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1 avril 2008

PP 09 - L'humour d'YVAN DAUTIN

- Yvan Dautin -

Yvan Dautin, poète-chanteur, est né en 1945. Il se joue des mots, les mets en scène. L'humour, l'amour et le désamour sont ici et là dans ses textes poétiques. Deux textes imagés, surprenantes scènes surréalistes, ci-dessous pour Le Printemps des Poètes 2009.

Voyez le blog http://yvandautin.canalblog.com/

Yvan_Dautin_disque_45_trs

Les mains dans les poches sous les yeux
Tel un Picasso de banlieue ...

La méduse

La méduse de la plage de Saint-Malo
Fait du vélo sur la plage à Saint-Malo
Les coquillages et les crustacés
En ont assez de se faire écraser

Sous les rayons d'un vélo majuscule
Et d'une méduse qui vous tentacule
Ouille, ouille, ouille !
C'est là qu'il faut pas s'en méli-mélo les pinceaux
Dans la chaîne de vélo...
Je continue

La méduse de la plage de Saint-Malo
Fait du vélo sur la plage à Saint-Malo
Elle en pince pour un crabe
Elle en pince pour un crabe
Fabricant de chateaux de sable
Mais qui recule dès qu'il la voit

Alors la méduse de Saint-Malo fait du mélo
Sur la plage de Saint-Malo
A pied, à ch'val, en voiture et à vélo
Les coquillages et les crustacés
En ont assez de se faire écraser

Sous les rayons d'un vélo majuscule
Et d'une méduse qui vous tentacule
Ouille, ouille, ouille !
C'est là qu'il faut pas s'en méli-mélo les pinceaux
Dans la chaîne de bicyclette...
Je continue

La méduse de la plage de Saint-Malo
Fait du mélo sur la plage à Saint-Malo
C'est alors qu'un vieux dromadaire
Qui passait par là en lisant son bréviaire
Et on ne sait trop ce qui se passa
Mais le dromadaire devint papa, ah !

Une méduse un peu volage à Saint-malo
Qui fait du vélo sur la plage à Saint-Malo
Les coquillages et les crustacés
En ont assez de se faire écraser

Sous les rayons d'un vélo majuscule
Et d'une méduse qui vous tentacule
Ouille, ouille, oh, oh, oh, trop tard !
C'est déjà fait, ouh, ouh, ouh, ah, ah !

Yvan Dautin (paroles et musique)

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Les mains dans les poches

Les mains dans les poches sous les yeux
Tel un Picasso de banlieue
Trempe tes pinceaux dans la débine
Si le monde est beau, toi, t'as mauvaise mine

Sur le trottoir des Deux Magots
Tu fais Prévert, tu fais Rimbaud
Tu fais désert, tu fais chameau
Tu vends au noir des esquimaux

Les mains dans les poches sous les yeux
Tel un Picasso de banlieue
Tu croûtes et tu peins, toi, l'anonyme
Le dernier mégot, comme on fait cantine

Près du comptoir qui rit, qui pleure
Un homme saoul fait l'ascenseur
Le vieil hibou berce les coeurs
Quand y en a marre, salut, c'est l'heure

Les mains dans les poches sous les yeux
Tel un Picasso de banlieue
Trempe tes pinceaux dans la débine
Si le monde est beau, toi, t'as mauvaise mine

Sur le trottoir des Deux Magots
Y avait Prévert
Y avait Rimbaud

Tout est désert, pas un chameau
Bonjour, bonsoir, les esquimaux

Yvan Dautin (paroles et musique)

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24 octobre 2008

octobre 2008 : Le cours de la vie - Jacques Prévert

Ce poème de Jacques Prévert s'impose, aujourd'hui que les lignes brisées du CAC 40 voudraient nous faire oublier le cours de la vie (photomontage lieucommun).

po_me_cours_de_la_vie
Le cours de la vie

 
Dans douze châteaux acquis
pour douze bouchées de pain
douze hommes sanglotent de haine
dans douze salles de bains
Ils ont reçu le mauvais câble
la mauvaise nouvelle du mauvais pays
là-bas un indigène
debout dans sa rizière
a jeté vers le ciel
d’un geste dérisoire
une poignée de riz.


Jacques Prévert ("Histoires" - Les Éditions du Point du Jour, 1946 et Gallimard, 1963)


1 avril 2008

PP 09 - L'humour de PAUL VINCENSINI

livre_Vincensini_je_dors_parfois_couv

- Paul Vincensini -

 

 

Paul Vincensini, qui se disait archiviste du vent, est né en 1930. Il a disparu en 1985, mais vous le trouverez encore à cette adresse .

"Quand je dis " archiviste du vent", je parle non de titre honirifique mais de fonction.
Il me faut préciser cependant qu'étant déjà - et de longue date - affecté à la Poussière, les multiples tâches que cela implique font que je ne suis mis à la disposition du vent qu'à titre de vacataire
 [...].  Je m'y suis formé à l'École des Mouches. [...] "

Paul Vincensini

Ses recueils sont pour la plupart aujourd'hui épuisés. On trouve malgré tout une grande partie de ses textes dans l'ouvrage qui reprend le titre de l'un de ses recueils : "Archiviste du vent", au cherche midi éditeur (première parution en 1986). L'humour de Paul Vincensini est souvent noir, voire désespéré, et grinçant, mais toujours très imagé. Les quelques textes choisis ici nous semblent parmi les plus adaptés au thème et aux élèves. "Archiviste du vent" est à se procurer (autour de 10 € en librairie), pour dénicher d'autres textes selon vos projets et mesurer la diversité de l'humour de son auteur.

L'ouvrage dont la couverture est reproduite ci-dessus est paru en 2007. Vincensini en aurait aimé les illustrations (Galeron).

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Moi j'ai toujours peur du vent

Me voici
Mes poches
Bourrées de cailloux
Pour rester avec vous
Ne pas m'envoler dans les arbres

Paul Vincensini (recueil "Toujours et jamais" - édition Culture et pédagogie - 1982)

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Le petit grillon

Le petit grillon qui garde la montagne
A bien du mérite croyez-moi
Quand de partout
Coucous et hiboux font ou
Coucou coucou
ou ouh ouh ouh ouh
A d'autres coucous
ou d'autres hiboux
qui font à tout coup
ou coucou coucou
ou ouh ouh ouh ouh
Toute toute toute la nuit
Le petit grillon vaillant
a bien du mérite
Et qu'est-ce qui le retient
Dites-le moi
Messieurs
De se croiser les bras
et de dormir longtemps
Sa tête
Entre ses deux yeux.

Paul Vincensini (recueil "Qu'est-ce qu'il n'y a ? " - éditions Saint-Germain-des-Prés - 1975)

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Le parapluie

Un paparapluie
Prit le train pour Paris
En compagnie d'une mamanrapluie.

Il pleuvait beaucoup ce soir-là
Mais dans le train
Il n'y avait personne

Elle pleura un peu
Puis ils se plurent beaucoup

Au retour tout le ciel était bleu

Paul Vincensini (recueil "Toujours et jamais" - édition Culture et pédagogie - 1982)

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Le poème qui suit, le plus connu de l'auteur, avait été initialement publié en 1975 dans le recueil "Qu'est-ce qu'il n'y a ? ". Il est rangé pour "Archiviste du vent" (1986) avec les textes d'un recueil postérieur auquel Paul Vincensini avait donné ce même titre : "Toujours et Jamais" (1982). Simple, non ?

Toujours et Jamais

Toujours et Jamais étaient toujours ensemble
Ne se quittaient jamais
On les rencontrait dans toutes les foires
On les voyait le soir traverser le village
Sur un tandem
Toujours guidait
Jamais pédalait
C'est du moins ce qu'on supposait...
Ils avaient tous les deux une jolie casquette
L'une était noire à carreaux blancs
L'autre blanche à carreaux noirs
A cela on aurait pu les reconnaître
Mais ils passaient toujours le soir
Et avec la vitesse...
Certains d'ailleurs les soupçonnaient
Non sans raison peut-être
D'échanger certains soirs leur casquette
Une autre particularité
Aurait dû les distinguer
L'un disait toujours bonjour
L'autre toujours bonsoir
Mais on ne sut jamais
Si c'était Toujours qui disait bonjour
Ou Jamais qui disait bonsoir
Car entre eux ils s'appelaient toujours
Monsieur Albert Monsieur Octave.

Paul Vincensini (recueil "Qu'est-ce qu'il n'y a ? " - éditions Saint-Germain-des-Prés - 1975)

logo_cr_ation_po_tique Création poétique : Voir  Monsieur, Monsieur de Jean Tardieu, pour des situations similaires.

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Moi dans l'arbre

T'es fou !
Tire pas !

C'est pas des corbeaux,
C'est mes souliers !

Je dors parfois dans les arbres.

Paul Vincensini (recueil "Le point mort" - éditions Chambelland - 1969)

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Les papillons

Les papillons
sont renseignés
sur toutes les fleurs.

Ils portent leur courrier
sans jamais se tromper.

C'est pas qu'ils y voient clair
Mais ils ont du nez.

Paul Vincensini (recueil "De bleu et d'ombre" - éditions Roche Sauve - 1977)

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Un texte pour la mauvaise saison, où l'humour noir et la familiarité ne parviennent pas à cacher la tendresse de l'auteur :

Moi l'hiver je pense

Moi l'hiver je pense
Aux petits oiseaux
Qui couvent des œufs glacés
Dans les arbres

Moi l'hiver je pense
Aux petits poissons
Qui se gèlent les bonbons
La nuit
Dans les rivières.

