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1 novembre 2009

Joquel, Khoury-Ghata - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Patrick Joquel -

Patrick Joquel, né en 1959, est un romancier pour la jeunesse et poète contemporain, qui dit lui-même porter plusieurs casquettes :
"... Casquette d’Auteur : poèmes, romans, albums, pédagogie de la poésie, anthologies poétiques... Casquette d’Enseignant : professeur des écoles dans les Alpes Maritimes, actuellement sur un poste itinérant... Casquette de randonneur : arpenteur des hauts sentiers du Mercantour ou d’ailleurs... Casquette de Petit Critique : j’aime croquer en quelques lignes mes lectures ... "(source : http://lignesdecritures.org/-Patrick-Joquel-.html)
Deux recueils de poésies parmi d'autres recueils :
Le classique "Que sais tu des rêves du lézard" (éditions Magnard, 2004), et une nouveauté : "Un bleu formidable" (Editions le Chat qui tousse), en 2011, qui rassemble des haïkus, illustrés de Johan Troïanowski.
On citera aussi un outil, guide pédagogique pratique : "Poésie maternelle" (Magnard, 2007) sans oublier "Poésie Cycles 2 et 3", (Magnard, 2001).
Et puis un site, le sien, pour faire plus ample connaissance avec cet auteur multiforme : http://www.patrick-joquel.com/

  • Sur le site de Patrick Joquel, les trois premières strophes d'un poème sans titre, tirés du recueil "Croquer l'orange", aux éditions Pluie d'étoiles (2008), et toujours illustré par Johan Troïanowski

Croquer l'orange (titre proposé - c'est celui du recueil)

1

À bord de ton croissant

tu as croqué l’orange

Un lent soleil couchant

Tu es doux comme un ange

Tu as dix doigts plumes

Tu caresses les nuages

les comètes

les orages

Tout ce qui s’allume

quand s’obscurcit la planète

2

Avec sa pelle en plastique

elle prend du sable

et le lance

loin dans la mer

Très loin

Un peu plus tard

elle remplit le seau d’eau

puis le vide

sur la plage

Tu le sais

tu en as fait autant

si loin que tu ne t’en souviens plus

Une autre vie

Aujourd’hui

tu n’as plus ni seau ni pelle

mais tu regardes encore la mer

3

Tu vis

sur un filin d’écume

Funambule

aux muscles salés

tu déambules

Ton corps sablé

croque à tous les bleus

(...)

Patrick Joquel ("Croquer l'orange" - Pluie d'étoiles - 2008)

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Le nénuphar 
(titre proposé)

Le nénuphar
Quelle histoire
A dit Grellule
A Libenouille
Le nénuvers
Flotte à l’emphar

Patrick Joquel

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J'aime le rouge (titre proposé)
 
" J'aime le rouge"
chuchote la fraise à la cerise.
" J'aime le rouge"
dit la cerise à la framboise.
"Moi aussi mais avec du noir"
 répond la coccinelle.
 "Le noir éclaire un peu plus les mystères"
murmure en s'envolant un zygène.*

* le zygène est un insecte, un papillon lde nuit, dont il existe en France de nombreuses espèces, amateurs exclusifs de différentes plantes

 

Patrick Joquel

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des passages d'un long poème, où à l'occasion d'une balade pédestre, "un peu de notre enfance surgit en nous" :

Cinqueterre, un territoire signé des hommes (extraits - titre proposé)

(...)

On arpente un territoire abrupt
 
De la ligne de crête à celle du ressac
la terre
vieille peau rêche
s’est plissée
 
Les torrents
comme autant de traits d’union balafrent les pentes
on regarde avec effroi les traces de leurs morsures
on imagine leur furie
 
C’est pourtant là
sur les lèvres de ces oueds que des hommes ont niché des villages dont la rue principale se jette à la mer
 
Aux heures où le travail se désaltère en terrasse
un verre de blanc à la main
le regard se perd dans les mouvants horizons bleus qu’un cargo parfois souligne
et
reposées devant les portes colorées des maisons les barques voient fleurir sur leur bois peint le sel oublié de la dernière pêche
 
Comment choisit-on d’habiter l’inhabitable et pourquoi
?
 
La question reste en suspens tandis qu’on marche entre ciel et mer et d’un clocher à l’autre sur ces adrets sculptés au burin des restanques
 
La vigne bourgeonne un léger vert
sous les oliviers le paysan vient de rouler ses filets
 
On arpente ici un territoire signé des hommes
 
*
L’agave cloue le sentier à la falaise
 
Debout
on voudrait nous aussi écarter les bras
s’élever
s’envoler
tellement fort tellement léger
comme on aimerait
 
On avance ainsi chaussé de loisirs sur ces sentiers rocailleux cherchant à surprendre une ombre
 
On vient ici comme en échappée
portable éteint
 
On se repose en marchant
 
Que vient-on chercher au juste ?
 
Sur ces chemins aussi caillouteux que leurs passés on s’en va tout gonflé de silence et nos pas rebondissement d’un mot à l’autre
 
Ici vont des chemins de labeur
de femmes chargées de foin
de paniers d’olives
de hottes de vendanges
 
Ces chemins dallés aux murs fleuris nous emmènent
chemins usés par les sabots
le pied glisse
 
Et la mer
toujours
suspendue aux branches
comme pour mieux river les hommes à leurs jardins ou bien pour tenter d’en attirer quelques uns
au large
 
Hommes de terres
Hommes de vents
 
*
Le vent écume un goéland
son cri arrache un lambeau de chair au silence
il dessale un vieux paysage
 
Ressac
écume
un peu de notre enfance surgit en nous
silence et nostalgie apaisent des douleurs de vieux genoux
on joue avec la vague à mouiller deux doigts de pieds
on glane
coquilles vides
bouts de verre
petits cailloux polis
 
On oublie la rumeur de la route
le cri du train
on se nettoie les yeux de ses bureaux
de ses écrans
de ses graphiques
nul ne peut indexer aux cours des bourses internationales
nos émotions
 
Tant de beauté pour une coquille
 
On se laisse juste prendre
on se dit que ces couleurs roulées
là
sur la grève
avec leurs bruits d’horloge
sont intemporelles
 
Chaque vague a sa lumière
sa courbe
son fracas
son soupir

(...)

printemps 2003 entre Rio Maggiore et Sestri Levante ;
et bien sûr à mon balcon de Mouans Sartoux.(PJ)

Patrick Joquel (revue blog "Le Capital des mots" décembre 2007) - source : http://www.le-capital-des-mots.fr/

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Il pleut sur la ville (titre proposé)
 
Il pleut sur la ville

des mots que je n'aime pas

Je les jette au caniveau

l'eau les dissout

Un mérou les fumera

dans sa pipe

un soir au fond

de sa grotte marine

Il pleut sur la ville

      des mots

que je n'aime pas

Patrick Joquel

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Que sais-tu des rêves du lézard ?(titre proposé)livre_r_ves_l_zard

Tu ne regardes pas
la couleur des autos
tu choisis de compter
les fleurs du potager d'en face

Tu n'écoutes pas
le bavardage des moteurs
tu préfères chercher
le petit lézard du balcon
celui que le citronnier a couvé
tout l'hiver
dans son pot

Patrick Joquel ("Que sais-tu des rêves du lézard ?" - éditions Magnard , 2004)

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Un silencieux brochet (titre proposé)

Un beau soir de juillet
un silencieux brochet
de son métier lassé
raccrocha son dentier

Devenu non violent
il partit au Tibet
se nourrir de sorbet

A l'automne suivant
il revint en volant
pour ouvrir un glacier
sur un fond de graviers

Patrick Joquel ("Tant de secrets" - éditions Gros Textes, 2005)

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L'igloo (titre proposé)

Je vis caché

dans un trou
tout au fond
de mon igloo
J'attends
un peu de soleil
un petit
clin d'oeil
du ciel
Je guette
avec gourmandise
un amour
sur la banquise

Patrick Joquel ("Demain les hippocampes" - éditions Solos, 1998)

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Pas seul au monde (titre proposé)

Tu suis des yeux
la flèche rouge de ta boussole
Loin là-bas
au delà de la montagne
un éléphant de mer t'attend
Tu vois
tu n'es pas seul au monde

Patrick Joquel ("Le bruit d'un brin de bambou" - éditions Gros Textes, 1999-2003)

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Le soleil(titre proposé)

Ce matin
Dans le bol bleu du ciel
Le soleil trempe un dernier croissant
Puis
Sans se presser
Ouvre la terre
Et
Lit le journal
Des fleurs et des insectes

Patrick Joquel

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Question (titre proposé)

Tu m'expliques
Orion
Rigel et Bételgeuse
La dérive des continents
Le lent cheminement de l'homme
et la danse des atomes
Mais
tu ne me dis pas
où j'étais
avant de venir au monde

Patrick Joquel ("Perché sur ton planisphère" - éditions lo Païs, encres de Zaü)



- Vénus Khoury-Ghata -

Vénus Khoury-Ghata est une poète, journaliste (son premier métier) et romancière libanaise francophone, née en 1937 à Baabda, près de Beyrouth. Elle vit à Paris depuis 1972. Déjà lauréate du Prix Guillaume Apollinaire (pour "Les ombres et leurs cris" en 1979), du Prix Mallarmé ("Un faux-pas du soleil, 1982), du Prix Jules Supervielle ("Anthologie personnelle, 1997), du Grand prix de poésie de l’Académie française, du Grand prix Guillevic de poésie de Saint-Malo, et du Grand Prix de Poésie de la Société des Gens de Lettres pour l'ensemble de son œuvre, elle vient d'obtenir Le Prix Goncourt de la poésie 2011, également pour l'ensemble de son œuvre.

