 


 - Lucie Spède -

 Lucie Spède, née en 1936, est une poétesse belge de langue française.
Quelques recueils : Volte-face, 1973 ; Inventaire, 1974 ; Comme on plonge en la mer, 1984 -  ; Chansons de l'oiseau, 1993 ; J'ados, 2002

" Tu penses que la vie est grise,
Mais ce sont tes lunettes qui sont sales ". 

Lucie Spède

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Définition

 L'humour ?
C'est l'humeur
qui devient jaune soleil
les yeux
qui se font champagne
le visage
qui se fend d'un sourire
les poumons
qui ouvrent leurs pétales
la voix
qui cascade son rire.
C'est un regard
un mot
un dessin
une musique
en tenues de fête
une façon
de porter en toutes saisons
ses lunettes solaires
pour regarder
la vie
.

Lucie Spède 

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Le mille-pattes

 Un mille-pattes à un mariage invité
n'y est jamais arrivé
car il n'a pas pu achever
de lacer tous ses souliers.

Lucie Spède

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Oh dodo

L'édredon
et ron et ron
est le bidon
dodu et rebondi
du lit.

Lucie Spède

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Le monde à l'envers

Un jour où je dormais les yeux ouverts,
J'ai rêvé qu’après un grand tremblement de mer,
Le monde entier fonctionnait à l'envers,
Les Esquimaux se retrouvèrent en paréos et
Les Hawaïens dans des igloos,
Les libellules rampaient comme des limaces,
Les tortues fendaient l'air de leur carapace,
Les escargots filaient à toutes pattes et
Les zèbres pesants laissaient passer les mille-pattes,
Les poissons perchaient dans les bois,
Les oiseaux nageant chantaient sous l'eau à pleine voix,
Les crabes marchaient droit,
Les arbres plantaient leurs racines dans l'espace,
Les nuages se roulaient dans la mer et
Les vagues bruissaient dans le ciel,
Et moi, je marchais à travers tout cela,
La tête en bas, et tout émerveillée,
Je souriais de tous mes orteils.

Lucie Spède 



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Auteurs T - PP 2013 EN FRANÇAIS - Jean Tardieu - Tristan Tzara


- Jean Tardieu -

Autour du thème de l'humour, intitulé "En rires", Le Printemps des Poètes 2009 a rendu hommage à Jean Tardieu (1903-1995), écrivain français né dans le Jura, poète, auteur de théâtre et romancier.

Pour ce Printemps des Poètes sur le thème de la voix, les textes de Jean Tardieu sont une mine d'or.
Comme une catégorie entière lui a été consacrée, vous trouverez tous les textes de jean Tardieu, nombreux, ici :

http://lieucommun.canalblog.com/archives/_print_poetes_2009___jean_tardieu/index.html

<< Jean Tardieu à 20 ans (Photo Nadar fils).

Jean_Tardieu_portrait_NB"L'humour permet d'exprimer une drôlerie alliée à l'étrangeté, même terrifiante.
C'est ce qu' [André] Breton a fait : le surréalisme réunit les deux."

 J. Tardieu

voir aussi la catégorie PRINT POÈTES 2009 : L'HUMOUR des poètes

En 1933, Jean Tardieu publie une plaquette de poèmes lyriques intitulés "Le fleuve caché".

 

En 1968 est paru dans la collection Poésie-Gallimard, Le fleuve caché (Poésies 1938-1961), qui comprend les recueils : Accents (1939 et 1966) ; Le Témoin invisible (1943) ; Jours pétrifiés (1947) ; Monsieur monsieur* (1951) ; Une Voix sans personne (1954) ;  Histoires obscures (1961). Bizarrement, le livre ne reprend pas la plaquette de 1933.
livre_Tardieu_le_fleuve_cach_* Sur la couverture de l''ouvrage original, pas de majuscules, les références bibliographiques en mettent une au premier "Monsieur", et dans ses textes, Jean Tardieu écrit les deux "Monsieur" avec une majuscule. Quoi de plus simple ?...

 

Un autre volume a été édité dans la même collection de poche Poésie-Gallimard en 1986 sous le titre "L'accent grave et l'accent aigu". Il rassemble les recueils originaux Formeries (1976), Comme ceci comme cela (1979) et Les tours de Trébizonde (1983).
Les ouvrages de la collection Poésie-Gallimard sont vendus neufs à environ 8 €.

 

 La plupart des textes proposés ci-dessous sont extraits de "Monsieur monsieur" paru initialement en 1951 chez Gallimard. Pour des questions de droits d'auteur, le choix est limité. On se reportera aux anthologies et aux recueils de Jean Tardieu.

 

Jean Tardieu est aussi l'auteur de petites comédies (La Comédie du langage, La Comédie de la comédie, La Comédie du drame, Poèmes à jouer ...)