Paul Vincensini (recueil "Qu'est-ce qu'il n'y a ? " - éditions Saint-Germain-des-Prés - 1975)

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Qu'est-ce qu'ils bouffent

Les noiseaux mangent des noisettes
Les crapauds des pâquerettes
Les chats des chalumettes
Quand il fait frais
Des chalumeaux
Quand il fait chaud.

Paul Vincensini (publié initialement dans la revue Poésie 1 n° 28-29,  "L'enfant et la poésie" (1973) , dans "Archiviste du vent" et dans le recueil "Je dors parfois dans les arbres" - éditions Motus 2007, posthume)

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1 avril 2008

PP 09 : l'humour de ROBERT GÉLIS

- Robert Gélis -

Robert Gélis, romancier et poète pour la jeunesse, est né en 1938. Il a publié des recueils de poésies (Poèmes à tu et à toi, En faisant des galipoètes...) et des contes (Histoires et contes du loup-phoque...) d'humour et d'humanité. On le retrouvera dans les poésies C2 pour la classe (Mon stylo) et dans la catégorie Printemps des Poètes 2008, l'Autre (texte titré : L'autre, Visite).

... "L'Important, c'est d'accrocher des rires
Aux branches sèches de la vie …"

Robert Gélis, extrait du poème "L'Important"

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Mon stylo

Si mon stylo était magique
Avec des mots en herbe,
J'écrirais des poèmes superbes,
Avec des mots en cage,
J'écrirais des poèmes sauvages.

Si mon stylo était artiste,
Avec les mots les plus bêtes,
J'écrirais des poèmes en fête,
Avec des mots de tous les jours
J'écrirais des poèmes d'amour.

Mais mon stylo est un farceur
Qui n'en fait qu'à sa tête,
Et mes poèmes sur mon coeur
Font des pirouettes.

Robert Gélis

logo_cr_ation_po_tique À la manière de "si mon stylo..."

Un travail en CM1, ICI, inspiré par "Mon stylo" ; une "approche de la poésie en classe de SEGPA avec ce texte, ICI" et toujours en s'inspirant de ce modèle, des productions d'élèves, ICI

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Matin d'automne

La ville se secoue,
Se trémousse et s'ébroue ;
Elle se gratte les flancs
En grognant,
Car, dans sa fourrure d'odeurs,
De bruits et de fumées,
Grouillent des puces affairées :
Les gens qui courent à leur travail.

Robert Gélis

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Rencontre

Madame la pianiste,
Dans les rues plutôt tristes,
Promenait ses mélodies,
Comme chaque lundi …

Et monsieur le poète,
Des rêves plein la tête,
Tenait en laisse, lui,
Des poèmes gentils…

Ils se sont rencontrés
Et, quelques mois après,
En plein temps des moissons,
Sont nées… trente-six chansons !

Robert Gélis ("En faisant des galipoètes" - Anthologie de Poche - Éditions Magnard, 1983)

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Un poème pas amusant du tout, mais qui fait la part belle au rire :

L'Important

- C'est quoi, l'Important ?
- L'Important, c'est d'accrocher des rires
Aux branches sèches de la vie…

- C'est quoi, la Vie ?
- La Vie, c'est chercher son étoile
Dans le fouillis du ciel…

- C'est quoi, le Ciel ?
- Le Ciel, c'est ce qu'on ne peut voir
Qu'en fermant les yeux…

- C'est quoi, les Yeux ?
- Les Yeux, ce sont des forges vives
où s'embrasent les rêves…

- C'est quoi, les Rêves ?
- Les Rêves….

C'est ce qui est important…

Robert Gélis ("En faisant des galipoètes" - Anthologie de Poche - Éditions Magnard, 1983)

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Eh ! Oui

Ils ont coupé
Le vieux pommier
Roi du verger
Et en tronçons l'ont débité

De ces morceaux ont fabriqué
Une échelle pour monter
Cueillir des pommes du pommier
Ont été bien déçus
Car de pommier... il n'y en a plus.

Robert Gélis

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Alphabet

A B C D
Je ne veux pas céder !
E F G H
Il faut que je me fâche !
I J K L
Cette sacrée demoiselle
M N O P
Ne manque pas de toupet !
Q R S T
Elle me fait pester !
U V W X
Elle en vaut bien six !
Y Z
Encore une fois... je cède !

Robert Gélis ("En faisant des galipoètes" - Anthologie de Poche - Éditions Magnard, 1983)

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1 avril 2008

PP 09 - L'humour de JACQUES PRÉVERT

- Jacques Prévert -

Jacques Prévert (1900-1977), poète surréaliste à ses débuts, ami entre-autres de Raymond Queneau, s'éloignera de ce mouvement pour une poésie "populaire", frondeuse, parfois très caustique à l'endroit des corps constitués : l'Armée, l'Église, les institutions ... Une grande partie de son œuvre poétique, en prose ou en vers libres, est accessible aux plus jeunes, avec des textes pleins d'humour et d'humanité, petites saynètes du quotidien.
Jacques Prévert est très présent dans les cahiers de récitation. "Paroles" (1945), est un des recueils de poésie les plus vendus et les plus traduits dans le monde.
Prévert est aussi auteur de théâtre et parolier ("Les feuilles mortes", pour ne citer qu'une chanson), ainsi que scénariste de films (Quai des brumes, les Visiteurs du soir, les Enfants du paradis) réalisés par Marcel Carné.

Comme souvent en poésie, quand les textes sont destinés aux élèves, on en coupe des passages. Le poème bien connu qui suit, un classique pour les exercices de création poétique, est en version originale. A vous de juger si ...

Cortège

Un vieillard en or avec une montre en deuil
Une reine de peine avec un homme d'Angleterre
Et des travailleurs de la paix avec des gardiens de la mer
Un hussard de la farce avec un dindon de la mort
Un serpent à café avec un moulin à lunettes
Un chasseur de corde avec un danseur de têtes
Un maréchal d'écume avec une pipe en retraite
Un chiard en habit noir avec un gentleman au maillot
Un compositeur de potence avec un gibier de musique
Un ramasseur de conscience avec un directeur de mégots
Un repasseur de Coligny avec un amiral de ciseaux
Une petite soeur du Bengale avec un tigre de Saint-Vincent-de-Paul
Un professeur de porcelaine avec un raccommodeur de philosophie
Un contrôleur de la Table Ronde avec des chevaliers de la Compagnie du Gaz de Paris
Un canard à Sainte-Hélène avec un Napoléon à l'orange
Un conservateur de Samothrace avec une victoire de cimetière
Un remorqueur de famille nombreuse avec un père de haute mer
Un membre de la prostate avec une hypertrophie de l'Académie française
Un gros cheval in partibus avec un grand évêque de cirque
Un contrôleur à la croix de bois avec un petit chanteur d'autobus
Un chirurgien terrible avec un enfant dentiste
Et le général des huîtres avec un ouvreur de Jésuites.

Jacques Prévert ("Paroles" - Les Éditions du Point du Jour, 1946 et Gallimard, 1949)

logo_cr_ation_po_tique Poèmes à la manière de "Cortège"  

La structure du poème se prête facilement au "mariage" de deux groupes nominaux, reliés par "avec". On pourra favoriser la production individuelle par les élèves d'éléments séparés, et les apparier collectivement, ou par groupes de recherche. Avec de grands élèves, le vers complet peut-être créé individuellement ou dans le groupe.

Exemples [proposés par le blog]:

un cheval de manège  avec une bretelle d'autoroute >> un cheval d'autoroute avec une bretelle de manège

ou, en choisissant un thème unique pour le poème :

Les animaux se marient
un cheval de manège  avec un poisson d'aquarium   >> un cheval d'aquarium avec un poisson de manège

autre thème : Étonnants métiers disparus
un directeur d'école avec un coiffeur pour chiens   >> un coiffeur d'école avec un directeur pour chiens

Imaginez des illustrations pour les textes produits !

Voyez ICI quelques consignes , et des productions d'élèves ICI  :

 http://www.saxon.ch/ecoles/5p_yves/2001_2002/poesies_ex.ecrite/prevert.htm

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Soyez polis (2e strophe du poème)

(...)

Il faut être très poli avec la Terre
Et avec le
Soleil
Il faut les remercier le matin en se réveillant
Il faut les remercier pour la chaleur
Pour les arbres
Pour les fruits
Pour tout ce qui est bon à manger
Pour tout ce qui est beau à regarder
À toucher
Il faut les remercier
Il ne faut pas les embêter...
Les critiquer
Ils savent ce qu'ils ont à faire
Le
Soleil et la Terre
Alors il faut les laisser faire
Ou bien ils sont capables de se fâcher
Et puis après
On est changé
En courge
En melon d'eau
Ou en pierre à briquet
Et on est bien avancé...
Le soleil est amoureux de la
Terre
Ça les regarde
C'est leur affaire
Et quand il y a des éclipses
Il n'est pas prudent ni discret de les regarder
Au travers de sales petits morceaux de verre fumé
Ils se disputent
C'est des histoires personnelles
Mieux vaut ne pas s'en mêler
Parce que
Si on s'en mêle on risque d'être changé
En pomme de terre gelée
Ou en fer à friser
Le Soleil aime la
Terre
La Terre aime le Soleil
Et elle tourne
Pour se faire admirer
Et le
Soleil la trouve belle
Et il brille sur elle
Et quand il est fatigué
Il va se coucher
Et la Lune se lève
La lune c'est l'ancienne amoureuse du
Soleil
Mais elle a été jalouse
Et elle a été punie
Elle est devenue toute froide
Et elle sort seulement la nuit
Il faut aussi être très poli avec la
Lune
Ou sans ça elle peut vous rendre un peu fou
Et elle peut aussi
Si elle veut
Vous changer en bonhomme de neige
En réverbère
Ou en bougie
En somme pour résumer
Deux points, ouvrez les guillemets :
" Il faut que tout le monde soit poli avec le monde ou alors il y a des guerres ... des épidémies des tremblements de terre
des paquets de mer des coups de fusil ...
Et de grosses méchantes fourmis rouges qui viennent vous dévorer les pieds pendant qu'on dort la nuit. "

Jacques Prévert ("Histoires" - Éditions Gallimard, 1946 et 1963)

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Bain de soleil

La salle de bains est fermée à clef
Le soleil entre par la fenêtre
et il se baigne dans la baignoire
et il se frotte avec le savon
et le savon pleure
il a du soleil dans l'oeil.