Quelques ouvrages parmi une quarantaine de titres :

  • romans : La Maestra (Actes Sud, 1996, prix Antigona) - Sept pierres pour la femme adultère, roman, Mercure de France, 2007 - La Maison aux orties, Actes Sud, 2006 - La fille qui marchait dans le désert (roman), Mercure de France, 2010 - Privilège des morts, roman, Balland, 2001 - Une maison au bord des larmes, roman, Balland, 1998, Babel 2005
  • poésie : À quoi sert la neige ?, poèmes pour enfants, Le Cherche Midi, 2009 - Les Obscurcis, Mercure de France, 2008 - Six poèmes nomades, avec Diane de Bournazel, Al Manar, 2005 - Compassion des pierres, La Différence, 2001 - Où vont les arbres, Mercure de France, 2011

"La langue française me tient lieu de pays"

Elle a écrit le poème À Yasmine pour sa fille. On en trouve deux versions, celle ci semble être le texte original, qu'on trouve dans l'ouvrage référencé, auquel a participé l'auteur ...

À Yasmine

Tu es mon point du jour
mon île colorée en bleu
ma clairière odorante

tu es ma neige volée
mon pétale unique
mon faune bricoleur

tu es ma robe de caresses
mon foulard de tendresse
ma ceinture de baisers

tes gestes moulin à vent
tes cils épis de blé
et le rire se pétrit dans la cuve de ta bouche
tu es mon pain joufflu
ma lisse
un nid

Vénus Khoury-Ghata - source de ce texte vérifié : le livre qui fait suite au Colloque de même titre, "Des femmes et de l'écriture: le bassin méditerranéen" - auteurs : Carmen Boustani, Edmond Jouve, Vénus Khoury-Ghata, éditions Khartala, 2006.

Voici la version modifiée, mais prudence, les deux textes sont en cours de vérification :

À Yasmine *

Tu es mon point du jour
mon île colorée en bleu
ma clairière odorante

Tu es ma neige volée
mon pétale unique
mon faune apprivoisé

Tu es ma robe de caresses
mon foulard de tendresse
ma ceinture de baisers

Tes cils épis de blé
Tes gestes moulin à vent
et l'on pétrit le rire
Dans la cuve de ta bouche

Tu es mon pain dodu
mon nid

Vénus Khoury-Ghata ("Qui parle au nom du jasmin ?", Les Editeurs Français Réunis, 1980, et dans "Anthologie personnelle " - Actes Sud, 1999)

* Yasmine Ghata, née en 1975, est aujourd'hui romancière  ("Muettes", roman, aux éditions Fayard en 2010 - "Le Târ de mon père" Fayard 2007 - "La nuit des Calligraphes, 2004).

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La Basse enfance (extrait)

Ne tournez pas les pages à l’envers
disait ma mère
les mots inversés ont le vertige
l’encre perturbée caille comme un mauvais lait

Les livres que nous feuilletions venaient de la forêt qui nous regardait lire du cri de l’écorce qui se prolongeait sous la peau des pages
Nous lisions dans l’obscurité d’août
quand le cosmos se débarrassait de son excédent d’étoiles

quand la nuit faute de marge se dilatait jusqu’à la nuit.

Vénus Khoury-Ghata ("Anthologie personnelle " - Actes Sud, 1999)

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Ma mère au tronc creux

Ma mère au tronc creux
Aux mains qui se ramifient dans la terre
Ma mère rapiéçait le feu

Mon père chargé de porter le silence
Était devenu pilier

Et la guerre lâchait ses chevaux à nos portes
La mer dans nos lits hennissait

Il y a pleins d'océans vides à louer ...

Vénus Khoury-Ghata

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Source des textes de Vénus Khoury-Ghata reproduits ci-dessous : http://www.printempsdespoetes.com/

La voie lactée ...

La voie lactée mène à l'école
Les enfants l'empruntent soir et matin
Les tabliers au passage frôlent une étoile dormante
Qui crie dans son sommeil
Et jette des étincelles
La Grande Ourse rêve d'une couette
La Petite Ourse rêve d'un jardin
Et de trèfles à quatre feuilles
Le temps est à la somnolence et à la paresse
L'instituteur dort en marchant
Les élèves sont en papier

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À quoi sert l'école ?

À enfermer entre les mêmes murs livres et enfants

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À chaque chose son temps et sa couleur

À chaque chose son temps et sa couleur
Dit le peintre
Et il ajoute une aile jaune à l'écureuil
Le cyprès qu'il peint en noir
Fait des grimaces derrière son dos
La vache est très contente
Elle aime le nuage rose dessiné sur son dos

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À quoi sert un nuage ?

À fondre en pluie dés qu'on l'essore de travers

Vénus Khoury-Ghata ("À quoi sert la neige" - Le cherche midi éditeur - Recueil sélectionné pour le prix poésie jeunesse 2010 Lire et Faire Lire)



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1 novembre 2009

Bergèse, Bérimont - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Paul Bergèse -

Bergèse, livre les poches pleinesPaul Bergèse, enseignant, conteur et poète contemporain, est l'auteur d'une trentaine de recueils de contes et de poésies pour la jeunesse, qu'on a trouvé nous (et ce n'est pas si commun), accessibles aux adultes. Il n'est pas interdit de faire un parallèle, par exemple, avec les galets armoricains de Guillevic, dans le recueil "Au gré des galets" (éd La Renarde rouge, avec des gravures de Titi Bergèse, 2006). En 2009, Paul Bergèse a obtenu le Prix des lecteurs Lire et faire Lire pour son recueil "Les poches pleines de mots".

Paul Bergèse pratique la "Lecture Rencontre" avec des élèves d'élémentaire ou de collège, dns la classe, à l'invitation des enseignants.

Voir ici ses coordonnées et quelques infos : http://charte.repertoire.free.fr/b/bergese.html

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"Comme le galet entre langue et palais le poème étanche la soif" - Paul Bergèse

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"Le silence de l’arbre
N’est pas mutisme,
Ce sont les hommes
Qui ne l’entendent plus".

Paul Bergèse

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Du même recueil, "Les poches pleines de mots", les poèmes ne portent pas de titre :

Un mot du cœur ...

Un mot du cœur
En équilibre sur l'oreille.
Un mot tout frais
Sur le bout du bout du nez.
Au bord des yeux
Comme des perles
Deux mots amis
Et des mots doux
Plein le cou.
Si tes poches
Sont pleines de billes
Moi mes poches
Sont pleines de mots.

Paul Bergèse ("Les poches pleines de mots" - Soc & foc, 2006)

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Sous le soleil ...

Sous le soleil
qui se lève
et s'étire à l'horizon,
je cueille une feuille d'érable
pour la confier
au vent d'amitié qui passe.
Si tu la trouves,
à ton réveil,
prends bien garde
de ne pas la froisser
et range-la avec douceur
entre deux pages de ton cœur.
Elle t'apporte le poème
que j'ai écrit,
rien que pour toi,
toute la nuit.

Paul Bergèse (""Les poches pleines de mots" - Soc & foc, 2006)

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As-tu trouvé le mot ...

As-tu trouvé le mot
d'un pays de lumière
dans le delta des sources?

As-tu trouvé le mot
éclat de vie d'enfant
dans l'arc-en-ciel des rêves?

As-tu trouvé le mot
qui cisèle un regard
dans la forêt des signes?

As-tu trouvé le mot
que transporte le vent
dans l'harmonie des sons ?

Toujours au seuil de l'écriture
les mots se lovent
dans les signes des sources,
Et, pour les débusquer,
tu dois fermer les yeux.

Et puis,
pour gommer les frontières,
pareille à la graine au vent,
la poésie,
comme un peu de soie,
comme un peu de soi
vers l'autre.