- Tristan Tzara et le mouvement Dada -

 Tristan Tzara (1896-1963) est l'un des fondateurs du mouvement Dada.
Le mouvement Dada dépasse le cadre de l'humour, et pour tout dire celui de la poésie. Il échappe aux critères, aux règles et aux contraintes.
Voici des passages du Manifeste Dada rédigé en 1918 par Tristan Tzara :

"[...] J'écris ce manifeste pour montrer qu'on peut faire les actions opposées ensemble, dans une seule fraîche respiration; je suis contre l'action; pour la continuelle contradiction, pour l'affirmation aussi, je ne suis ni pour ni contre et je n'explique pas car je hais le bon sens. [...]
Une œuvre d'art n'est jamais belle, par décret, objectivement, pour tous. La critique est donc inutile, elle n'existe que subjectivement, pour chacun, et sans le moindre caractère de généralité. [...]
[Littérature] : Chaque page doit exploser, soit par le sérieux profond et lourd, le tourbillon, le vertige, le nouveau, l'éternel, par la blague écrasante, par l'enthousiasme des principes ou par la façon d'être imprimée. Voilà un monde chancelant qui fuit, fiancé aux grelots de la gamme infernale, voilà de l'autre côté : des hommes nouveaux. Rudes, bondissants, chevaucheurs de hoquets."

Chanson dada

La chanson d'un dadaïste
Qui avait dada au coeur
Fatiguait trop son moteur
Qui avait dada au coeur

L'ascenseur portait un roi
Lourd fragile autonome
Il coupa son grand bras droit
Il'envoya au pape à rome

C'est pourquoi
L'ascenseur
N'avait plus dada au coeur

Mangez du chocolat
Lavez votre cerveau
Dada
Dada
Buvez de l'eau

II

La chanson d'un dadaïste
Qui n'était ni gai ni triste
Et aimait une bicycliste
Qui n'était ni gaie ni triste

Mais l'époux le jour de l'an
Savait tout et dans une crise
Envoya au vatican
Leurs deux corps en trois valises

Ni amant
Ni cycliste
N'étaient plus ni gais ni tristes

Mangez de bons cerveaux
Lavez votre soldat
Dada
Dada
Buvez de l'eau

III

La chanson d'un bicycliste
Qui était dada de coeur
Qui était donc dadaïste
Comme tous les dadas de coeur

Un serpent portait des gants
Il ferma vite la soupape
Mit des gants en peau d'serpent
Et vient embrasser le pape

C'est touchant
Ventre en fleur
N'avait plus dada au coeur

Buvez du lait d'oiseaux
Lavez vos chocolats
Dada
Dada
Mangez du veau

Tristan Tzara ( 1923)



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Auteurs V - PP 2013 EN FRANÇAIS - Paul-Vaillant Couturier - Boris Vian

Paul Vaillant-Couturier (1892-1937) était journaliste, écrivain, et poète mais l'Histoire a surtout retenu son engagement pacifiste et sa carrière politique. Il contribue à la diffusion de la « chanson de Craonne » pensant la guerre de 14-18. Journaliste au "Canard Enchaîné", en 1917, il crée en 1919 la revue pacifiste et artistique Clarté, avec Henri Barbusse.
Après le Congrès de Tours (1920), il participe à la fondation du Parti communiste français .

recueils de poésie : La Visite du berger (1913) et  Trains rouges (1922).

L'alphabet (première version)

Le A majuscule monte dans le ciel comme une Tour Eiffel.
Le B est un monsieur à gros ventre.
Le C fait la révérence.
Le D est le dernier quartier de lune.
Le E a faim de toutes ses dents.
Le F est une grue dressée sur un chantier.
Le G ouvre sa bouche pour vous avaler.
Le H dresse ses deux poteaux sur le terrain de rugby.
Le I est un monsieur très maigre qui se tient droit.
Le J a le profil d'une louche à soupe.
Le K est un képi très haut.
Le L me servira d'équerre.
Le M est deux ponts dans la plaine.
Le N nous avertit d'un virage dangereux.
Le O est une belle pomme.
Le P pourrait servir de parapluie.
Le Q a le profil d'une raquette.
Le R est une pieuvre sur ses gardes.
Le S se tortille comme un serpent.
Le T est perché comme une antenne sur le toit.
Le U est un trapèze.
Le V est comme un oiseau dans le ciel.
Le W est comme les racines d'une molaire.
Le X présente deux épées qui se croisent.
Le Y est une baguette de sourcier.
Le Z est le signe de Zorro.