Jacques Prévert ("Textes divers"  (1929-1977) - Oeuvres complètes tome II - Gallimard-La Pléiade, 1996)

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L'amiral

L'amiral Larima
Larima quoi
la rime à rien
l'amiral Larima
l'amiral Rien.

Jacques Prévert ("Paroles" - Les Éditions du Point du Jour, 1946 et Gallimard, 1949)

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Frontières

- Votre nom ?
- Nancy.
- D'où venez-vous ?
- Caroline.
- Où allez-vous ?
- Florence.
- Passez.

- Votre nom ?
- On m'appelle Rose de Picardie, Blanche de Castille,
  Violette de Parme ou Bleue de Méthylène.
- Vous êtes mariée ?
- Oui.
- Avec qui ?
- Avec Jaune d'Oeuf.
- Passez.

Jacques Prévert ("Choses et autres" - Gallimard, 1972)

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Et la fête continue

Debout devant le zinc
Sur le coup de dix heures
Un grand plombier zingueur
Habillé en dimanche et pourtant c'est lundi
Chante pour lui tout seul
Chante que c'est jeudi
Qu'il n'ira pas en classe
Que la guerre est finie
Et le travail aussi
Que la vie est si belle
Et les filles si jolies
Et titubant devant le zinc
Mais guidé par son fil à plomb
Il s'arrête pile devant le patron
Trois paysans passeront et vous paieront
Puis disparaît dans le soleil
Sans régler les consommations
Disparaît dans le soleil tout en continuant sa chanson

Jacques Prévert ("Paroles" - Les Éditions du Point du Jour, 1946 et Gallimard, 1949)

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Le coquillage

Dans une chambre au sixième
Un coquillage est posé sur la table
soudain il se met à chanter
L'homme est réveillé par le bruit de la mer
il voit le coquillage
il lui sourit
il veut le prendre avec les mains
mais le coquillage s'enfuit

Jacques Prévert

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Chanson pour chanter à tue-tête et à cloche-pied

Un immense brin d'herbe
Une toute petite forêt
Un ciel tout à fait vert
Et des nuages en osier
Une église dans une malle
La malle dans un grenier
Le grenier dans une cave
Sur la tour d'un château
Le château à cheval
A cheval sur un jet d'eau
Le jet d'eau dans un sac
A côté d'une rose
La rose d'un fraisier
Planté dans une armoire
Ouverte sur un champ de blé
Un champ de blé couché
Dans les plis d'un miroir
Sous les ailes d'un tonneau
Le tonneau dans un verre
Dans un verre à Bordeaux
Bordeaux sur une falaise
Où rêve un vieux corbeau
Dans le tiroir d'une chaise
D'une chaise en papier
En beau papier de pierre
Soigneusement taillé
Par un tailleur de verre
Dans un petit gravier
Tout au fond d'une mare
Sous les plumes d'un mouton
Nageant dans un lavoir
A la lueur d'un lampion
Éclairant une mine
Une mine de crayons
Derrière une colline
Gardée par un dindon
Un gros dindon assis
Sur la tête d'un jambon
Un jambon de faïence
Et puis de porcelaine
Qui fait le tour de France
A pied sur une baleine
Au milieu de la lune
Dans un quartier perdu
Perdu dans une carafe
Une carafe d'eau rougie
D'eau rougie à la flamme
A la flamme d'une bougie
Sous la queue d'une horloge
Tendue de velours rouge
Dans la cour d'une école
Au milieu d'un désert
Où de grandes girafes
Et des enfants trouvés
Chantent chantent sans cesse
A tue-tête à cloche-pied
Histoire de s'amuser
Les mots sans queue ni tête
Qui dansent dans leur tête
Sans jamais s'arrêter

Et on recommence
Un immense brin d'herbe
Une toute petite forêt ...

etc, etc, etc.

Jacques Prévert

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Les animaux ont des ennuis

à Christiane Verger

Le pauvre crocodile n’a pas de C cédille
On a mouillé les L de la pauvre grenouille
Le poisson scie a des soucis
Le poisson sole, ça le désole
Mais tous les oiseaux ont des ailes
Même le vieil oiseau bleu
Même la grenouille verte
Elle a deux L avant l’E

Laissez les oiseaux à leur mère
Laissez les ruisseaux dans leur lit
Laissez les étoiles de mer
Sortir si ça leur plaît la nuit
Laissez les p’tits enfants briser leur tirelire
Laissez passer le café si ça lui fait plaisir

La vieille armoire normande et la vache bretonne
Sont parties dans la lande en riant comme deux folles
Les petits veaux abandonnés pleurent
Comme des veaux abandonnés
Car les petits veaux n’ont pas d’ailes
Comme le vieil oiseau bleu
Ils ne possèdent à eux deux
Que quelques pattes et deux queues

Laissez les oiseaux à leur mère
Laissez les ruisseaux dans leur lit
Laissez les étoiles de mer
Sortir si ça leur plaît la nuit
Laissez les éléphants ne pas apprendre à lire
Laissez les hirondelles aller et revenir

Jacques Prévert

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Être ange

Être ange
C'est étrange
Dit l'ange
Être âne
C'est étrâne
Dit l'âne
Cela ne veut rien dire
Dit l'ange en haussant les ailes
Pourtant
Si étrange veut dire quelque chose
Étrâne est plus étrange qu'étrange
Dit l'âne
Étrange est
Dit l'ange en tapant des pieds
Étranger vous-même
Dit l'âne
Et il s'envole

Jacques Prévert

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Quartier libre

J'ai mis mon képi dans la cage
et je suis sorti avec l'oiseau sur la tête
Alors
on ne salue plus
a demandé le commandant
Non
a répondu l'oiseau
Ah bon
excusez-moi je croyais qu'on saluait
a dit le commandant
Vous êtes tout excusé tout le monde peut se tromper
a dit l'oiseau.

Jacques Prévert

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Les belles familles

Louis I
Louis II
Louis III
Louis IV
Louis V
Louis VI
Louis VII
Louis VIII
Louis IX
Louis X (dit le Hutin)
Louis XI
Louis XII
Louis XIII
Louis XIV
Louis XV
Louis XVI
Louis XVII
Louis XVIII

et plus personne plus rien...
qu'est-ce que c'est que ces gens-là
qui ne sont pas foutus
de compter jusqu'à vingt
?

Jacques Prévert ("Paroles" - Les Éditions du Point du Jour, 1946 et Gallimard, 1949)
 

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J’ai vu passer un homme (titre proposé)

Un matin
dans une cour de la rue de la Colombe ou de la rue
des Ursins
des voix d'enfants
chantèrent quelque chose comme ça :

Au coin d’la rue du Jour
et d’la rue Paradis
j’ai vu passer un homme
y a que moi qui l’ai vu
j’ai vu passer un homme
tout nu en plein midi
y a que moi qui l’ai vu
pourtant c’est moi l’plus petit
les grands y savent pas voir
surtout quand c’est marrant surtout quand c’est joli

Il avait des ch’veux d’ange
une barbe de fleuve
une grande queue de sirène
une taille de guêpe
deux pieds de chaise Louis treize
un tronc de peuplier
et puis un doigt de vin
et deux mains de papier
une toute petite tête d’ail
une grande bouche d’incendie
et puis un œil de bœuf
et un œil de perdrix

Au coin d’la rue du Jour
et d’la rue Paradis
c'est là que je l’ai vu
un jour en plein midi
c'est pas le même quartier
mais les rues se promènent partout où ça leur plaît.

Jacques Prévert ("Grand bal du printemps" - 1951 et Gallimard, 1976)

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La pêche à la baleine

À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine,
Disait le père d'une voix courroucée
À son fils Prosper, sous l'armoire allongé,
À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine,
Tu ne veux pas aller,
Et pourquoi donc ?
Et pourquoi donc que j'irais pêcher une bête
Qui ne m'a rien fait, papa,
Va la pêpé, va la pêcher toi-même,
Puisque ça te plaît,
J'aime mieux rester à la maison avec ma pauvre mère
Et le cousin Gaston.
Alors dans sa baleinière le père tout seul s'en est allé
Sur la mer démontée...
Voilà le père sur la mer,
Voilà le fils à la maison,
Voilà la baleine en colère,
Et voilà le cousin Gaston qui renverse la soupière,
La soupière au bouillon.
La mer était mauvaise,
La soupe était bonne.
Et voilà sur sa chaise Prosper qui se désole :
À la pêche à la baleine, je ne suis pas allé,
Et pourquoi donc que j'y ai pas été ?
Peut-être qu'on l'aurait attrapée,
Alors j'aurais pu en manger.Mais voilà la porte qui s'ouvre, et ruisselant d'eau
Le père apparaît hors d'haleine,
Tenant la baleine sur son dos.
Il jette l'animal sur la table,
une belle baleine aux yeux bleus,
Une bête comme on en voit peu,
Et dit d'une voix lamentable :
Dépêchez-vous de la dépecer,
J'ai faim, j'ai soif, je veux manger.Mais voilà Prosper qui se lève,
Regardant son père dans le blanc des yeux,
Dans le blanc des yeux bleus de son père,
Bleus comme ceux de la baleine aux yeux bleus :
Et pourquoi donc je dépècerais une pauvre bête qui m'a rien fait ?
Tant pis, j'abandonne ma part.
Puis il jette le couteau par terre,
Mais la baleine s'en empare, et se précipitant sur le père
Elle le transperce de père en part.
Ah, ah, dit le cousin Gaston,
On me rappelle la chasse, la chasse aux papillons.