Paul Bergèse (""Les poches pleines de mots" - Soc & foc, 2006)



- Luc Bérimont -

Luc Bérimont (1915 -1983), poète et romancier, de son vrai nom André Leclercq, a été un poète engagé. Dans la Résistance pendant la deuxième guerre mondiale, dans ses écrits poétiques, et dans la défense et la promotion de la poésie et de la chanson nouvelles, à l'image du poète-éditeur Pierre Seghers, qu'il a côtoyé.
Il a animé des émissions de radio pour faire connaître chanteurs et poètes ("La Fine Fleur" sur France-Inter).
Des textes de  Luc Bérimont ont été chantés par Léo Ferré, Marc Ogeret
ou Pierre Bertin.. Dont un "Noël" magnifique et irrémédiablement désespéré, pas du tout pour les enfants celui-là !

Noël
 
"Madame à minuit, croyez-vous qu'on veille ?
Madame à minuit, croyez-vous qu'on rit ?
Le vent de l'hiver me corne aux oreilles
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.
...
J'avais des amours, des amis sans nombre
Des rires tressés au ciel de l'été,
Lors, me voici seul, tisonnant des ombres
Le charroi d'hiver a tout emporté"

...

On attend depuis 2000, date de parution du premier tome, la seconde partie de ses poésies complètes au Cherche midi Éditeur.  Qu'est-ce qu'ils attendent ?
Sa poésie est intense et passionnée ("Un feu vivant", à découvrir peut-être d'abord pour entrer dans son univers). Il a écrit des recueils de poésies pour les enfants, en particulier les Comptines pour les enfants d'ici et les canards sauvages (Librairie Saint-Germain-des-Prés, 1974).

"Les oiseaux et les enfants
Sont la craie du jour levant" ...
(le poème est plus bas)


On peut  retrouver de magnifiques textes de Luc Bérimont, et un intéressant éclairage sur l'auteur ici : http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/berimont/berimont.html

Quel mic-mac !

Cric et crac
Des ours dans mon parc
Flic et flac
La pluie sur un lac
Tic et tac
L’horloge est patraque
Flic et flac
Trois tours dans mon sac
Mic et mac
Voyez quel micmac !

Luc Bérimont ("Comptines pour les enfants d'ici et les canards sauvages" - Librairie Saint-Germain-des-Prés, 1974)

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Les points sur les i

Je te promets qu' il n' y aura pas d' i verts
Il y aura des i bleus
Des i blancs
Des i rouges
Des i violets, des i marron
Des i guanes, des i guanodons
Des i grecs et des i mages
Des i cônes, des i nattentions
Mais il n' y aura pas d' i verts

Luc Bérimont ("La poésie comme elle s'écrit" - textes réunis par Jacques Charpentreau - Editions Ouvrières 1979)

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Bientôt je n'aurai plus de voix

Bientôt je n'aurai plus de voix
Disait le voiturier
Bientôt je n'aurai plus de chats
Disait le châtaignier
Bientôt je n'aurai plus de rats
Disait le râtelier
Bientôt je n'aurai plus de poux
Disait le poulailler
Bientôt je n'aurai plus de rampe
Disait le rempailleur
Mais tous ceux qui ne disaient rien
Tous ceux-là n'en pensaient pas moins.

Luc Bérimont ("L'esprit d'enfance" - Enfance heureuse, Éditions Ouvrières et éditions de l'Atelier, 1980)

crayon lieucommun Les métiers (voir aussi le paragraphe Jacques Charpentreau)- proposition lieucommun

Un peu à la manière de Luc Bérimont, choisir un nom commun concret et expérimenter la transformation du mot en animal ou en métier, existant ou imaginaire (le mot qui le désigne sera un mot réel) en "er","ier", plus difficilement en "iste" ou en "eur"... puis imaginer un lien entre les deux, amusant si possible pour une mise en phrase.
exemple :
pseudo-métier : C'est pas une hirondelle, non, c'est moi qui fais le printemps,  se vantait le printanier
pseudo-métier ou arbre : J'en ai assez de payer des amendes pour les autres, protestait l'amandier
animal : Tout le temps des fourmis dans les pattes, ça gratte, se plaignait le fourmilier   

Ici des productions d'élèves en CE2 et CM1 : http://classe-godard-paulbert.com/po%E8mes.htm

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Les pâtés

J’ai fait des pâtés
pour vous épater :

Dans mon château
un pâté d’veau

Dans mon étable
un pâté d’sable

Dans ma campagne
un pâté d’âne

Dans ma province
un pâté d’prince

Dans mon Paris
un pâté d’riz

Dans ma cambuse
un pâté d’buse

Dans ma fermette
un pâté d’tête

Dans ma chaumière
un pâté d’pierres

Dans mon grenier
un pâté d’clés

Et dans ma cave
un pâté d’raves.

Ah ! les beaux pâtés tout chauds
À cuire avec des grelots.

Luc Bérimont ("Comptines pour les enfants d'ici et les canards sauvages" - Librairie Saint-Germain-des-Prés, 1974)

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Que faire ?

Que faire ?
dit la mère
à son petit enfant
qui est un éléphant.

Mais l'éléphant d'enfance
a du poil à sa trompe
et rit quand il se trompe.

On se console comme on peut
De ne pas être un oiseau bleu.

Luc Bérimont ("Comptines pour les enfants d'ici et les canards sauvages" - Librairie Saint-Germain-des-Prés, 1974)

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Conjugaison de l’oiseau

J’écris (à la pie)

J’écrivais (au geai)
J’écrivis (au courlis)
J’écrirai (au pluvier)
J’écrirais (au roitelet)
Écris ! (au sirli)
Que j’écrive (à la grive)
Que j’écrivisse (à l’ibis)
Écrivant (au bruant)
Écrit (au pipit)

Luc Bérimont ("La poésie comme elle s'écrit" - 
textes réunis par Jacques Charpentreau - Editions Ouvrières
1979)

crayon lieucommun Conjugaison ludique (textes lieucommun)

Exercice à expérimenter en utilisant les temps et les modes qui correspondent au niveau de la classe. Indicatif et impératif pour l'élémentaire sans doute.
Choisir une action,  la mettre en scène (amusante) dans une phrase simple, composée ou complexe (toujours suivant les compétences), au présent, avant de la décliner à d'autres temps en gardant la structure mais en modifiant certains des éléments qui la composent. Le sujet n'est pas forcément un pronom, ni la première personne du singulier, comme dans le texte de Luc Bérimont (trois des conjugaisons seulement, par nécessité, ne sont pas à la première personne).

Exemple, avec le verbe faire :

Je fais ce qu'il me plaît

Je fis des salsifis confits
Je faisais des salades décomposées
Je ferai des conserves de purée
Que je fasse une tarte à la mélasse
En faisant de la soupe d'éléphant
J'ai fait bouillir le café
Je fais ce qu'il me plaît 

(lieucommun)

Remarque : les verbes du 3e groupe et les verbes irréguliers sont plus intéressants que ceux du premier groupe, pour la diversité des rimes en terminaisons.

Voir aussi le paragraphe consacré à Alphonse Allais dans la catégorie "Printemps 2009 - L'humour des poètes"  et sa conjugaison au subjonctif non réglementaire.

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Fête aux fous

Fête aux fous
Dis-moi tout

Fête aux sages
Dis ton âge

Fête aux chiens
Ne dis rien

La fête est chez les cigales
Ça prend feu sous les étoiles.

Luc Bérimont (publié initialement dans la revue Poésie 1, n° 28-29 de mai-juin 1973 :  "L'enfant et la poésie")

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Haut les mains

Haut les mains
Peau d'lapin

Haut les bras
Peau d'pacha

Haut les pieds
Peau d'soulier

Haut les têtes
Peau d'ancêtre

Haut les yeux
Peau d'heureux

Haut les cœurs
Peau d'menteur

Haut les dents
Peau d'serpent

Haut les cuisses
Peau d'iris

Haut les cous
Peau d'filou

Haut les nez
Peau d'osier

La peau du marchand de peaux
Je la vends contre un bon mot.