Paul-Vaillant Couturier

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L' alphabet (deuxième version)

"Paul se plaisait à imaginer les lettres un peu comme se les imaginaient les enlumineurs de manuscrit...
II y avait l'A, gendarme campé sur ses bottes,
le B, gros monsieur sans fesses roulant sur son ventre,
le C qui fait la révérence,
le D qui est assis derrière son comptoir,
le E qui a faim de toutes ses dents,
le F qui indique la sortie,
le G, menuisier des lettres avec son étau,
le H avec ses duellistes qui s'enferrent
le I monsieur maigre qui salue,
le J qui saute
et le K petit bossu,
le L qui envoie son coup de pied,
le M, la plus assise des lettres,
le N, montagne russe pour aller au ciel,
le O à qui on n'a qu'à dessiner une figure comme à la lune,
le P, initiale de Paul, ce qui suffit,
le Q dont on fait un rat en lui mettant deux oreilles,
le R mousquetaire, la plus noble et la plus majestueuse des lettres,
l'anguille du S,
la balance du T,
l'U tête sans crâne,
le V de vipère et le mystère de son identification
avec l'U sur les affiches,
le W qui n'est nulle part que sur les cabinets
et les parents lointains des lettres qui offrent avec le W une évocation d'exotisme et de voyage : X, Y, Z."

Paul Vaillant-Couturier ("Enfance" - Editions  Messidor, 1987)

logo_cr_ation_po_tiqueLa forme des lettres, évocation poétique

L'observation des lettres de l'alphabet permet l'évocation poétique. On imaginera d'autres correspondances (cf aussi "Voyelles", le poème d'Arthur Rimbaud, en formes et couleurs :

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes ...

Autres matériaux : les chiffres : 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9, les signes d'écriture  : , ; . ! ? ... ( " ¨^@ + - X

Dans la nouvelle "L'alphabet de Mondo", ci-dessous, Le Clézio, auteur contemporain, livre d'autres visions de l'alphabet : [...]

L'homme avait pris dans son sac de plage un vieux canif à manche rouge et il avait commencé à graver les signes des lettres sur des galets bien plats. En même temps, il parlait à Mondo de tout ce qu'il y a dans les lettres, de tout ce qu'on peut y voir quand on les regarde et quand on les écoute.

Il parlait de A qui est comme une grande mouche avec ses ailes repliées en arrière ;  de B qui est drôle, avec ses deux ventres, de C et D qui sont comme la lune, en croissant et à moitié pleine, et O qui est la lune tout entière dans le ciel noir. Le H est haut, c'est une échelle pour monter aux arbres et sur le toit des maisons ; E et F, qui ressemblent à un râteau et à une pelle, et G, un gros homme assis dans un fauteuil ; I danse sur la pointe de ses pieds, avec sa petite tête qui se détache à chaque bond, pendant que J se balance ; mais K est cassé comme un vieillard, R marche à grandes enjambées comme un soldat, et Y est debout, les bras en l'air et crie : au secours ! L est un arbre au bord de la rivière, M est une montagne ; N est pour les noms et les gens saluent de la main, P dort sur une patte et Q est assis sur sa queue ; S, c'est toujours un serpent, Z toujours un éclair ; T est beau, c'est comme le mât d'un bateau, U est comme un vase. V,W, ce sont des oiseaux, des vols d'oiseaux ; X est une croix pour se souvenir.
Avec la pointe de son canif, le vieil homme traçait les signes sur les galets et les disposait devant Mondo.


Jean-Marie Gustave Le Clézio ("Mondo et autres histoires" - éditions Gallimard, 1978).



- Boris Vian -

Boris Vian (1920-1959) est un "touche-à-tout de génie".
Diplômé de l'École centrale, il entre comme ingénieur à l'Afnor (Association française de normalisation !) où il sévira quand même quatre années, avant de devenir trompettiste, car il est passionné de musique et de "culture jazz" (il signe des critiques pour des revues spécialisées).
Il écrit parallèlement(1) des poésies et des textes de chansons, qu'il interprètera plus tard, des nouvelles et des romans.

Lire la suite dans la catégorie du blog qui lui est consacrée, à gauche...

livre_Boris_Vian_poisson_d_avril

Un poisson d'avril

Un poisson d'avril
Est venu me raconter
Qu'on lui avait pris
Sa jolie corde à sauter

C'était un cheval
Qui l'emportait sur son cœur
Le long du canal
Où valsaient les remorqueurs

Et alors un serpent
S'est offert comme remplaçant
Le poisson très content
Est parti à travers champs

Il saute si haut
Qu'il s'est envolé dans l'air
Il saute si haut
Qu'il est retombé dans l'eau

Boris Vian ("Un poisson d'avril" - Rue du Monde, collection Petits Géants, 2001)

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Si les poètes étaient moins bêtes 