Et voilà
Voilà Prosper qui prépare les faire-part,
La mère qui prend le deuil de son pauvre mari
Et la baleine, la larme à l'œil contemplant le foyer détruit.
Soudain elle s'écrie :
Et pourquoi donc j'ai tué ce pauvre imbécile,
Maintenant les autres vont me pourchasser en moto-godille
Et puis ils vont exterminer toute ma petite famille.
Alors éclatant d'un rire inquiétant,
Elle se dirige vers la porte et dit
À la veuve en passant :
Madame, si quelqu'un vient me demander,
Soyez aimable et répondez :
La baleine est sortie,
Asseyez-vous,
Attendez là,
Dans une quinzaine d'années, sans doute elle reviendra...

Jacques Prévert ("Paroles" - Les Éditions du Point du Jour, 1946 et Gallimard, 1949)

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Voici un court texte expiatoire...

Mea culpa

C’est ma faute
C’est ma faute
C’est ma très grande faute d’orthographe
Voilà comment j’écris
Giraffe.

Jacques Prévert ("Histoires" - Éditions Gallimard, 1946 et 1963)

... auquel Prévert apporte un rectificatif (un codicille) clin-d'oeil quelques années après dans un autre recueil. Les élèves apprécieront  :

Sans faute (codicille)livre_Pr_vert_choses_et_autres

J'ai eu tort d'avoir écrit cela autrefois
Je n'avais pas à me culpabiliser
Je n'avais fait aucune phaute d'ortographe
J'avais simplement écrit giraffe en anglais.

Jacques Prévert ("Choses et autres" - Gallimard, 1966 et 1972)

logo_cr_ation_po_tique Jouer avec l'orthographe

Choisir des noms d'objets ou d'animaux, et imaginer une bonne raison de les orthographier différemment.
Exemple :
Éléphant s'écrira ailéphant pour être plus léger et voyager, éléfan s'il est supporter d'une équipe de rugby (le pack), éléfaon s'il est adopté par une biche (c'est n'importe quoi ça) ...
Il reste à construire une histoire à la manière peut-être d'un article de presse, ou d'un conte ("Il était une fois...").

Cet exercice se rapproche des mots-valise, décrits ailleurs.

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1 avril 2008

PP 09 : l'humour de JEAN-LUC MOREAU

livre_Moreau_souris_verte

- Jean-Luc Moreau -

Jean-Luc Moreau est né en 1937.

<< Les Poèmes de la souris verte (Le livre de Poche Jeunesse, Hachette - Fleurs d'encre, édition 2003 illustrée par Marie-Aude Waymel) - environ 190 pages, 5 € en librairie.

Poète et universitaire, il a publié des histoires et des poèmes pour les enfants et les adolescents, (L'arbre perché, Poèmes à saute-mouton, Devinettes, Les Poèmes de la souris verte, Dans ma famille* ), pour les plus grands (La Bride sur le cœur, Sous le masque des mots), ainsi que des anthologies et des traductions de poèmes. On trouve d'autres textes de cet auteur dans d'autres catégories du blog.

* dernier recueil pour les enfants paru : Dans ma famille (illustré par Eva Offredo, collection Gautier-Languereau, 2008) - environ 30 pages et 5 € en librairie.

Ce premier texte se trouve dans le recueil Les Poèmes de la souris verte, au chapitre "Le carré de l'hypoténuse"

Locataires

J'ai dans mon cartable
(C'est épouvantable !)
Un alligator
Qui s'appelle Hector.

J'ai dans ma valise
(Ça me terrorise !)
Un éléphant blanc
Du nom de Roland.

J'ai dans mon armoire
(Mon Dieu, quelle histoire !)
Un diplodocus
Nommé Spartacus.

Mais pour moi le pire,
C'est sous mon chapeau
D'avoir un vampire
Logé dans ma peau.

Jean-Luc Moreau ("Les Poèmes de la souris verte" Le livre de Poche Jeunesse Hachette - Fleurs d'encre, 1992 et 2003)

logo_cr_ation_po_tique Poèmes à la manière de "J'ai dans  mon cartable..."

En utilisant la structure et l'esprit de ce poème, un document présente la démarche pédagogique d'une séance ICI (à partir de la page 28). Voyez aussi un travail réalisé ICI par des élèves de CE1, dans un CM2 ICI, ou encore ICI dans un CP.

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La cour de mon école

La cour de mon école
Vaut bien, je crois,
La cour de Picrochole,
Le fameux roi :
Elle est pleine de charme,
Haute en couleur;
On y joue aux gendarmes
Et aux voleurs;
Loin des Gaulois, des Cimbres
Et des Teutons,
On échange des timbres,
À croupetons;
Des timbres des Antilles,
De Bornéo…
Et puis on joue aux billes
Sous le préau.
Qu'on ait pris la Bastille,
C'est merveilleux,
Mais que le soleil brille,
C'est encor mieux !
Orthographe et problèmes
Sont conjurés.
École, ah ! que je t'aime
À la récré !

Jean-Luc Moreau ("Les Poèmes de la souris verte" Le livre de Poche Jeunesse Hachette - Fleurs d'encre, 1992 et 2003)

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Le cerf-volant

Soulevé par les vents
Jusqu'aux plus haut des cieux,
Un cerf-volant plein de superbe
Vit, qui dansait au ras de l'herbe,
Un petit papillon, tout vif et tout joyeux.

- Holà ! minable animalcule,
cria du zénith l'orgueilleux,
Ne crains-tu pas le ridicule ?
Pour te voir, il faut de bons yeux
Tu rampes comme un ver...
Moi je grimpe je grimpe
Jusqu'à l'Olympe,
Séjour des dieux.

- C'est vrai, dit l'autre avec souplesse,
Mais moi, libre, à mon gré,
je peux voler partout,
Tandis que toi, pauvre toutou,
Un enfant te promène en laisse.

Jean-Luc Moreau  (dans "La poésie comme elle s' écrit" de Jacques Charpentreau - Collection Enfance heureuse - Éditions ouvrières, 1979)

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La télévision

Quand on branche la télé,
Mes amis, quel défilé !
Le négus, le roi d’Écosse,
De vieux gus et de grands gosses,
Cendrillon dans son carrosse,
La véloce Carabosse
Chevauchant son balai-brosse,
Des prélats, des porte-crosses,
De beaux blonds, des rousses rosses,
Des colosses,
Des molosses,
Des rhinocéros atroces...
Et quand c’est le plus joli :
« Les enfants ! C’est l’heure ! Au lit ! »

Jean-Luc Moreau  (dans "La poésie comme elle s' écrit" de Jacques Charpentreau - Collection Enfance heureuse - Éditions ouvrières, 1979)

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Chanson de l'heure qu'il est

- Monsieur, Monsieur , s'il vous plaît,
Dites-nous qu'elle heure il est !

- Il est ma petite fille 
L'heure où l'escargot s'habille ;
Il est, mon petit garçon
L'heure où sort le limaçon,

L'heure étrange et solennelle
Où chantent les coccinelles

Où la puce et ses enfants 
Vont dîner chez l'éléphant ;

Il est l'heure où la panthère
Épouse un coléoptère,

L'heure où tout peut arriver...
Où je dors... où vous rêvez...

Jean-Luc Moreau

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Trois petits pantins

Dans le clair matin,
Quand le lac est lisse,
Pétris de malice,
Trois petits pantins,
Trois gentils lutins
Quittent leur pelisse,
Trois lutins mutins
Mettent leurs patins.
Alors - ô délice,
O rire argentin !
Charmant tableautin,
Sur la glace glissent
Trois petits lutins
Malins comme Ulysse,
Trois beaux diablotins
Au rire enfantin
Dans le clair matin.

Jean-Luc Moreau ("L'Arbre perché" - Enfance heureuse, Éditions ouvrières, 1976)

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Si ...

Si la sardine avait des ailes,
Si Gaston s'appelait Gisèle,
Si l'on pleurait lorsque l'on rit,
Si le Pape habitait Paris,
Si l'on mourait avant de naître,
Si la porte était la fenêtre,
Si l'agneau dévorait le loup,
Si les Normands parlaient zoulou,
Si la Mer Noire était la Manche,
Et la Mer Rouge la Mer Blanche,
Si le monde était à l'envers,
Je marcherais les pieds en l'air,
Le jour je garderais la chambre,
J'irais à la plage en décembre,
Deux et un ne feraient plus trois...
Quel ennui ce monde à l'endroit!

Jean-Luc Moreau ("L'Arbre perché" - Collection Enfance heureuse, Éditions ouvrières, 1976)

logo_cr_ation_po_tiquePoèmes à la manière de "Si ..."