Luc Bérimont (publié initialement dans la revue Poésie 1, n° 28-29 de mai-juin 1973 :  "L'enfant et la poésie")

crayon lieucommun Une fiche pédagogique pour jouer avec les rimes à l'image de ce poème, ici :
http://membres.lycos.fr/bareiv/tiens/peda/fiche111.htm

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Je donne pour Paris

Je donne pour Paris
Un peu tabac gris

Je donne pour Bruxelles
Un morceau de ficelle

Je donne pour London
Un paquet d'amidon

Je donne pour Genève
Une poignée de fèves

Je donne pour Tokyo
Un guidon de vélo

Je donne pour Moscou
Un petit sapajou

Je donne pour Madrid
Un envol de perdrix

Je donne à Copenhague
La mer et ses vagues

Je donne à Washington
Tontaine et puis tonton

Luc Bérimont ("Comptines pour les enfants d'ici et les canards sauvages" - Librairie Saint-Germain-des-Prés, 1974)

crayon lieucommunUn texte créé par des enfants à partir de ce poème, sur le site intéressant du "Réveil"  :
http://www.lereveil.info/article-2113790-6.html

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Il va pleuvoir

Il va pleuvoir

Les marronniers sont noirs.

S'il tombe de l'eau, bernique
Je pars pour la Martinique.

S'il tombe du vin, c'est bien
J'en remplis un cruchon plein.

S'il arrive de la grêle
C'est tant pis pour nos ombrelles

Mais s'il tombe de la neige ?
S'il en tombe, alors, que fais-je ?…

Luc Bérimont ("Comptines pour les enfants d'ici et les canards sauvages" - Librairie Saint-Germain-des-Prés, 1974)

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Pomme et poire

Pomme et poire
Dans l'armoire

Fraise et noix
Dans les bois

Sucre et pain
Dans ma main

Plume et colle
Dans l'école

Et le faiseur de bêtises
Bien au chaud dans ma chemise.

Luc Bérimont (publié initialement dans la revue Poésie 1, n° 28-29 de mai-juin 1973 :  "L'enfant et la poésie" et dans "Comptines pour les enfants d'ici et les canards sauvages" - Librairie Saint-Germain-des-Prés, 1974)

crayon lieucommun Des exemples de création poétique en CP à partir de ce poème ici :
http://ecl.ac-orleans-tours.fr/ec-emile-zola-mainvilliers/ecole/langue/poesie/divpoesie.htm

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J'ai geigné la pirafe

J'ai geigné la pirafelivre_B_rimont_enfance_couv
J'ai cattu la bampagne
J'ai pordu la moussière
J'ai tarcouru la perre
J'ai mourru les contagnes
J'ai esité l'Vispagne
Barcouru la Pretagne
J'ai lo mon vieux vépris
Je suis allit au lé
J'égué bien fatitais

Luc Bérimont ("L'esprit d'enfance" - Enfance heureuse, Éditions Ouvrières et éditions de l'Atelier, 1980)

crayon lieucommun Deux idées pour la création poétique (proposition lieucommun) :

Il ne s'agit pas dans le texte ci-dessus, de contrepéteries à proprement parler (cela dit sans astuce), puisque, sauf exception, les échanges de consonnes ou de voyelles ne créent pas de sens. Voyez ici deux exemples de création poétique  à partir de ce poème :
http://www.ac-nancy-metz.fr/petitspoetes/HTML/SALLESDEJEUX/JEUALAMANIERE/JEUALAMALETTR.html

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Emploi du temps

A onze heures
Chez l’Ambassadeur
A midi
Rue Garibaldi
A une heure
Aller voir ma sœur
A deux heures
Bloquer l’ascenseur
A trois heures
Chez mon directeur
A quatre heures
Je mange des p’tits-beurre
A cinq heures
Je change de secteur
A six heures
Envoyer des fleurs
A sept heures
Je file en douceur
A huit heures
Je consulte l’heure
Que faire à vingt et une heure* ?

Luc Bérimont ("Comptines pour les enfants d'ici et les canards sauvages" - Librairie Saint-Germain-des-Prés, 1974)

(* Note pour les enfants : l'heure ne s'écrit au pluriel que quand il s'agit de l'heure exacte).
On trouve ce poème ailleurs trans (dé)formé. Alors que l'auteur utilisait la numérotation de l'heure de son époque, sur douze heures, on y voit le "quatre heures" de l'après-midi , symbole du goûter, modernisé en"quatorze heures",  etc ! scandaleux !

crayon lieucommunInventer un emploi du temps (textes lieucommun)

L'emploi du temps de la journée, de la semaine, le calendrier des mois, celui des saisons, sont des grilles solides pour construire un poème en renforçant les connaissances lexicales et le repérage temporel, non ?

Exemple pour une petite classe, avec des repères supposés réels mais des situations fantaisistes :

À huit heures je déjeune de six tartines de beurre
À huit heures et demie, à l'école en bigoudis
À dix heures à la récré,  danse avec un chimpanzé
À  midi à la cantine, je n'avale que des sardines
À
quatre heures et demie *,  flûte !  l'école est finie !  *  À seize heures trente, finie l'école, je rentre !
(lieucommun)

  • Variante : On pourrait imaginer avec un découpage similaire un itinéraire local, de la maison à l'école, ou plus généralement un trajet habituel, marqué de plusieurs étapes réelles ou imaginaires, associées à des actions.

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La clé des temps

La clé des temps
La clé des vents
La clé des champs
La clé des gens
La clé des songes
Et des éponges
La clé des clés
Le serrurier
En fait assez
Qui vont sur toutes les serrures

N'enfermez pas les confitures.

Luc Bérimont ("Le besoin d'exprimer" dans "L'esprit d'enfance" - Enfance heureuse, Éditions Ouvrières et éditions de l'Atelier, 1980)

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Comptine de la Diane champêtre

Les oiseaux et les enfants
Sont la braise du levant
Dès le premier rayon blanc
Qui filtre au bas de la nuit
Ils prennent feu dans leurs rires
Craquent comme l'incendie
Comme le bois vert qui cuit,
Ils avivent les feuillages
Dans les têtes de passage
Font tanguer les bons usages
Sous l'ombrage indifférent.

Les oiseaux et les enfants
S'enflamment comme le vent
Chantent dans les corridors
De la forêt de la mort ;
Ils s'entendent à merveille
Dans les rébus du sommeil
Ou détressent fil à fil
Un visage et son profil
Les moulins d'ainsi soit-il.

Les oiseaux et les enfants
Sont la craie du jour levant
Ils écrivent, crivent, crivent
Crivent, crivent en crissant
L'histoire de tous les temps
Qui se répète aujourd'hui
Sans plus de valeur qu'hier
Mais qu'il faut toujours refaire
Si l'on veut devenir grand.

 

Luc Bérimont ("Lherbe à Tonnerre" - Editions Seghers, 1958)



2 novembre 2009

Sommaire - PP12 - ENFANCES - TRADUCTIONS

- - - - SOMMAIRE - - - -

(choisir le texte et cliquer sur le n° de page)

crayon lieucommun<< ce logo signale des propositions de création poétique liées aux textes d'auteurs

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> textes traduits de l'anglais

  • comptines, chansonnettes - en anglais
    auteurs - en anglais
1 novembre 2009

Éluard, Ferré, Fombeure- PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Paul Éluard -

Paul Éluard (1895-1952) est l'un des plus importants poètes du Mouvement surréaliste. Il a aussi participé au mouvement Dada.

Sur la maison du rire

Sur la maison du rire
Un oiseau rit dans ses ailes,
Le monde est si léger
Qu'il n'est plus à sa place
Et si gai
Qu'il ne lui manque rien.

Paul Éluard

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Dans Paris

Dans Paris il y a une rue;
Dans cette rue il y a une maison;
Dans cette maison il y a un escalier;
Dans cet escalier il y a une chambre;
Dans cette chambre il y a une table;livre_Eluard_dans_paris
Sur cette table il y a un tapis;
Sur ce tapis il y a une cage;

Dans cette cage il y a un nid;
Dans ce nid il y a un œuf,
Dans cet œuf il y a un oiseau.

L'oiseau renversa l'œuf;
L'œuf renversa le nid;
Le nid renversa la cage;

La cage renversa le tapis;
Le tapis renversa la table;
La table renversa la chambre;
La chambre renversa l'escalier;
L'escalier renversa la maison;
La maison renversa la rue;
La rue renversa la ville de Paris.

Paul Éluard (livre "Dans Paris, il y a ..." Didier Jeunesse, 1998 et Rue du Monde, Collection  Petits Géants, 2001)

logo_cr_ation_po_tiqueÀ la manière de "dans Paris il y a ...", le poème-gigogne :

À la manière de Paul Éluard, on construira un poème avec un enchaînement d'éléments, d'événements, à la manière d'emboîtements de poupées gigognes. Voyez ici des exemples de création poétique sur ce modèle : http://ecperchl.edres74.ac-grenoble.fr/spip.php?article28

Mais on privilégiera, pour le thème de l'humour, les situations les plus bizarres. On pourait imaginer par exemple ce genre de comptine en boucle (voir Marabout, bout d'ficelle dans le paragraphe des Jeux):

Dans ma maison il y a ma chambre / dans ma chambre il y a une armoire / dans cette armoire  il y a un arbre / dans cet arbre il y a une maison / Dans cette maison il y a ma chambre ...