Si les poètes étaient moins bêtes
Et s'ils étaient moins paresseux
Ils rendraient tout le monde heureux
Pour pouvoir s'occuper en paix
De leurs souffrances littéraires
Ils construiraient des maisons jaunes
Avec des grands jardins devant
Et des arbres pleins de zoizeaux
De mirliflûtes et de lizeaux
Des mésongres et des feuvertes
Des plumuches, des picassiettes
Et des petits corbeaux tout rouges
Qui diraient la bonne aventure
Il y aurait de grands jets d'eau
Avec des lumières dedans
Il y aurait deux cents poissons
Depuis le croûsque au ramusson
De la libelle au pépamule
De l'orphie au rara curule
Et de l'avoile au canisson
Il y aurait de l'air tout neuf
Parfumé de l'odeur des feuilles
On mangerait quand on voudrait
Et l'on travaillerait sans hâte
A construire des escaliers
De formes encor jamais vues
Avec des bois veinés de mauve
Lisses comme elle sous les doigts

Mais les poètes sont très bêtes
Ils écrivent pour commencer
Au lieu de s'mettre à travailler
Et ça leur donne des remords
Qu'ils conservent jusqu'à la mort
Ravis d'avoir tellement souffert
On leur donne des grands discours
Et on les oublie en un jour
Mais s'ils étaient moins paresseux
On ne les oublierait qu'en deux.

Boris Vian ("Je voudrais pas crever", éditions Jean-Jacques Pauvert, 1962)

logo_cr_ation_po_tique Inventer des mots

Voir Guillevic, Henri Michaux et Boby Lapointe.

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Les autres textes de Boris Vian qui suivent ne sont pas moins inventifs :

Je veux une vie en forme d'arête

Je veux une vie en forme d'arête
Sur une assiette bleue
Je veux une vie en forme de chose
Au fond d'un machin tout seul
Je veux une vie en forme de sable dans des mains
En forme de pain vert ou de cruche
En forme de savate molle
En forme de faridondaine
De ramoneur ou de lilas
De terre pleine de cailloux
De coiffeur sauvage ou d'édredon fou
Je veux une vie en forme de toi
Et je l'ai, mais ça ne me suffit pas encore
Je ne suis jamais content

Boris Vian ("Je voudrais pas crever", éditions Jean-Jacques Pauvert, 1962)

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Y en a qui ont des trompinettes

Y en a qui ont des trompinettes
Et des bugles
Et des serpents
Y en a qui ont des clarinettes
Et des ophicléides géants
Y en a qu'ont des gros tambours
Bourre Bourre Bourre
Et ran plan plan
Mais moi j'ai qu'un mirliton
Et je mirlitonne
Du soir au matin
Moi je n'ai qu'un mirliton
Mais ça m'est égal si j'en joue bien.

Oui mais voilà, est-ce que j'en joue bien ?

Boris Vian ("Je voudrais pas crever", éditions Jean-Jacques Pauvert, 1962)

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Une chanson pour terminer, à dire ou à chanter :

La complainte du progrès

Autrefois pour faire sa cour
On parlait d'amour
Pour mieux prouver son ardeur
On offrait son cœur
Maintenant c'est plus pareil
Ça change ça change
Pour séduire le cher ange
On lui glisse à l'oreille

Ah Gudule, viens m'embrasser, et je te donnerai...

Un frigidaire, un joli scooter, un atomixer
Et du Dunlopillo
Une cuisinière, avec un four en verre
Des tas de couverts et des pelles à gâteau!
Une tourniquette pour faire la vinaigrette
Un bel aérateur pour bouffer les odeurs
Des draps qui chauffent
Un pistolet à gaufres
Un avion pour deux...
Et nous serons heureux!

Autrefois s'il arrivait
Que l'on se querelle
L'air lugubre on s'en allait
En laissant la vaisselle
Maintenant que voulez-vous
La vie est si chère
On dit: "rentre chez ta mère"
Et on se garde tout

Ah Gudule, excuse-toi, ou je reprends tout ça...

Mon frigidaire, mon armoire à cuillers
Mon évier en fer, et mon poêle à mazout
Mon cire-godasses, mon repasse-limaces
Mon tabouret-à-glace et mon chasse-filous !
La tourniquette, à faire la vinaigrette
Le ratatine-ordures et le coupe-friture

Et si la belle se montre encore rebelle
On la ficelle dehors, pour confier son sort...

Au frigidaire, à l'efface-poussière
A la cuisinière, au lit qu'est toujours fait
Au chauffe-savates, au canon à patates
A l'éventre-tomate, à l'écorche-poulet !