 À partir de ce texte, des élèves de classe unique ont imaginé... ICI

Voir aussi le texte Avec des si ... de Claude Roy

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L'oncle Octave

J'ai bourlingué, dit l'oncle Octave,
De Vancouver à Tamatave,
De ShangaÏ au Cap et jusqu'à
San José de Costa Rica.
Souventes fois je rêve encore
DeTimor et de Travancore,
Mais sachez-le, par-dessus tout
J'aime le Perche et le Poitou.

Jean-Luc Moreau ("L'Arbre perché" - Collection Enfance heureuse, Éditions ouvrières, 1976)

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Une comptine pour les petits :

Quand le chat…

Quand
le chat
met ses
chaussettes,
c’est
la fête
aux sou-
ricettes.

Quand
le chat
joue au
cerceau,
c’est
la fête
aux sou-
riceaux.

Jean-Luc Moreau ("L'Arbre perché" - Collection Enfance heureuse, Éditions ouvrières, 1976)

logo_cr_ation_po_tique Comptine à la manière de "Quand le chat..."

Cette petite comptine permet la création poétique de construction simple avec des noms d'animaux, prédateurs et proies potentielles, en utilisant rimes ou assonances  :

Quand le lion joue à la marelle / c'est la fête à la gazelle
Quand le lion joue à la belote / c'est la fête à l'antilope

[exemple proposé par le blog]

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Voici deux fables ou contrefables, allez savoir, qu'on trouve parmi d'autres dans le chapitre "Le Bidule et le Machinchose (Fables et contrefables)" du recueil "Les Poèmes de la souris verte" :

L'éléphant rose et la souris blanche

L'éléphant rose, un jour bouscula la souris
(pour un éléphant rose ,il était un peu gris !) ;
la souris quoique blanche, en eut une peur bleue,
(surtout que le balourd lui marcha sur la queue !)
"madame, excusez-moi, vraiment je suis navré..."
(il était si confus qu'il en aurait pleuré!)
Un éléphant qui pleure, est-il pire infortune ?
La souris toute émue, oublia sa rancune :
"Ce n'est rien, lui dit-elle en le réconfortant,
J'aurais pu vous en faire autant."
On tirera de cette histoire
une double moralité :
d'abord qu'un éléphant ne doit jamais trop boire
(et cela ne pas hésiter à le dire, à le répéter !)
mais surtout que ma souris blanche
est un fort bon exemple à donner aux enfants :
pour peu qu'elle eut pris sa revanche,
qu'eussions-nous fait de l'éléphant ?

Jean-Luc Moreau ("Les Poèmes de la souris verte" Le livre de Poche Jeunesse Hachette - Fleurs d'encre, 1992 et 2003)

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L'hippopotame

Par la Seine un hippopotame
S’en vint un jour jusqu’à Paname.
Il descendit dans le métro,
Changea même à Trocadéro
Mais quand il fut à la Concorde,
Il s’écria: «Miséricorde !»
Et par la Porte des Lilas
S’en alla.

Jean-Luc Moreau ("L'Arbre perché" - Collection Enfance heureuse, Éditions ouvrières, 1976)

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Le renard et le corbeau
ou si l'on préfère
la (fausse) poire et le (vrai) fromage
 

Or donc, Maître Corbeau,
Sur son arbre perché, se disait: « Quel dommage
Qu'un fromage aussi beau,
Qu'un aussi beau fromage
Soit plein de vers et sente si mauvais.

Tiens ! voilà le renard : je vais,
Lui qui me prend pour une poire,
Lui jouer, le cher ange, un tour de ma façon.
Ça lui servira de leçon ! »
Passons sur les détails, vous connaissez l'histoire
Le discours que le renard tient,
Le corbeau qui ne répond rien
(Tant il rigole !),
Bref, le fromage dégringole...
Depuis, le renard n'est pas bien ;
Il est malade comme un chien.

Jean-Luc Moreau ("Les Poèmes de la souris verte" Le livre de Poche Jeunesse Hachette - Fleurs d'encre, 1992 et 2003)

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10 mars 2008

Le vertige d'Edgar - Rouge

Rouge_image_titre

(Image empruntée au site).

Rouge est en concert demain mardi 11 novembre à Paris. Infos ici :
http://www.abracadabar.fr/Agenda/detail/2008-11-11/Soiree-You-re-On.html

"Il fait à son insu
Le deuil de l'infini
Le deuil de l'absolu"

Vous ne connaissez pas Rouge le groupe de rock ? comment dire ? Vous voyez, Noir Désir ... non, évitons les raccourcis et les comparaisons approximatives, écoutez-les. C'est ici (avec les textes de l'album) : http://rougerock78.canalblog.com/archives/audio/index.html. 

Un extrait du vertige d'Edgar, celui que je préfère...  j'insiste, la musique ... 

Le vertige d'Edgar (début)

Par delà la fenêtre, un automne s'enfuit,
Les paysages défilent, juste le temps d’un brouillon
Sous le reflet figé de son air ahuri,
Une ligne de fuite s’évade à l’horizon
         
Les instants s'égrènent et l'urgence la ramène,
Il voudrait bien crier, comment dire l’indicible,
Dans la foule anonyme mêlant les joies, les peines,
Edgar se démène dans le flou des possibles .

Refrain
      
Dans le vertige des gares
Le tourbillon des êtres
La tête sur l'accoudoir
Les pieds sur la banquette
Quand part le train de nuit
Il fait à son insu
Le deuil de l'infini
Le deuil de l'absolu ...

textes des chansons : Antoine Leroy


29 avril 2007

"L'autre" - Michelle Daufresne

livre_Michelle_Daufresne_EnvolMichelle Daufresne, auteure contemporaine, a publié des poèmes et des histoires qu'elle a elle-même illustrés pour des recueils et des albums destinés aux enfants et à la jeunesse ("Irma Bec en L'air" chez Syros, "Images, images", aux éditions L'Art à la page). Elle a aussi créé les illustrations pour des textes d'autres poètes ("Le rire des cascades", d' Alain Boudet aux éditions Motus). Et bien d'autres.

Petites ombres

Les petites ombres se promènent
serrant contre elles
un cabas,
un chien, un chat.

Personne ne les voit
on ne remarque pas
ces ombres
sombres.

Elles ont été
dans le passé
des charmantes,
des importantes,
des méchantes,
des vibrantes.
Elles ont été, cela les hante,
des amantes.

Dans les glaces des magasins,
glaces sans tain
elles croisent des reflets éteints
de fantômes anciens.

Pourquoi rentrer
retrouver
un passé
envolé ?
Qui les attend ?
Qui les entend ?

Les petites ombres se promènent
serrant contre elles
un chien, un chat
un cabas.
Elles déambulent
funambules.

Michelle Daufresne ("Envol" - éditions Lo Païs d'Enfance, 1999)


20 mars 2008

POÉSIES sur le thème du PRINTEMPS

for_t_avant_printemps
Avant-printemps dans le Vexin (photo Lieucommun)

Joie du printemps

Au printemps, on est un peu fou,
Toutes les fenêtres sont claires,
Les prés sont pleins de primevères,
On voit des nouveautés partout.
Oh! regarde, une branche verte!
Ses feuilles sortent de l'étui!
Une tulipe s'est ouverte...
Ce soir, il ne fera pas nuit,
Les oiseaux chantent à tue-tête,
Et tous les enfants sont contents
On dirait que c'est une fête...
Ah ! que c'est joli le printemps !

Lucie Delarue-Mardrus

  voyez  UNE SAISON en POÉSIE - printemps  et   HAÏKUS - poésies des saisons

mais n'oubliez pas l'éloge de l'autre (liens ci-dessous)

" La primavera ha venido
nadie sabe cómo ha sido " ...
Antonio Machado

suite et traduction : PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde)

Les textes publiés n'ont pas tous fait l'objet d'une demande d' autorisation . Les ayants droit peuvent nous en demander le retrait.



dess_V_enfant < Photo Lieucommun - Le thème "ÉLOGE DE L'AUTRE" est décliné en trois mots :
carrefours, croisements, métissages, avec ce passage d'un texte d'Andrée Chedid :
"Toi / Qui que tu sois / Je te suis bien plus proche qu'étranger"

et le Printemps des Poètes rend hommage à Guillevic né en 1907.

Textes de France   >  PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (France)
Textes "d'ailleurs"  > PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde)

Textes de Guillevic > PRINTEMPS des POÈTES 2008 : GUILLEVIC
- - - - - - - - - - - - - - - - - - derniers textes ajoutés le 12 mars 2008   
Poésies pour la classe sur d'autres thèmes (rangement en cours) : 
POÉSIES pour la CLASSE - CYCLES 2 et 3   et    POÉSIES pour la CLASSE - CYCLE 3 et COLLÈGE

3 juillet 2008

Quand on aime on ne compte pas

chat_ao_t_08_MLJ_CollZut, lieucommun a laissé passer son 10 000e visiteur (le compteur est au bas de la page), sans célébrer l'événement !
À y bien réfléchir, pourquoi le 10 000e visiteur aurait-il droit au collier de fleurs fanées que nous avions mis de côté pour l'occasion (les nouilles sont hors de prix), et pas le 1507e,ou le 2109e ou n'importe lequel tiré au sort ? En tous cas, merci à tous ceux qui se risquent dans ce capharnaüm, le mot est faible mais restons corrects, au risque de s'y perdre.
Lot de consolation : photo offerte aux regards - chat à Mantes-la-Jolie août 2008. clic pour agrandir

La date de ce message du 3 septembre 2008 a été modifiée pour la présentation sur le blog


8 janvier 2007

Poème du jour : 8 janvier 2008 - Mario Benedetti - Défense de la joie

livre_cotidianas

Rappel : On trouvera dans cette catégorie  les coups de cœur du blog, en relation ou non avec l'actualité. Le texte restera en page d'accueil, puis sera remplacé par un autre, etc (par changement de la date de post). L'ensemble des textes reste accessible dans la catégorie Poème du jour (colonne de gauche).