- Léo Ferré -

Léo Ferré (1916-1993) est un poète, auteur-compositeur interprète. Anarchiste militant à sa manière pour une organisation libertaire de la société. Antimilitariste bien sûr et contre tous les dogmes, il a aussi magnifiquement chanté l'amour, et ici, l'enfance :

L'enfance

Souviens-toi des souliers usés, des vendredis
Et le poisson qui se rendait sur la table à midi
Et qu'il marchait tout seul, qu'il n'était pas poli
Frais ou pas le maquereau faut que ça fasse des chichis
Souviens-toi des jeudis et de la mère Larousse
Le frangin à rabat comme un flic à tes trousses
Et ta plume qui grattait sous l'oeil de ce bandit
Qu'une certaine envie mettait à ta merci

L'enfance
C'est un chagrin cueilli de frais
C'est un jardin, c'est un bouquet
C'est des épines aussi
L'enfance
C'est le paradis dans du cambouis
C'est des caresses au fond de la nuit
C'est une leçon d'ennui
L'enfance
C'est des copains qu'on a perdus
C'est des petites mômes qu'on n'a pas eues
C'est une chanson toute nue
L'enfance
L'enfance
C'est un jouet qui s'est arrêté
C'est l'innocence rapiécée
C'est toujours ça de passé
L'enfance

Souviens-toi des frangines qu'avaient même pas dix piges
Dans la nuit retrouvée on jouait à se faire la pige
Même qu'elles étaient girondes avec leurs yeux barrés
Juste en dessous comme une ombre, comme le fard du péché
Souviens-toi des silences au fond des corridors
Et ce halètement divin, je l'entends encore,
Et puis la nuit fidèle à se rappeler ces trucs-là
Et cette foutue mémoire qui me tient par le bras

L'enfance
C'est un pays plein de chansons
C'est le remords de la raison
C'est la folie aussi
L'enfance
C'est l'enfer sous le tableau noir
C'est Tahiti dans un dortoir
C'est l'âme de la nuit
L'enfance
C'est un oiseau que on a manqué
C'est un chat qu'on a chahuté
Et c'est la cruauté
L'enfance
L'enfance
C'est jour après jour quitter l'ombre
Et vers la proie et vers le nombre
C'est apprendre a frapper
L'enfance

Souviens-toi des bonbons et puis du père Noël
De la toupie qui tournait qui tournait qui tournait
Qui tournait qui tournait qui tournait qui tournait ...

Léo Ferré (album "Ferré 64" Barclay, 1964)

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Quand j'étais môme

Quand j’étais môme
A la radio, on jouait "Please,
Peanut vendor"*
C’est bien d’accord

Quand j’étais môme
Les filles avaient une fleur exquise
Qu’elles nous fanaient
Pour deux baisers

Quand j’étais môme
On avait aussi nos idoles
Danielle Darrieux
On n’ fait pas mieux

Quand j’étais môme
On f’sait marcher nos belles guiboles
Dans les dancings
Et dans l’ smoking
D’ papa!

Quand j’étais môme
La musique coulait comme du miel
A Europe Un
Sur les copains

Quand j’étais môme
Les filles qu’étaient encore pucelles
On les mettait
Dans un musée

Quand j’étais môme
On avait aussi nos idoles
C’était Johnny
Ou quoi ou qui

Quand j’étais môme
On f’sait du rock et d’ la bricole
Un peu partout
Avec les sous
D’ papa!

Quand tu s’ras môme
Sur des planètes distinguées
On t’apprendra le temps d’aimer
Quand tu s’ras môme
Les filles auront la Voie lactée
Et des comètes dans l’ tablier

Quand tu s’ras môme
Sur ton palier en guise d’idole
Une nébuleuse
Ou Bételgeuse
Quand tu s’ras môme
On t’apprendra la bonne parole
La bonne recette
Pour jamais être
Papa!

Y aura plus d’ môme
Plus jamais d’ môme
Y aura plus rien
Pas même un chien
Un pauvre chien
Y aura qu’ du vent
Et plus d’amant
Y aura qu’ la lune
Qui f’ra l’ tapin
Pour les savants, pour les savants, pour les savants ...

* "Please", "Peanut vendor" sont des titres de chansons de l'époque (Bing Crosby, Dean Martin ? ...)

Léo Ferré (album "Ferré 64" Barclay 80218, année 1964)



- Maurice Fombeure -

Maurice Fombeure (1906-1981) est un romancier et poète français.
Son recueil de poèmes le plus connu est "À dos d'oiseau", édité en 1942 aux éditions Gallimard et disponible en Poésie-Gallimard.

Une enfance d'autrefois, dont on mesurera à la fois la similtude et les différences

Les écoliers

Sur la route couleur de sable,
En capuchon noir et pointu,
Le "moyen", le "bon", le "passable"
Vont à galoches que veux-tu
Vers leur école intarissable.
 
Ils ont dans leurs plumiers des gommes

Et des hannetons du matin,

Dans leurs poches du pain, des pommes,
Des billes, ô précieux butin
Gagné sur d'autres petits hommes.
 
Ils ont la ruse et la paresse
Mais l'innocence et la fraîcheur
Près d'eux les filles ont des tresses
Et des yeux bleus couleur de fleur,
Et des vraies fleurs pour leur maîtresse.
 
Puis les voilà tous à s'asseoir.
Dans l'école crépie de lune
On les enferme jusqu'au soir,
Jusqu'à ce qu'il leur pousse plume
Pour s'envoler. Après, bonsoir !

Maurice Fombeure ("À chat petit" - éditions Gallimard, 1967)

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La jument familière

 

Une grande jument morte
Qui galope dans mes nuits.
Ce n’est pas un cauchemar
Mais un soupir de l’enfance.

Une grande jument blanche,
Grave, douce et débonnaire,
Dans un silence de tonnerre
Passe entre les haies en fleurs.

Mon grand-père tient les rênes,
Chapeau melon sur les yeux.
La fumée des cigarettes
Monte droit dans le soir bleu.

Buissons fleuris d’amertume…
La rivière parle bas ;
Le village dort au son des enclumes,
Puis s’allume, feu par feu.

Mais voici, mangée de pluie,
Mangée de neige et de vent
La grande nuit intérieure
Où je me penche souvent,

Où la jument trotte l’amble…
Grande et douce jument morte
Qui fut de notre famille
Et qui finit humblement.

 

Maurice Fombeure ("À dos d'oiseau" - éditions Gallimard, 1942 réédité en 1971)

 

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Chanson de la pluie

À dos de mule
À dos d'oiseau
À dos de libellule hulot
À dos de rat-mulot
À pas  de campanule
À bras de mélilot
S'en va la pluie à bulles
S'en va la pluie sur l'eau

Une pluie fil à fil
Qu'habille l'horizon
Et de fil en aiguille
Va jusqu'à la maison,
" Va jusqu'à la maison
Tu trouveras ma mère
Qu'est assise au tison
Qui recoud des linceuls
Ou qui tire au rouet
Toute  sa vie amère,
Demande-lui z'à boire
Z'à boire et à manger..."
Mais la pluie perd la mémoire
À force de voyager,

À force de voyager
Sur ses pattes de gouttes rondes
Faire le tour du monde.
À dos de mule
À dos d'oiseau
À dos de libellule hulot
À dos de rat-mulot
À pas de campanule
À bras de mélilot
S'en va la pluie à bulles
S'en va la pluie sur l'eau !

Maurice Fombeure ("À chat petit" - éditions Gallimard, 1967)

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Air de ronde

On dansa la ronde,
Mais le roi pleura.
Il pleurait sur une
Qui n’était pas là.

On chanta la messe,
Mais le roi pleura.
Il pleurait pour une
Qui n’était pas là

Au clair de la lune,
Le roi se tua,
Se tua pour une
Qui n’était pas là.

Oui, sous les fougères
J’ai vu tout cela,
Avec ma bergère
Qui n’était pas là.

Maurice Fombeure



1 novembre 2009

Gamarra, Gélis - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Pierre Gamarra -

Pierre Gamarra (1919-2009), est un écrivain ("Le maître d'école"), journaliste, critique et poète. Il a obtenu le Prix Jeunesse - Grand Prix du roman de la Société des Gens de Lettres.

Les enfants

Les enfants sont en soie, les enfants sont en laine
les enfants sont en sucre fin.
Caroline, Marjolaine,
Frédéric, Delphin.

Les enfants sont de blé, les enfants sont d'avoine,
d'orge, de riz ou de maïs.
Pierre, Paul, Antoine,
Marie, Anaïs.