...
Boris Vian ( sur une musique d'Alain Goraguer, éditions Tutti, 1955)


 

Posté par de passage à 04:50 - PRINT POÈTES 2013 : LES VOIX DU POÈME EN FRANÇAIS - Permalien [#]

Auteurs V 1 - PP 2013 EN FRANÇAIS - Charles Van Lerberghe - Paul Verlaine - Boris Vian

- Charles Van Lerberghe -

Charles Van Lerberghe (1861-1907) est un poète et romancier belge de langue française. Le recueil le plus remarquable peut-être : La chanson d'Ève, 1904

Mon rire

Mon rire chante dans les oiseaux.
Il danse avec les eaux
Que mène la lune.
Il est ici, il est ailleurs,
Il est mon jeu : c'est une fleur,
C'est une plume.

Et voici qu'il est un rayon.
Et voici qu'il est un son.
Ou encore c'est une pomme
D'or, que je lance avec mon cri,
Et qui retombe dans la paume
De ma main rose, en des bris d'or.

Charles Van Lerberghe ("La chanson d'Ève" - Mercure de France, 1904)



- Paul Verlaine -

 Paul Verlaine (1844-1896)  est un des poètes français les plus connus. Voir ici une biographie et une bibliographie détaillées :
http://pagesperso-orange.fr/paul-verlaine/paul-verlaine/

Impression fausse

Dame souris trotte,
Noire dans le gris du soir,
Dame souris trotte
Grise dans le noir.

On sonne la cloche,
Dormez, les bons prisonniers !
On sonne la cloche :
Faut que vous dormiez.

Pas de mauvais rêve,
Ne pensez qu'à vos amours
Pas de mauvais rêve :
Les belles toujours !

Le grand clair de lune !
On ronfle ferme à côté.
Le grand clair de lune
En réalité !

Un nuage passe,
Il fait noir comme en un four.
Un nuage passe.
Tiens, le petit jour !

Dame souris trotte,
Rose dans les rayons bleus.
Dame souris trotte :
Debout, paresseux !

Paul Verlaine ("Parallèlement", paru aux éditions Messein, 1889, suivi de nombreuses autres éditions)



- Boris Vian -

 Boris Vian (1920-1959) est un "touche-à-tout de génie".
Diplômé de l'École centrale, il entre comme ingénieur à l'Afnor (Association française de normalisation !) où il sévira quand même quatre années, avant de devenir trompettiste, car il est passionné de musique et de "culture jazz" (il signe des critiques pour des revues spécialisées).
Il écrit parallèlement(1) des poésies et des textes de chansons, qu'il interprètera plus tard, des nouvelles et des romans.

Lire la suite dans la catégorie du blog qui lui est consacrée, à gauche...

livre_Boris_Vian_poisson_d_avril

Un poisson d'avril

Un poisson d'avril
Est venu me raconter
Qu'on lui avait pris
Sa jolie corde à sauter

C'était un cheval
Qui l'emportait sur son cœur
Le long du canal
Où valsaient les remorqueurs

Et alors un serpent
S'est offert comme remplaçant
Le poisson très content
Est parti à travers champs

Il saute si haut
Qu'il s'est envolé dans l'air
Il saute si haut
Qu'il est retombé dans l'eau

Boris Vian ("Un poisson d'avril" - Rue du Monde, collection Petits Géants, 2001)

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Si les poètes étaient moins bêtes 

Si les poètes étaient moins bêtes
Et s'ils étaient moins paresseux
Ils rendraient tout le monde heureux
Pour pouvoir s'occuper en paix
De leurs souffrances littéraires
Ils construiraient des maisons jaunes
Avec des grands jardins devant
Et des arbres pleins de zoizeaux
De mirliflûtes et de lizeaux
Des mésongres et des feuvertes
Des plumuches, des picassiettes
Et des petits corbeaux tout rouges
Qui diraient la bonne aventure
Il y aurait de grands jets d'eau
Avec des lumières dedans
Il y aurait deux cents poissons
Depuis le croûsque au ramusson
De la libelle au pépamule
De l'orphie au rara curule
Et de l'avoile au canisson
Il y aurait de l'air tout neuf
Parfumé de l'odeur des feuilles
On mangerait quand on voudrait
Et l'on travaillerait sans hâte
A construire des escaliers
De formes encor jamais vues
Avec des bois veinés de mauve
Lisses comme elle sous les doigts

Mais les poètes sont très bêtes
Ils écrivent pour commencer
Au lieu de s'mettre à travailler
Et ça leur donne des remords
Qu'ils conservent jusqu'à la mort
Ravis d'avoir tellement souffert
On leur donne des grands discours
Et on les oublie en un jour
Mais s'ils étaient moins paresseux
On ne les oublierait qu'en deux.

Boris Vian ("Je voudrais pas crever", éditions Jean-Jacques Pauvert, 1962)

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Voir Guillevic, Henri Michaux et Boby Lapointe.