Reçu avec les vœux de nouvel an (merci à ceux qui me l'ont transmis et qui se reconnaîtront), Défense de la joie, poème de Mario Benedetti
que je vous fais partager, en espagnol et en français. Beau programme :

"defender la alegría como un principio"
"défendre la joie comme un principe"
 

Mario Benedetti, né en 1920, est un écrivain uruguayen, romancier, dramaturge et poète. Universitaire et membre du Movimiento de Liberación Nacional - Tupamaros, la dictature militaire dans son pays l'a contraint à l'exil entre 1973 et 1983. Il a vécu ensuite en Espagne jusqu'en 2006, et réside aujourd'hui à nouveau à Montevideo, capitale de son pays natal.

Défense de la joie
                                     à Trini

Défendre la joie comme une tranchée
la défendre du scandale et de la routine
de la misère et des misérables
des absences transitoires
et définitives

défendre la joie comme un principe
la défendre de la stupéfaction et des cauchemars
des neutres et des neutrons
des douces infamies
et des graves diagnostics

défendre la joie comme un drapeau
la défendre de la foudre et de la mélancolie
des naïfs et des canailles
de la rhétorique et des arrêts cardiaques
des endémies et des académies

défendre la joie comme un destin
la défendre du feu et des pompiers
des suicides et des homicides
des vacances et de l’accablement
de l’obligation d’être joyeux

défendre la joie comme une certitude
la défendre de l’oxyde et de la crasse
de la fameuse patine du temps
de la fraîcheur et de l’opportunisme
des proxénètes du rire

défendre la joie comme un droit
la défendre de dieu et de l’hiver
des majuscules et de la mort
des noms et des pitiés
du hasard
           et aussi de la joie.

Mario Benedetti
Dans "Botella al mar (1), Cotidianas", 1979 (Editorial Sudamericana, 2000) ; dans  "Antología poética" (Alianza Editorial, Madrid, 1999) ; et dans "Poèmes uruguayens" -  Mario Benedetti, (Temps des cerises, 2005, traduction de l'espagnol par Annie Morvan).
(1) "Botella al mar" : "une bouteille à la mer"

Texte original en espagnol :

Defensa de la alegría
                               a Trini

Defender la alegría como una trinchera
defenderla del escándalo y la rutina
de la miseria y los miserables
de las ausencias transitorias
y las definitivas

defender la alegría como un principio
defenderla del pasmo y las pesadillas
de los neutrales y de los neutrones
de las dulces infamias
y los graves diagnósticos

defenderla alegría como una bandera
defenderla del rayo y la melancolía
de los ingenuos y de los canallas
de la retórica y los paros cardiacos
de las endemias y las academias

defender la alegría como un destino
defenderla del fuego y de los bomberos
de los suicidas y los homicidas
de las vacaciones y del agobio
de la obligación de estar alegres

defender la alegría como una certeza
defenderla del óxido y la roña
de la famosa pátina del tiempo
del relente y del oportunismo
de los proxenetas de la risa

defender la alegría como un derecho
defenderla de dios y del invierno
de las mayúsculas y de la muerte
de los apellidos y las lástimas
del azar
           y también de la alegría.

Mario Benedetti


1 mai 2007

"L'autre" - Pierre Albert-Birot

Pierre Albert-Birot (1876-1967), est un écrivain, metteur en scène et dramaturge de théâtre, et poète. Sculpteur aussi avec "La veuve", oeuvre monumentale commandée par l'état.
livre_GrabinoulorIl a côtoyé, dans la revue SIC (Sons, Idées, Couleurs et Formes) dont il est le fondateur, Guillaume Apollinaire, Louis Aragon, Max Jacob, Pierre Reverdy, Philippe Soupault, Tristan Tzara ... Proche des surréalistes, sans vraiment appartenir à ce mouvement, il joue avec les mots, les sons et les graphies.
Il écrit le premier livre Grabinoulor, son œuvre majeure, en 1921, et en poursuivra  la construction jusqu'à sa disparition en 1967. Les Six Livres de Grabinoulor, paru aux éditions jean-michel place en 1991, constituent une épopée inclassable : Grabinoulor, héros imaginatif et utopiste, traverse époques, espaces et situations sans jamais vieillir. Ce roman-poésie fleuve d'un millier de pages (ci-dessous un passage) est écrit sans aucune ponctuation, car, dit l'auteur :
"Un bon coeur bat de la naissance à la mort, un coeur qui a des points est un coeur malade".

Admiration

J'ai été devant les maisons de la ville
Et j'ai dit C'est admirable
J'ai été devant les roues et les machines
Et j'ai dit C'est admirable
Et j'ai été devant les monts immobiles
Et j'ai dit C'est admirable
J'ai été devant les mers bleues les mers vertes
Et j'ai dit C'est admirable
J'ai été devant les arbres des forêts
Et j'ai dit C'est admirable
Et j'ai été devant les grosses bêtes
Et j'ai dit C'est admirable
Et j'ai été devant les petites bêtes
Et j'ai dit C'est admirable
Et j'ai été devant les femmes
Et j'ai dit C'est admirable
Et j'ai été devant les hommes
Et j'ai dit C'est admirable
J'ai été devant l'ombre

Et j'ai dit C'est admirable
Et devant la lumière
Et j'ai dit C'est admirable

Parce que j'ai regardé

Pierre Albert-Birot ("Grabinoulor - réédité aux éditions jean-michel place, 2007) - absence de ponctuation respectée


Grabinoulor est actuellement joué en spectacle théâtral ou proposé en lecture publique. On trouve un poème "à crier et à danser", du même auteur, qui clôt le spectacle, présenté ici : http://theatre.cinemaniacs.be

Poème à crier et à danser

êêêê    èèè     éé
a   ouou        a   ouou        êê
(1) Bing - - - - - - - - - bing - - - - - - - -
(1) brrrrrrr  - - - - brrrrrrrr         tzinnn
(1) ô - - - - ô - - - - ôôô
a  iii     a  iii     a  iii        i   i   i
âo     âo     âo     âo     âo     âo      tzinnn
âo     âo     âo     âo     âo     âo      tzinnn
rrrrrrrrr          rrrrrrrrr
rrrrrrrr
(2) ououououououououououou
(3) uuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu
i

notes de l'auteur : (1) prolonger le son - (2) mettre la main en soupape sur la bouche - (3) mettre la main en porte-voix
Pierre Albert-Birot ("Poème à crier et à danser" - chant 3 - ces poèmes sont parus en 1917 dans la revue SIC).


Pour revenir à "l'éloge de l'autre", et parce que Pierre Albert-Birot ne se réduit pas à Grabinoulor, voici un autre texte :

Soyez bons

Soyez bons pour les passéistes
Ils sont si doux ces innocents
Quand ils nous traitent de fumistes
Avec des airs si bien pensants

S’ils sont parfois d’humeur béchante*
Soyez bons et indulgents
Elle est plus bête que méchante
La bêche de ces pauvres gens
Ils sont déjà bien trop à plaindre
D’avoir pareille infirmité
Qu’ils n’aient au moins plus rien à craindre
De notre supériorité
Soyez bons pour les passéistes
Donnez un sourire en passant
Quand ils vous traitent de fumistes
Ils sont si doux ces innocents

* c'est le mot
Pierre Albert-Birot  ("La Lune ou le Livre des poèmes",1926 - réédité avec présentation et notes d’Arlette Albert-Birot aux éditions Rougerie, 1992)


Chatterie

Chat chat chatte
Noir et blanc
Jour couchant
Prends ma patte
Dans ta main
Trop humain
Trop humain
Trop félin
Trop félin
Ton nez rose
Me repose
Des maisons
Des raisons
Mes prisons
Tu t'en fiches
Tu te niches
Sur mon cou
Ton miaou
Me câline
Dodeline
Ton ronron
Me fait rond
Le coeur blond
Amoureuse
Et frileuse
Tu me dis
Mon ami
L'heure sonne
Mais personne
Que nous deux
Poil soyeux
Qui se joue
Sur ma joue
L'allumeur
Le bruit meurt
Chatte et homme
Font un somme
Plus un bruit
C'est la nuit            

Pierre Albert-Birot ("Les amusements naturels" - éditions Rougerie, 1985)



 

13 février 2008

Poème du jour : 13 février 2008 - Syracuse (Bernard Dimey)

Dimey_silhouetteRevoici donc  Bernard Dimey (biographie et textes dans la catégorie à gauche sur ce blog). On en parle aujourd'hui à la radio, malgré la grève, et son nom apparaîtra (peut-être) demain dans les journaux.
Si on mentionne ici ou là Bernard Dimey  c'est indirectement, bien entendu, avec la disparition d'Henri Salvador, interprète de Syracuse. Henri Salvador à qui on attribue parfois la paternité des paroles de la chanson, lui qui a seulement, mais joliment mis ce texte en musique, en 1962.

Syracuse ouvre le recueil "Le milieu de la nuit" (éditions Christian Pirot, 1991), 15 €.
Qu'est-ce que vous attendez pour rencontrer Bernard Dimey ,
avant qu'il ne reparte dans les archives ?

Syracuse

J'aimerais tant voir Syracuse
L'île de Pâques et Kairouan
Et les grands oiseaux qui s'amusent
À glisser l'aile sous le vent.