Les enfants sont de feu, les enfants sont de braise,
de soleil, de ciel et d'azur.
Corinne, Sucette, Arthur,
Sylvette, Thérèse.

Les enfants sont de chair, les enfants sont de sang,
de tendresse et de patience,
d'amour, de souvenance,
Margot et Laurence,
Denis et Vincent.

Pierre Gamarra

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L'avenir

Les platanes de l'école
se recouvrent d'encre bleue
et de réglisse.
Dans la rue, les enfants glissent.
On voit sauter les cartables
le long des trottoirs.
Des alphabets et des fables
se répandent dans le soir.
Des verbes de toute sorte
et des chiffres par milliers
s'échappent des fins cahiers
et courent de porte en porte.
En classe, les rois s'endorment,
même Vercingétorix
referme ses yeux d'onyx.
Jeanne d'Arc ne bouge plus,
Pasteur étouffe un bâillement.
Un chien gémit, des télés
bavardent dans les maisons.
Les enfants balancent
leurs cartables lourds.
Les vieux rois s'endorment,
les enfants sautillent.
L'avenir commence
d'une porte à l'autre.

Pierre Gamarra

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Un enfant m’a dit

Un enfant m’a dit : le Soleil
Est un œuf dans la poêle bleue…

Un enfant m’a dit : le Soleil
Est une orange dans la neige…

Un enfant m’a dit : le Soleil
Est une pêche jaune et rouge…

Un enfant m’a dit : le Soleil
Est un bijou sur une robe…

Un enfant m’a dit : je voudrais
Je voudrais cueillir le Soleil.


Pierre Gamarra

logo_cr_ation_po_tique Un enfant m'a dit

Ici, des exemples de production poétique à partir de ce texte :
http://ecole_de_frans.pagesperso-orange.fr/Pierre%20Gamarra.html
ou ici en CM :
http://cm-campeneac.over-blog.com/article-ecrire-a-la-maniere-de-pierre-gamarra-un-enfant-m-a-dit-86494906.html

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La pendule

Je suis la pendule, tic !
Je suis la pendule, tac !
On dirait que je mastique
Du mastic et des moustiques
Quand je sonne et quand je craque
Je suis la pendule, tic !
Je suis la pendule, tac !

J’avance ou bien je recule
Tic-tac, je suis la pendule,
Je brille quand on m’astique,
Je ne suis pas fantastique
Mais je connais l’arithmétique,
J’ai plus d’un tour dans mon sac,
Je suis la pendule, tac !
Je suis la pendule, tac !

Pierre Gamarra

logo_cr_ation_po_tique Les objets s'expriment 

Il n'y a pas de raison (non, il n'y en a pas), comme les animaux, les objets parlent, et ça peut être drôle. On fera raconter en vers rimés ou libres, par les objets de notre entourage, leurs tracas et leurs plaisirs, peut-être leurs aventures ? Penser aux objets domestiques : Le frigo, la machine à café, le téléviseur, la console de jeux, le téléphone, même le paillasson ou l'éponge,  et aux autres, qu'ils nous appartiennent ou pas : la voiture, un avion, le caddie de supermarché, le cartable, le ballon de rugby ...

  • Autres possibilités : Faire raconter les objets naturels (la rivière, une montagne, la mer), ou artificiels du paysage (un pont sur le fleuve, la cour de récréation, une tour d'habitation promise à la démolition, un clocher d'église, le coq du clocher...) Les animaux évidemment, domestiques ou sauvages, disparus ou bien actuels. De nombreux textes peuvent servir de modèle.

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Le cosmonaute et son hôte

Sur une planète inconnue,
un cosmonaute rencontra
un étrange animal;
il avait le poil ras,
une tête trois fois cornue,
trois yeux, trois pattes et trois bras !
« Est il vilain! pensa le cosmonaute
en s'approchant prudemment de son hôte.
Son teint a la couleur d'une vieille échalote,
son nez a l'air d'une carotte.
Est ce un ruminant? Un rongeur? »
Soudain, une vive rougeur
colora plus encor le visage tricorne.
Une surprise sans bornes
fit chavirer ses trois yeux.
" Quoi! Rêvé je ? dit il. D'où nous vient, justes cieux,
ce personnage si bizarre sans crier gare !
Il n'a que deux mains et deux pieds,
il n'est pas tout à fait entier.
Regardez comme. il a l'air bête,
il n'a que deux yeux dans la tête !
Sans cornes, comme il a l'air sot !"
C'était du voyageur arrivé de la Terre
que parlait l'être planétaire.
Se croyant seul parfait et digne du pinceau,
il trouvait au Terrien un bien vilain museau.
Nous croyons trop souvent que, seule, notre tête
est de toutes la plus parfaite!

Pierre Gamarra (" Salut, Monsieur de la Fontaine" - éditions ART, Le Temps des cerises)

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Le moqueur moqué


Un escargot se croyant beau,
Se croyant gros, se moquait d'une coccinelle.
Elle était mince, elle était frêle !
Vraiment, avait-on jamais vu insecte aussi menu !
Vint à passer une hirondelle
Qui s'esbaudit du limaçon.
Quel brimborion, s'écria-t-elle !
C'est le plus maigre du canton !
Vint à passer un caneton.
Cette hirondelle est minuscule,
Voyez sa taille ridicule !
Dit-il sur un ton méprisant.
Or, un faisan
aperçut le canard et secoua la tête :
Quelle est cette si minime bête
Au corps si drôlement bâti !
Un aigle qui planait leur jeta ces paroles :
Êtes-vous fous ? Êtes-vous folles ?
Qui se moque du précédent sera moqué par le suivant.
Celui qui d'un autre se moque
A propos de son bec, à propos de sa coque,
De sa taille ou de son caquet,
Risque à son tour d'être moqué !

Pierre Gamarra (" Salut, Monsieur de la Fontaine" - éditions ART, Le Temps des cerises)



- Robert Gélis -

Robert Gélis, romancier et poète pour la jeunesse, est né en 1938. Il a publié des recueils de poésies (Poèmes à tu et à toi, En faisant des galipoètes...) et des contes (Histoires et contes du loup-phoque...) d'humour et d'humanité. On le retrouvera dans les poésies C2 pour la classe (Mon stylo) et dans la catégorie Printemps des Poètes 2008, l'Autre (texte titré : L'autre, Visite).

... "L'Important, c'est d'accrocher des rires
Aux branches sèches de la vie …"

Robert Gélis, extrait du poème "L'Important"

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Mon stylo

Si mon stylo était magique
Avec des mots en herbe,
J'écrirais des poèmes superbes,
Avec des mots en cage,
J'écrirais des poèmes sauvages.

Si mon stylo était artiste,
Avec les mots les plus bêtes,
J'écrirais des poèmes en fête,
Avec des mots de tous les jours
J'écrirais des poèmes d'amour.

Mais mon stylo est un farceur
Qui n'en fait qu'à sa tête,
Et mes poèmes sur mon coeur
Font des pirouettes.

Robert Gélis

logo_cr_ation_po_tique À la manière de "si mon stylo..."

Un travail en CM1, ICI, inspiré par "Mon stylo" ; une "approche de la poésie en classe de SEGPA avec ce texte, ICI" et toujours en s'inspirant de ce modèle, des productions d'élèves, ICI

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Visite

Par une belle nuit d'hiver,
Trois petits hommes verts
Sont arrivés dans leur soucoupe.

Ils ont fait trois fois le tour de la Terre
Dans le temps d'un éclair,
Et puis ont atterri
Au beau milieu d'une prairie.

Ils ont fait trois fois le tour du pré,
Pour s'habituer à respirer
Et puis ont avancé
Vers le village d'à-côté.

Ils ont fait trois fois le tour de l'église,
Pour une fusée l'ont prise,
Et puis ont réveillé
Les habitants qui dormaient.

Ils ont fait trois fois le tour des humains
Qui claquaient des dents, tremblaient des mains,
Et puis se sont adressés au maire
Tantôt en prose, tantôt en vers.

Ils ont répété trois fois qu'ils ne font que revenir
Sur cette terre, d'où ils partirent,
Il n'y a pas si longtemps,
A peine cent mille ans.

Ils ont redit trois fois qu'il y a dans l'univers
Des milliers de planètes sans haine et sans guerre,
Des mondes heureux et libres
Où il fait très bon vivre,
Et que les gens de par ici
Sont vraiment leur seul souci.

Et les gens du village,
Glacés, troublés, perdus,
Sont alors devenus
Les premiers hommes sages.

Robert Gélis ("Poèmes à tu et à toi")

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Matin d'automne

La ville se secoue,
Se trémousse et s'ébroue ;
Elle se gratte les flancs
En grognant,
Car, dans sa fourrure d'odeurs,
De bruits et de fumées,
Grouillent des puces affairées :
Les gens qui courent à leur travail.