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Les autres textes de Boris Vian qui suivent ne sont pas moins inventifs :

Je veux une vie en forme d'arête

Je veux une vie en forme d'arête
Sur une assiette bleue
Je veux une vie en forme de chose
Au fond d'un machin tout seul
Je veux une vie en forme de sable dans des mains
En forme de pain vert ou de cruche
En forme de savate molle
En forme de faridondaine
De ramoneur ou de lilas
De terre pleine de cailloux
De coiffeur sauvage ou d'édredon fou
Je veux une vie en forme de toi
Et je l'ai, mais ça ne me suffit pas encore
Je ne suis jamais content

Boris Vian ("Je voudrais pas crever", éditions Jean-Jacques Pauvert, 1962)

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Y en a qui ont des trompinettes

Y en a qui ont des trompinettes
Et des bugles
Et des serpents
Y en a qui ont des clarinettes
Et des ophicléides géants
Y en a qu'ont des gros tambours
Bourre Bourre Bourre
Et ran plan plan
Mais moi j'ai qu'un mirliton
Et je mirlitonne
Du soir au matin
Moi je n'ai qu'un mirliton
Mais ça m'est égal si j'en joue bien.

Oui mais voilà, est-ce que j'en joue bien ?

Boris Vian ("Je voudrais pas crever", éditions Jean-Jacques Pauvert, 1962)

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Une chanson pour terminer :

La complainte du progrès

Autrefois pour faire sa cour
On parlait d'amour
Pour mieux prouver son ardeur
On offrait son cœur
Maintenant c'est plus pareil
Ça change ça change
Pour séduire le cher ange
On lui glisse à l'oreille

Ah Gudule, viens m'embrasser, et je te donnerai...

Un frigidaire, un joli scooter, un atomixer
Et du Dunlopillo
Une cuisinière, avec un four en verre
Des tas de couverts et des pelles à gâteau!
Une tourniquette pour faire la vinaigrette
Un bel aérateur pour bouffer les odeurs
Des draps qui chauffent
Un pistolet à gaufres
Un avion pour deux...
Et nous serons heureux!

Autrefois s'il arrivait
Que l'on se querelle
L'air lugubre on s'en allait
En laissant la vaisselle
Maintenant que voulez-vous
La vie est si chère
On dit: "rentre chez ta mère"
Et on se garde tout

Ah Gudule, excuse-toi, ou je reprends tout ça...

Mon frigidaire, mon armoire à cuillers
Mon évier en fer, et mon poêle à mazout
Mon cire-godasses, mon repasse-limaces
Mon tabouret-à-glace et mon chasse-filous !
La tourniquette, à faire la vinaigrette
Le ratatine-ordures et le coupe-friture

Et si la belle se montre encore rebelle
On la ficelle dehors, pour confier son sort...

Au frigidaire, à l'efface-poussière
A la cuisinière, au lit qu'est toujours fait
Au chauffe-savates, au canon à patates
A l'éventre-tomate, à l'écorche-poulet !


Boris Vian ( sur une musique d'Alain Goraguer, éditions Tutti, 1955)



 

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Auteurs V 2 - PP 2013 EN FRANÇAIS - Louise de Vilmorin - Boris Vian

- Louise de Vilmorin -

 Louise de Vilmorin (1902-1969) est une romancière et poétesse française.
Son oeuvre est empreinte d'humour et de fantaisie, avec des regards vers l'Oulipo (cf Raymond Queneau).
Quelques recueils :  Le Sable du Sablier, l'Alphabet des aveux.

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Récitez-moi votre leçon

Récitez-moi votre leçon
"L'oiseau se prend à l'hameçon
Le poisson s'apprivoise et chante
Le papillon est une plante
L'été ramène les grands froids."
Je vous l'ai redit mille fois.

Louise de Vilmorin ("L'alphabet des aveux")

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Vers olorimes*

Étonnamment monotone et lasse,
Est ton âme en mon automne, hélas !

Louise de Vilmorin ("L'alphabet des aveux")
* Les vers holorimes (voir Alphonse Allais) sont identiques à l'oreille. L'auteure orthographie ce mot : "olorimes".

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Palindromes*

Lune de ma dame d’été
Été de ma dame de nul.

- - - - - - - - - -
L’âme sûre ruse mal.

- - - - - - - - - -

Suce ses écus

- - - - - - - - - -
Eh! Ça va la vache?
- - - - - - - - - -
Ta bête te bat
- - - - - - - - - -
À l’étape épate-la

- - - - - - - - - -
Rue : Verte fenêtre
Verte nef
Et rêveur
   

Louise de Vilmorin ("L'alphabet des aveux")
* Un palindrome est un écrit qu'on peut lire dans les deux sens avec le même résultat.

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Ce poème phonétique n'est-il pas précurseur du SMS ?