Voir les jardins de Babylone
Et le palais du Grand Lama
Rêver des amants de Vérone
Au sommet du Fuji-Yama.

Voir le pays du matin calme,
Aller pêcher le cormoran
Et m'enivrer de vin de palme
En écoutant chanter le vent ...

Avant que ma jeunesse s'use
Et que mes printemps soient partis
J'aimerais tant voir Syracuse
Pour m'en souvenir à Paris.

Bernard Dimey ("Le milieu de la nuit" - Éditions Christian Pirot, 1991)

La ponctuation du recueil, utilisée ici, est différente de celle qu'on peut trouver pour le texte de la chanson
texte rangé également dans la catégorie BERNARD DIMEY - poète, et pourquoi pas ?



4 mars 2007

Poésies et chansons de printemps ........................

arbre_printemps_champ_Droc
Premier sourire du printemps dans le Vexin en fin d'après-midi. Photo Lieucommun.

Voici le printemps, pour les poètes, c'est-à-dire pour tout le monde.
On peut déjà commencer avec un Premier sourire, de Théophile Gautier :

... " Mars qui rit malgré les averses
Prépare en secret le printemps " ...

---------------  SOMMAIRE PRINTEMPS (cliquer sur le n° de page) -----------------
les textes figurent sous le SOMMAIRE,  en plusieurs pages

page 1 (vous y êtes, déroulez la page)

  • Marc Alyn : Un printemps tout neuf
  • Auguste Angellier : Le printemps
  • Albert Arzenwiler : Petit printemps
  • Jean-Antoine de Baïf : Du printemps
  • Théodore de Banville : Le Printemps
  • Rémy Belleau : Avril
  • Paul Bergèse : À l’aube du printemps
  • Luc Bérimont : La nuit d'aube

page 2 (cliquer pour accès direct)

  • Aloysius Bertrand : Encore un printemps
  • Jacques Brenner : Chanson
  • Jean-Claude Brinette : La noce des oiseaux
  • René-Guy Cadou : Avant-printemps
  • Robert Calmels : Avril - Le papillon
  • Francis Carco : Printemps
  • Maurice Carême : Mars - Avril - Le printemps reviendra - À la rencontre du printemps - Le muguet
  • Anne-Marie Chapouton : Printemps
  • François-René de Chateaubriand : Nuit de printemps
  • Anne-Marie Chapouton : Printemps
  • André Chénier : Épigramme

page 3 (cliquer)

  • Charles Cros : Les quatre saisons, le printemps
  • Lucie Delarue-Mardrus : Joie du printemps
  • Philippe Desportes : Le printemps gracieux
  • Mohammed Dib : Printemps
  • Paul Éluard : Printemps
  • Maurice Fombeure : C'est le joli printemps
  • Théophile Gautier : Premier sourire du printemps - Au printemps
  • Paul Géraldy : Bonjour
  • Émile Goudeau : Pour hâter le retour du Printemps
  • Victor Hugo : Printemps - Puisque mai tout en fleurs dans les prés nous réclame - Spectacle rassurant - L'hirondelle au printemps 

page 4 (cliquer)

  • Alphonse de Lamartine : Le moulin au printemps
  • Philéas Lebesgue : Pâquerette
  • Pierre Menanteau : Renouveau
  • Gérard de Nerval : Avril
  • Charles d'Orléans : Le Printemps - Montrez bien, Printemps gracieux - Ballade du premier jour de mai
  • Henri Pourrat : Au royaume du vert
  • Jacques Prévert : Grand bal du printemps
  • Pierre Reverdy  : Sur un petit air
  • Raymond Richard  : Printemps -  Giboulées
  • Pierre de Ronsard  : Le printemps

page 5 (cliquer)

  • Jean-Antoine Roucher : Mars
  • Claude Roy : Le Printemps
  • Albert Samain : La dame de printemps
  • Georges Schehadé : Le jardin se chausse de persil
  • René-François Sully Prudhomme : Printemps oublié
  • Émile Verhaeren : Charmant printemps - Le printemps jeune et bénévole
  • Paul Verlaine : Green - Impression de printemps

chansons

  • Jacques Brel : Au printemps
  • Jean Ferrat  : Au printemps de quoi rêvais-tu ?
  • Léo Ferré : C'est l'printemps

page 6 (cliquer)

  • IAM : Revoir un printemps
  • Félix Leclerc : L'hymne au printemps

----------------------------------------------------------------------


14 février 2008

Poème du jour : 27 février 2008 - Messaour Boulanouar : Préface

arbre_de_f_vrier< Vexin - février 2007 (photo lieucommun)
Messaour Boulanouar est un poète algérien de langue française né en 1933. On le retrouvera sur ce blog avec d'autres poètes algériens dans la catégorie mise à jour PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde).

et c'est, pour le mois de février, ce poème qui fermera l'hiver, puisqu'il "donne la lumière" :

" J'écris pour tous ceux qui ont pu sauver
de l'ombre et du commun naufrage
un coin secret pour leur étoile " ...

Préface (extrait)

J'écris pour que la vie soit respectée par tous
je donne ma lumière à ceux que l'ombre étouffe
ceux qui vaincront la honte et la vermine
j'écris pour l'homme en peine l'homme aveugle
l'homme fermé par la tristesse
l'homme fermé à la splendeur du jour
J'écris pour vous ouvrir à la douceur de vivre
J'écris pour tous ceux qui ont pu sauver
de l'ombre et du commun naufrage
un coin secret pour leur étoile ...
J'écris pour apaiser mon sang
mon sang violent et dur et lourd de siècles tristes
J'écris pour partager ma joie
avec ceux qui m'écoutent
J'écris pour être heureux pour être libre ...
J'écris pour qu'on respecte
l'arbre qui monte
le blé qui pousse
l'herbe au désert
l'espoir des hommes ...

Messaour Boulanouar ("La Meilleure force" - Éditions du Scorpion, 1963)


4 janvier 2007

Poème du jour : 4 janvier 2008 - Le petit bois - Jules Supervielle


livre_lac_endormi_Supervielle
Voici le poème de Jules Supervielle (1884-1960) que Daniel Prévost a offert ce matin du 4 janvier 2008 (oui, 2008, ce message est déclassé en 2007 pour le rangement) aux auditeurs de l'émission "Le fou du roi", sur France-Inter.
Pour l'écouter, téléchargez (podcast) ICI l'émission sur le site de Radio France (c'est possible pendant 7 jours).

On retrouvera ce texte dans la recueil "1939-1945", paru en 1945 dans la collection Blanche de Gallimard, et en 1996 dans les "Oeuvres Poétiques complètes (La Pléiade). Plus simplement dans  "Le lac endormi et autres poèmes" de  Jules Supervielle,  illustré par Charlotte Labaronne (Gallimard jeunesse / Enfance en poésie). 6,30 € en librairie

Le petit bois

J’étais un petit bois de France
Avec douze rouges furets,

Mais je n’ai jamais eu de chance
Ah ! que m’est-il donc arrivé ?

Je crains fort de n’être plus rien
Qu’un souvenir, une peinture
Ou le restant d’une aventure,
Un parfum, je ne sais pas bien.

Ne suis-je plus qu’en la mémoire
De quelque folle ou bien d’enfants,
Ils vous diraient mieux mon histoire
Que je ne fais en ce moment.

Mais où sont-ils donc sur la terre
Pour que vous les interrogiez,
Eux qui savent que je dis vrai
Et jamais je ne désespère.

Mon Dieu comme c’est difficile
D’être un petit bois disparu
Quand on avait tant de racines. (1)
Comment faire pour n’être plus ?

Jules Supervielle ("1939-1945" - Collection Blanche, éditions Gallimard, 1945)  (1) En l'absence de ponctuation à la fin de ce vers, un point  a été ajouté par le blog. C'est évidemment discutable !


1 août 2007

L'hiver d'Hermin Dubus

livre_Dubus



Hermin Dubus est un auteur de poésies, de saynètes et de chansons pour les enfants (L'école en fête - 1927 ; Les Chansons du Dr Tant-Mieux - 1932 ; Des Féeries et des Saynètes - 1933), et de manuels scolaires (image).

<< Le mignon poème ci-dessous est tiré du manuel scolaire des années 30 Le Livre de la Joie, Premier livre de lecture courante, Cours préparatoire, Classes enfantines.



La neige papillonne

La blanche neige papillonne
Et fleurit les branches de houx.
Elle se joue et tourbillonne
En nous frôlant tout doux, tout doux.

La blanche neige papillonne
Et, voletant sur les toits roux,
Vient mettre une coiffe mignonne
Aux vieilles maisons de chez nous.

Hermin Dubus ("Le Livre de la Joie" - Bibliothèque d'éducation, 1931)

29 avril 2007

Océanie - Australie - poètes contemporains

L'Australie, plus grand pays et plus grande île du continent océanien, est d'abord le territoire des aborigènes, ceux d'hier et ceux d'aujourd'hui.
On trouvera ici : http://www.webmomes.com/pages/monde/australie.htm
des pistes pour une meilleure connaissance de ce peuple et de sa culture, avec des idées pour la création artistique, et des liens vers d'autres cultures encore.
Autre adresse, pour une explication sur la symbolique des peintures aborigènes :
http://nezumi.dumousseau.free.fr/austrar2.htm#symb


David Rowbotham, poète australien de langue anglaise, est né en 1924.livre_David_Rowbotham_Australie
Voici le début d'un de ses poèmes, publié dans le recueil The Penguin Book of Australian Verse, et traduit par Bernard Lorraine pour son anthologie "Un poème, un pays, un enfant" (Le cherche midi, 2002).