Robert Gélis

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Rencontre

Madame la pianiste,
Dans les rues plutôt tristes,
Promenait ses mélodies,
Comme chaque lundi …

Et monsieur le poète,
Des rêves plein la tête,
Tenait en laisse, lui,
Des poèmes gentils…

Ils se sont rencontrés
Et, quelques mois après,
En plein temps des moissons,
Sont nées… trente-six chansons !

Robert Gélis ("En faisant des galipoètes" - Anthologie de Poche - Éditions Magnard, 1983)

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Un poème pas amusant du tout, mais qui fait la part belle au rire :

L'Important

- C'est quoi, l'Important ?
- L'Important, c'est d'accrocher des rires
Aux branches sèches de la vie …

- C'est quoi, la Vie ?
- La Vie, c'est chercher son étoile
Dans le fouillis du ciel …

- C'est quoi, le Ciel ?
- Le Ciel, c'est ce qu'on ne peut voir
Qu'en fermant les yeux …

- C'est quoi, les Yeux ?
- Les Yeux, ce sont des forges vives
où s'embrasent les rêves …

- C'est quoi, les Rêves ?
- Les Rêves ….

C'est ce qui est important …

Robert Gélis ("En faisant des galipoètes" - Anthologie de Poche - Éditions Magnard, 1983)

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Eh ! Oui

Ils ont coupé
Le vieux pommier
Roi du verger
Et en tronçons l'ont débité

De ces morceaux ont fabriqué
Une échelle pour monter
Cueillir des pommes du pommier
Ont été bien déçus
Car de pommier... il n'y en a plus.

Robert Gélis

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Alphabet

A B C D
Je ne veux pas céder !
E F G H
Il faut que je me fâche !
I J K L
Cette sacrée demoiselle
M N O P
Ne manque pas de toupet !
Q R S T
Elle me fait pester !
U V W X
Elle en vaut bien six !
Y Z
Encore une fois... je cède !

Robert Gélis ("En faisant des galipoètes" - Anthologie de Poche - Éditions Magnard, 1983)



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1 novembre 2009

Le Floch, Ley - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Madeleine Le Floch -

Madeleine Le Floch est une auteure contemporaine, qui a publié en 1975 "Petits contes verts pour le printemps et pour l'hiver". Un recueil dans lequel elle joue avec les différents sens, les à-peu-près et les homonymies du vert, pour l'écriture de (quand même !) soixante-treize petits poèmes. En voici un échantillon :

livre_Madeleine_Le_Floch_contes_vertsVers exclusif *

La mer
en s'en allant
écrivait sur le sable
un poème

que le vent
jaloux
effaçait.

Madeleine Le Floch ("Petits contes verts pour le printemps et pour l'hiver" - Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1975)

* Dans le recueil, ce texte porte le titre "Vert exclusif". Puisqu'il s'agit d'un poème que la mer écrit jalousement, est-ce une faute de frappe, ou faut-il titrer "Vers exclusifs" ?

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Oiseau vert

Il était une fois
un oiseau
que l'on avait
enfermé
dans une cage.

Du matin au soir
il criait:
que je suis malheureux!
Ah! que je suis donc
malheureux!

Comme il chante bien
disait la petite fille.

Madeleine Le Floch ("Petits contes verts pour le printemps et pour l'hiver" - Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1975)

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Ver de mer

Un poisson connaissait par cœur
les noms de tous les autres poissons.
Il connaissait les algues, les courants,
les sédiments, les coquillages.
C’était un érudit.
Il exigeait d’ailleurs qu’on l’appelât «maître » !
Il savait tout de la mer
Mais il ignorait tout de l’homme.
Et un jour il se laissa prendre au bout
d’un tout petit hameçon.

Madeleine Le Floch ("Petits contes verts pour le printemps et pour l'hiver" - Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1975)

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Vert de lune

Une idée fixe
un soir de carnaval
se déguisa en cerf-
volant
et se laissa
monter
jusqu'à la lune
où elle germa.

Quand vous irez sur
la lune
si vous rencontrez un cerf-
volant
ou une fleur
qui a l'air de venir
d'ailleurs
méfiez-vous!

C'est peut-être
une idée fixe
qui cherche
à redescendre.

Madeleine Le Floch ("Petits contes verts pour le printemps et pour l'hiver" - Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1975)

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Deux poèmes sous  forme de calligrammes :

Haricot vert

L
e

ha
ri
cot
vert
était
très
comp
lexé
dep
uis
que
sa
li
gn
e
n’
ét
ai
t
pl
us
à
l
a
m
o
d
e

Madeleine Le Floch ("Petits contes verts pour le printemps et pour l'hiver" - Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1975)

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Vertige ("vert-tige", vous aviez deviné)

calligramme_la_fleur

Madeleine Le Floch ("Petits contes verts pour le printemps et pour l'hiver" - Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1975)

logo_cr_ation_po_tiqueCalligrammes : voir Guillaume Apollinaire



- Madeleine Ley - 

Madeleine Ley (1901-1981) est une romancière et poétesse belge.

La girafe

Je voudrais une girafe
Aussi haute que la maison
Avec deux petites cornes
Et des sabots bien cirés
Je voudrais une girafe
Pour entrer sans escalier
Par la lucarne du grenier.

Madeleine Ley ("60 poésies 60 comptines" - éditions Le Centurion)

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En rêve j'ai trouvé

En rêve j'ai trouvé
(Le joli, joli rêve !)
en rêve j'ai trouvé
la clochette enchantée
qui dit la vérité.

En rêve j'ai trouvé
(Était-ce bien un rêve ?)
en rêve j'ai trouvé
les miettes semées par le Petit Poucet !

En rêve j'ai trouvé
(L'étrange, étrange rêve !)
en rêve j'ai trouvé
la citrouille si grosse
qui se change en carosse !

Dans mon plus joli rêve,
au pied d'un blanc perron,
j'ai trouvé, Cendrillon,
ta pantoufle de verre ...

(Madeleine Ley ("Petites voix" - Éditions Stock, 1930)

logo_cr_ation_po_tique Des exemples de création poétique en CE1 à la manière de Madeleine Ley :
http://www.ac-nancy-metz.fr/petitspoetes/HTML/SALLESDEJEUX/JEURIME.html

 

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Voici un dernier poème de Madeleine Ley, moins situé dans le thème de l'humour :

L’araignée

Araignée grise
Araignée d’argent
Ton échelle exquise
Tremble dans le vent.
Toile d’araignée
Émerveillement
Lourde de rosée
Dans le matin blanc !
Ouvrage subtil
Qui frissonne et ploie
Ô maison de fil
Escalier de soie.
Araignée grise
Araignée d’argent
Ton échelle exquise
Tremble dans le vent.

Madeleine Ley ("Petites voix" - Éditions Stock, 1930)



1 novembre 2009

Lorraine, Malineau - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Bernard Lorraine -

Bernard Lorraine (1933-2002) a publié 27 recueils de poésie  (Vitriol, Voilà, Provocation, Sentences, Burlesques ...) et 10 anthologies poétiques (Trésors des épigrammes satiriques ; Une Europe des poètes ; Le cœur à l'ouvrage : anthologie de la poésie du travail ; Un poème, un pays, un enfant ...) ainsi que des essais et des pièces de théâtre.

Au début ...

Il y avait un ciel
il y eut un nuage
Il y avait la boue
il y eut une plage

Il y avait une eau
il y eut un poisson
Il y avait un arbre
il y eut un oiseau

Il y avait la nuit
il y eut une femme
Il y avait le jour
et il y eut un homme

Il y avait l'amour
il y eut un silence
Mais il y eut un cri
et c'était un enfant

Et ce fut un poète
puisqu'il y eut un chant

Bernard Lorraine ("Florilège poétique", L'Amitié par le Livre, 1978)

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Le tapissier et le pâtissier

Un pâtissier faisait de la pâtisserie,
Son voisin tapissier de la tapisserie.
Lorsque le pâtissier fait sa pâtisserie
Sa pâtissière fait de la tapisserie,
Quand le tapissier vaque à sa tapisserie
Sa tapissière cuit de la pâtisserie.

Aussi retrouve-t-on des clous de tapissier
Dans la pâtisserie du voisin pâtissier,
Aussi retrouve-t-on les choux du pâtissier
Sur la tapisserie du voisin tapissier.
Et comme leurs moitiés sabotent leurs métiers,
Leur industrie et leur commerce en pâtissaient.

Moralité
Pâtissiers, pâtissez ! Tapissez, tapissiers !
À chacun son métier ! À chacun sa moitié.