Poème phonétique (titre suggéré)

Abbaye, abbaye                                                        ABI  ABI
J’ai assez cédé, aimé, obéi,                                      G  AC  CD  ME  OBI
Et double vécu et rêvé et fui                                     E  WQ   REV  FUI

Ogive et émaux et miel et mer                                  OJVMO   MIL  MR
Abbaye, abbaye                                                        ABI  ABI
Hélène aima et fit grec et la chair et l’été.               LN  MA  FY  LHR  LET

Louise de Vilmorin (dans "L'alphabet des aveux", 1954, illustrations de Jean Hugo - rééédition Le Promeneur, 2004)

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L’île

L’île a des lis
Et des lilas
Pour les délices il y a des lits là.
Pas de soucis,
Cent liserons
Viens tes soucis vite s’enliseront.
Un cycle amène
Cycle centaure,
Sous les lilas où j’oublie tes cent torts,
Un cyclamen
Des centaurées
Et des pensées pour le temps dépensé.
L’île à délices
A des lilas,
Avec des lis j’ai porté ton lit là.

Louise de Vilmorin ("Fiançailles pour rire" - Gallimard, 1939)

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Fado*

L’ami docile a mis là
Fade au sol ciré la sole
Ah ! si facile à dorer.

Récit d’eau
Récit las
Fado
L’âme, île amie
S’y mire effarée.

L’art est docile à l’ami.
La sole adorée dort et
L’ami l’a cirée, dorée.

Récit d’eau
Récit las
Fado
L’âme, île amie
S’y mire effarée.

Sire et fade au sol ciré,
L’adoré, do raide aussi,
L’ami dort hélas ici.

Récit d’eau
Récit las
Fado
L’âme, île amie
S’y mire effarée.

Louise de Vilmorin ("Fiançailles pour rire" - Gallimard, 1939)
* Le fado est une musique du Brésil et du Portugal.



- Paul Vincensini -

 Paul Vincensini, qui se disait archiviste du vent, est né en 1930. Il a disparu en 1985, mais vous le trouverez encore à cette adresse .

livre_Vincensini_je_dors_parfois_couv"Quand je dis " archiviste du vent", je parle non de titre honirifique mais de fonction.
Il me faut préciser cependant qu'étant déjà - et de longue date - affecté à la Poussière, les multiples tâches que cela implique font que je ne suis mis à la disposition du vent qu'à titre de vacataire
 [...].  Je m'y suis formé à l'École des Mouches. [...] "

Paul Vincensini

Ses recueils sont pour la plupart aujourd'hui épuisés. On trouve malgré tout une grande partie de ses textes dans l'ouvrage qui reprend le titre de l'un de ses recueils : "Archiviste du vent", au cherche midi éditeur (première parution en 1986). L'humour de Paul Vincensini est souvent noir, voire désespéré, et grinçant, mais toujours très imagé. Les quelques textes choisis ici nous semblent parmi les plus adaptés au thème et aux élèves. "Archiviste du vent" est à se procurer (autour de 10 € en librairie), pour dénicher d'autres textes selon vos projets et mesurer la diversité de l'humour de son auteur.

L'ouvrage dont la couverture est reproduite ci-dessus est paru en 2007. Vincensini en aurait aimé les illustrations (Galeron).

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Moi j'ai toujours peur du vent

Me voici
Mes poches
Bourrées de cailloux
Pour rester avec vous
Ne pas m'envoler dans les arbres

Paul Vincensini (recueil "Toujours et jamais" - édition Culture et pédagogie - 1982)

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Le petit grillon

Le petit grillon qui garde la montagne
A bien du mérite croyez-moi
Quand de partout
Coucous et hiboux font ou
Coucou coucou
ou ouh ouh ouh ouh
A d'autres coucous
ou d'autres hiboux
qui font à tout coup
ou coucou coucou
ou ouh ouh ouh ouh
Toute toute toute la nuit
Le petit grillon vaillant
a bien du mérite
Et qu'est-ce qui le retient
Dites-le moi
Messieurs
De se croiser les bras
et de dormir longtemps
Sa tête
Entre ses deux yeux.

Paul Vincensini (recueil "Qu'est-ce qu'il n'y a ? " - éditions Saint-Germain-des-Prés - 1975)

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Le parapluie

Un parapluie
Prit le train pour Paris
En compagnie d'une mamanrapluie.

Il pleuvait beaucoup ce soir-là
Mais dans le train
Il n'y avait personne

Elle pleura un peu
Puis ils se plurent beaucoup

Au retour tout le ciel était bleu

Paul Vincensini (recueil "Toujours et jamais" - édition Culture et pédagogie - 1982)

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Le poème qui suit, le plus connu de l'auteur, avait été initialement publié en 1975 dans le recueil "Qu'est-ce qu'il n'y a ? ". Il est rangé pour "Archiviste du vent" (1986) avec les textes d'un recueil postérieur auquel Paul Vincensini avait donné ce même titre : "Toujours et Jamais" (1982). Simple, non ?