"I live with death, as with a star."
Je vis avec la mort, comme avec une étoile

Message du premier homme perdu dans l'espace (extrait)

Aimez la Terre ! Il faut
prendre soin davantage
de ce cadeau,
votre héritage.

Ma fusée ? quelle idée
la dirige, et jusqu'où ?
Qui l'a guidée
si loin de vous ?

J'ai dépassé l'abîme
hors de portée des yeux,
et l'origine
même des dieux.
...
David Rowbotham ("The Penguin Book of Australian Verse" - Harry Eseltine édit, 1972)


11 décembre 2007

L'hiver des poètes

 sens_interdit_sourire_et_tristeLes textes publiés n'ont pas tous fait l'objet d'une demande d' autorisation.
  Les ayants droit peuvent nous en demander le retrait. 

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arbre_d_hiver_en_feu< Photo Lieucommun, le Vexin se prépare à l'hiver 
La neige
Regardez la neige qui danse
Derrière le carreau fermé.
Qui là-haut peut bien s'amuser
A déchirer le ciel immense
En petits morceaux de papier ?

Pernette Chaponnière


voir aussi : HAÏKUS - poésies des saisons

<< Autres poésies pour la classe dans les catégories en MAJUSCULES à gauche.
 
Ne pas tenir compte des dates des messages, des textes sont ajoutés régulièrement.  


5 mai 2007

Printemps des poètes 2008 : Éloge de l'autre

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dess_V_enfantPhoto Lieucommun
Le thème proposé cette année est décliné en trois mots : carrefours, croisements, métissages ; avec en exergue ce passage d'un poème d'Andrée Chedid, romancière et poétesse française née au Liban en 1920 :
"Toi / Qui que tu sois / Je te suis bien plus proche qu'étranger".
L'autre, les autres, la différence, l'ouverture au monde, les échanges et la fraternité.

"L'Éloge de l'autre" réunit ci-dessous des textes de poètes de langue française * sur le thème de "l'autre", pris dans un sens très large.
*Auteurs francophones de France, Belgique (provisoirement), etc ... Les auteurs de langue française appartenant à d'autres cultures (langues régionales, territoires et départements d'Outre-Mer, Afrique ...) sont rangés dans  PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (Monde)
Le blog ne permettant pas de créer des sous-catégories, les textes sont présentés ci-dessous dans l'ordre alphabétique des auteurs, en jouant sur les dates des messages et les niveaux de difficulté ne sont pas différenciés.


1 mai 2007

Printemps des Poètes 2008 - "Éloge de l'autre"

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dess_V_enfantPhoto Lieucommun
Le thème proposé cette année est décliné en trois mots : carrefours, croisements, métissages ; avec en exergue ce passage d'un poème d'Andrée Chedid, romancière et poétesse française née au Liban en 1920 :
"Toi / Qui que tu sois / Je te suis bien plus proche qu'étranger".
L'autre, les autres, la différence, l'ouverture au monde, les échanges et la fraternité.

"L'Éloge de l'autre" réunit ci-dessous des textes traduits en français de poètes de langue étrangère * sur le thème de "l'autre", pris dans un sens très large.
*Auteurs de langues étrangères, avec parfois des textes écrits en français et en langue locale.
Les auteurs de langue et de culture française (et belge francophone provisoirement) sont rangés dans 
PRINT POÈTES 2008 : L'AUTRE (France - Belgique) 
Le blog ne permettant pas de créer des sous-catégories, les textes sont présentés ci-dessous dans l'ordre alphabétique des auteurs, en jouant sur les dates des messages et les niveaux de difficulté ne sont pas différenciés.


1 octobre 2007

L'automne d'Anna de Noailles

Noailles_Cocteau2Anna de Noailles (1876-1933), appelée  à juste titre :-) Comtesse de Noailles, est une écrivaine et une poétesse, au féminin total, romantique et passionnée.

... "Je me suis appuyée à la beauté du Monde
Et j'ai tenu l'odeur des saisons dans mes mains" ...

[extrait du poème L'offrande à la Nature, recueil "Le Cœur innombrable"].

Les deux textes suivants se trouvent dans Le Cœur innombrable, son premier recueil, publié en 1901.
(ci-contre, dessin de Jean Cocteau dans "La Comtesse de Noailles, oui et non"-1963)

Automne

Voici venu le froid radieux de septembre :
Le vent voudrait entrer et jouer dans les chambres ;
Mais la maison a l'air sévère, ce matin.
Et le laisse dehors qui sanglote au jardin,

Comme toutes les voix de l'été se sont tues !
Pourquoi ne met-on pas de mantes aux statues !
Tout est transi, tout tremble et tout a peur ; je crois
Que la bise grelotte et que l'eau même a froid.

Les feuilles dans le vent courent comme des folles ;
Elle voudraient aller où les oiseaux s'envolent,
Mais le vent les reprend et barre leur chemin :
Elles iront mourir sur les étangs, demain.

Le silence est léger et calme ; par minute,
Le vent passe au travers comme un joueur de flûte,
Et puis tout redevient encor silencieux,
Et l'Amour, qui jouait sous la bonté des cieux,

S'en revient pour chauffer, devant le feu qui flambe,
Ses mains pleines de froid et frileuses jambes,
Et le vieille maison qu'il va transfigurer,
Tressaille et s'attendrit de le sentir entrer.

Anna de Noailles ("Le Cœur innombrable")


Les saisons et l'amour

Le gazon soleilleux est plein
De campanules violettes,
Le jour las et brûlé halette
Et pend aux ailes des moulins.

La nature, comme une abeille,
Est lourde de miel et d'odeur,
Le vent se berce dans les fleurs
Et tout l'été luisant sommeille.

Ô gaieté claire du matin
Où l'âme, simple dans sa course,
Est dansante comme une source
Qu'ombragent des brins de plantain !

De lumineuses araignées
Glissent au long d'un fil vermeil,
Le coeur dévide du soleil
Dans la chaleur d'ombre baignée.

Ivresse des midis profonds,
Coteaux roux où grimpent des chèvres,
Vertige d'appuyer les lèvres
Au vent qui vient de l'horizon ;

Chaumières debout dans l'espace
Au milieu des seigles ployés,
Ayant des plants de groseilliers
Devant la porte large et basse ...

Soirs lourds où l'air est assoupi,
Où la moisson pleine est penchante,
Où l'âme, chaude et désirante,
Est lasse comme les épis.

Plaisir des aubes de l'automne,
Où, bondissant d'élans naïfs,
Le coeur est comme un buisson vif
Dont toutes les feuilles frissonnent !

Nuits molles de désirs humains,
Corps qui pliez comme des saules,
Mains qui s'attachent aux épaules,
Yeux qui pleurent au creux des mains.

Ô rêves des saisons heureuses,
Temps où la lune et le soleil
Écument en rayons vermeils
Au bord des âmes amoureuses ...

Anna de Noailles ("Le Cœur innombrable")


22 septembre 2007

La chanson du jour

portail_rouill_
Portail rouillé dans le Vexin (avril 2007, mais le temps s'y est arrêté ...) - Photo Lieucommun
L'automne... La date de l'équinoxe d'automne tombe suivant les années, le 21, le 22 ou le 23 septembre.
Georges Brassens a mis une ironie amère dans ce texte (qu'on trouvera intégralement un jour sur le blog).
Le dernier vers  :

... et c'est triste de n'être plus triste sans vous.

Le vingt-deux
* septembre

Un vingt-deux* septembre au diable vous partîtes,
Et, depuis, chaque année, à la date susdite,
Je mouillais mon mouchoir en souvenir de vous ;
Or, nous y revoilà, mais je reste de pierre,
Plus une seule larme à me mettre aux paupières :
Le vingt-deux* septembre, aujourd'hui, je m'en fous.

On ne reverra plus au temps des feuilles mortes,
Cette âme en peine qui me ressemble et qui porte
Le deuil de chaque feuille en souvenir de vous ;
Que le brave Prévert et ses escargots veuillent
Bien se passer de moi pour enterrer les feuilles :
Le vingt-deux* septembre, aujourd'hui, je m'en fous.
[...]
Et c'est triste de n'être plus triste sans vous.

* prononcer "vingt-te-deux".

Georges Brassens - voir des textes d'auteurs dans  la catégorie BRASSENS chante les poètes


1 octobre 2007

L'automne de Luce Fillol

Luce Fillol est née en 1918. Poète et romancière pour la jeunesse, "Le 47 bis de la rue des trembles" (son premier roman), et "Prune" (Édit Flammarion collection Castor Poche), sont ses oeuvres les plus connues.

Feuille rousse, feuille follelivre_musi_misou

Feuille rousse, feuille folle
Tourne, tourne, tourne et vole !
Tu voltiges au vent léger
Comme un oiseau apeuré.
Feuille rousse, feuille folle !
Sur le chemin de l’école,
J’ai rempli tout mon panier
Des jolies feuilles du sentier.
Feuille rousse, feuille folle !
Dans le vent qui vole, vole,
J’ai cueilli pour mon cahier la feuille qui dansait.

Luce Fillol (dans "Musi-Musou raconte" - éditions Magnard, 1969)


7 octobre 2007

CHANSONS pour la classe

colchiquesColchiques dans les prés, fleurissent, fleurissent
Colchiques dans les prés, c'est la fin de l'été ...

Partez "en vacances dans la Lune" avec Alain Schneider ou en forêt "avec les copains" d'Henri Dès.
Voir la catégorie CHANSONS pour la classe
[messages antidatés pour le rangement]

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