Toujours et Jamais

Toujours et Jamais étaient toujours ensemble
Ne se quittaient jamais
On les rencontrait dans toutes les foires
On les voyait le soir traverser le village
Sur un tandem
Toujours guidait
Jamais pédalait
C'est du moins ce qu'on supposait...
Ils avaient tous les deux une jolie casquette
L'une était noire à carreaux blancs
L'autre blanche à carreaux noirs
A cela on aurait pu les reconnaître
Mais ils passaient toujours le soir
Et avec la vitesse...
Certains d'ailleurs les soupçonnaient
Non sans raison peut-être
D'échanger certains soirs leur casquette
Une autre particularité
Aurait dû les distinguer
L'un disait toujours bonjour
L'autre toujours bonsoir
Mais on ne sut jamais
Si c'était Toujours qui disait bonjour
Ou Jamais qui disait bonsoir
Car entre eux ils s'appelaient toujours
Monsieur Albert Monsieur Octave.

Paul Vincensini (recueil "Qu'est-ce qu'il n'y a ? " - éditions Saint-Germain-des-Prés - 1975)

logo_cr_ation_po_tique Création poétique : Voir  Monsieur, Monsieur de Jean Tardieu, pour des situations similaires.

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Moi dans l'arbre

T'es fou !
Tire pas !

C'est pas des corbeaux,
C'est mes souliers !

Je dors parfois dans les arbres.

Paul Vincensini (recueil "Le point mort" - éditions Chambelland - 1969)

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Les papillons

Les papillons
sont renseignés
sur toutes les fleurs.

Ils portent leur courrier
sans jamais se tromper.

C'est pas qu'ils y voient clair
Mais ils ont du nez.

Paul Vincensini (recueil "De bleu et d'ombre" - éditions Roche Sauve - 1977)

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Un texte pour la mauvaise saison, où l'humour noir et la familiarité ne parviennent pas à cacher la tendresse de l'auteur :

Moi l'hiver je pense

Moi l'hiver je pense
Aux petits oiseaux
Qui couvent des œufs glacés
Dans les arbres

Moi l'hiver je pense
Aux petits poissons
Qui se gèlent les bonbons
La nuit
Dans les rivières.

Paul Vincensini (recueil "Qu'est-ce qu'il n'y a ? " - éditions Saint-Germain-des-Prés - 1975)

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Qu'est-ce qu'ils bouffent

Les noiseaux mangent des noisettes
Les crapauds des pâquerettes
Les chats des chalumettes
Quand il fait frais
Des chalumeaux
Quand il fait chaud.

Paul Vincensini (publié initialement dans la revue Poésie 1 n° 28-29,  "L'enfant et la poésie" (1973) , dans "Archiviste du vent" et dans le recueil "Je dors parfois dans les arbres" - éditions Motus 2007, posthume)



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021109

Présentation - PP12 - ENFANCES - TRADUCTIONS

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"ENFANCES"

Emprunt de la présentation au site officiel : http://www.printempsdespoetes.com

  • "14e Printemps des Poètes du 5 au 18 mars 2012 - Manifestation nationale et internationale
    L'intitulé du 14e Printemps des Poètes voudrait inviter à considérer quelle parole les poètes tiennent sur les commencements, apprentissage du monde entre blessures et émerveillements, appétit de vivre et affrontement à la « réalité rugueuse », comment leur écriture aussi garde mémoire du rapport premier, libre et créatif, à la langue.
    Ce sera aussi l'occasion de mettre en lumière cette poésie qui tient l'enfant pour un interlocuteur sinon exclusif, du moins premier, une « poésie pour la jeunesse » qui, fuyant tout didactisme, s'est profondément renouvelée au cours des dernières décennies.
    Ce 14e Printemps des Poètes sera l'occasion de mettre en avant dans le répertoire de poésie pour la jeunesse le travail novateur de quatre éditeurs : Cheyne (Poèmes pour grandir), L'Idée Bleue (Le farfadet bleu), Møtus (Pommes Pirates Papillons) et Rue du Monde." Jean-Pierre Siméon, directeur artistique du Printemps des Poètes

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  • pour illustrer le thème ENFANCES, lieucommun propose un éventail de textes adaptés aux niveaux des classes de l'école primaire, et des textes sur le thème de l'enfance.
  • La partie consacrée par le Printemps des Poètes 2012 aux quatre éditeurs cités ci-dessus est trop vaste pour être reprise ici. On situera simplement autant que possible les textes publiés.

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On trouvera

  • crayon lieucommundans cette page et les suivantes des textes d'autres langues traduits en français pour les enfants et des textes sur le THÈME DE L'ENFANCE

Quelques propositions de production d'écrit accompagnent les textes.



 EN PRÉPARATION

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