Bernard Lorraine ("Jouer avec les poètes"  - Hachette, 1999)

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Comptine du trappeur

Toi, renard bleu,
je t’aime un peu.
Toi, castor blanc,
passablement.
Toi, caribou,
beaucoup, beaucoup.
Toi, noble élan,
passionnément.
Martre jolie,
à la folie.
Mais pas du tout
la peau du loup.

Bernard Lorraine ("Comptine du trappeur" - dans l'album de chansons d'animaux d'Hélène Bohy et Agnès Chaumie :
À tire d'aile)

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livre_Bernard_Lorraine_m_nagerieDeux poèmes, chacun sur deux rimes :

Le rhinocéros

Mieux vaut ne pas chercher de crosses
À Monsieur le rhinocéros.
Ce n'est pas qu'il soit très féroce,
Mais il pique une crise atroce
Et il devient fou dès que
Vous prenez les poils de sa queue
Pour en faire des balais-brosses.

Bernard Lorraine ("La ménagerie de Noé")

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Le dromadaire

"Si j'avais deux bosses au dos"
m'a confié un vieux dromadaire
aussi sobre que lapidaire,
"on me traiterait de chameau !"

Bernard Lorraine ("La ménagerie de Noé" - éditions Ouvrières/éditions de l'Atelier, collection L'Enfance heureuse, 1989)



- Jean-Hugues Malineau -

Jean-Hugues Malineau (né en 1945), est un poète d'aujourd'hui,  et l'un des acteurs essentiels pour la diffusion, la connaissance des auteurs et des textes en milieu scolaire, animateur d'ateliers de création poétique.
"Jean-Hugues Malineau propose des rencontres scolaires (de la maternelle à l'université) sur la poésie, ou des ateliers d'écriture durant lesquels il s'adresse à la sensibilité, à l'humour, à l'imagination, au sens rythmique, à la sensualité comme à la logique ou à la culture de l'enfant." Plus d'infos à son adresse Web (lien cliquable) :
http://jhmalineau.free.fr/

livre_Malineau_pas_si_b_tesLe ragondin

Un ragondin ragondait
Les gontes de milles et une gouttes
Aux grenouilles qui égoutaient
Gaptivées en gassant la groûte.

Jean-Hugues Malineau ("Pas si bêtes, les animaux" - Éditions de L'École des loisirs, 2003)

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Le perroquet

C'est très coquet
Un perroquet


Des plumes rouges
Bleues violettes
Ça vit ça bouge
Et ça répète


C'est très coquet
Un perroquet


Dans un baquet
Un perroquet
Ça fait trempette
Et ça répète


C'est très coquet
Un perroquet


C'est beau, c'est sec
Après toilette
Et ça répète
Du bout du bec


C'est très coquet
Un perroquet


Tais ton caquet
Vieux perroquet
Mais ça répète
Saperlipopette

C'est très coquet
Un perroquet

Jean-Hugues Malineau ("Prête-moi tes plumes" - Éditions de L'École des loisirs, 1978)



 

- Eddy Marnay -

Isabelle Boulay Ma filleEddy Marnay (1920-2003), pseudo d'Edmond Bacri (rien à voir avec Roland Bacri présenté précédemment), était un parolier, auteur d'une grande quantité de chanssons, et il était lui-même un interprète discret.

L'impressionnante liste de ses textes est ici :

http://www.eddymarnay.com/liste.php

Le titre qui suit, "Ma fille" est un succès actuel, après avoir été un succès passé, mais il n'est pas interdit d'aimer les deux interprétations :

Ma fille

Ma fille, mon enfant,
Je vois venir le temps
où tu vas me quitter
Pour changer de saison,
pour changer de maison
Pour changer d'habitudes
J'y pense chaque soir
en guettant du regard
Ton enfance qui joue
à rompre les amarres
Et me laisse le goût
d'un accord de guitare

Tu as tant voyagé
et moi de mon côté
j'étais souvent parti
Des Indes à l'Angleterre,
On a couru la Terre
et pas toujours ensemble
Mais à chaque retour
nos mains se rejoignaient
Sur le dos de velours
d'un chien qui nous aimait
C'était notre façon
d'être bons compagnons

Mon enfant, mon petit,
bonne route, bonne route

Tu prends le train pour la vie
et ton cœur va changer de pays

Reggiani Ma filleMa fille, tu as vingt ans,
et j'attends le moment
Du premier rendez-vous
Que tu me donneras chez toi
ou bien chez moi
ou sur une terrasse
Où nous évoquerons,
un rire au coin des yeux
Le chat ou le poisson
qui partageaient nos jeux
Où nous épellerons,
les années de ton nom

À vivre sous mon toit,
il me semble parfois
que je t'avais perdue
Je vais te retrouver,
Je vais me retrouver
dans chacun de tes gestes
On s'est quittés parents,
on se retrouve amis
Ce sera mieux qu'avant
je n'aurai pas vieilli
Je viendrai simplement,
partager tes vingt ans

Mon enfant, mon petit,
bonne route, bonne route
Tu prendras le train pour la vie
et ton cœur va changer de pays
Sur le chemin de la vie
nos deux cœurs vont changer de pays !

paroles d'Eddy Marnay

  • interprété et enregistré par Serge Reggiani (album "Rupture", 1971) - paroles d'Eddy Marnay et musique de Raymond Cohen - réédité régulièrement en compilation, anthologie. Lieucommun se permet de recommander l'album 3 titres "Les 50 Plus Belles Chansons : Serge Reggiani" (Coffret 3 CD), qui contient la chanson "Ma fille" sorti en 2009 chez Polydor (vendu environ 20 €).
  • et par Isabelle Boulay (interprète, CD "Au moment d'être à vous" - 2002 Disques Chic Musique)


1 novembre 2009

Moreau - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Jean-Luc Moreau -

livre_Moreau_souris_verte

Jean-Luc Moreau est né en 1937.

 

<< Les Poèmes de la souris verte (Le livre de Poche Jeunesse, Hachette - Fleurs d'encre, édition 2003 illustrée par Marie-Aude Waymel) - environ 190 pages, 5 € en librairie.

Poète et universitaire, il a publié des histoires et des poèmes pour les enfants et les adolescents, (L'arbre perché, Poèmes à saute-mouton, Devinettes, Les Poèmes de la souris verte, Dans ma famille* ), pour les plus grands (La Bride sur le cœur, Sous le masque des mots), ainsi que des anthologies et des traductions de poèmes. On trouve d'autres textes de cet auteur dans d'autres catégories du blog.

* dernier recueil pour les enfants paru : Dans ma famille (illustré par Eva Offredo, collection Gautier-Languereau, 2008) - environ 30 pages et 5 € en librairie.

Ce premier texte se trouve dans le recueil Les Poèmes de la souris verte, au chapitre "Le carré de l'hypoténuse"

Locataires

J'ai dans mon cartable
(C'est épouvantable !)
Un alligator
Qui s'appelle Hector.

J'ai dans ma valise
(Ça me terrorise !)
Un éléphant blanc
Du nom de Roland.

J'ai dans mon armoire
(Mon Dieu, quelle histoire !)
Un diplodocus
Nommé Spartacus.

Mais pour moi le pire,
C'est sous mon chapeau
D'avoir un vampire
Logé dans ma peau.

Jean-Luc Moreau ("Les Poèmes de la souris verte" Le livre de Poche Jeunesse Hachette - Fleurs d'encre, 1992 et 2003)

logo_cr_ation_po_tique Poèmes à la manière de "J'ai dans  mon cartable..."

En utilisant la structure et l'esprit de ce poème, un document présente la démarche pédagogique d'une séance ICI (à partir de la page 28). Voyez aussi un travail réalisé ICI par des élèves de CE1, dans un CM2 ICI, ou encore ICI dans un CP.

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La cour de mon école

La cour de mon école

Vaut bien, je crois,
La cour de Picrochole,
Le fameux roi :
Elle est pleine de charme,
Haute en couleur;
On y joue aux gendarmes
Et aux voleurs;
Loin des Gaulois, des Cimbres
Et des Teutons,
On échange des timbres,
À croupetons;
Des timbres des Antilles,
De Bornéo…
Et puis on joue aux billes
Sous le préau.
Qu'on ait pris la Bastille,
C'est merveilleux,
Mais que le soleil brille,
C'est encor mieux !
Orthographe et problèmes
Sont conjurés.
École, ah ! que je t'aime
À la récré !

Jean-Luc Moreau ("Les Poèmes de la souris verte" Le livre de Poche Jeunesse Hachette - Fleurs d'encre, 1992 et 2003)

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Le cerf-volant

Soulevé par les vents
Jusqu'aux plus haut des cieux,
Un cerf-volant plein de superbe
Vit, qui dansait au ras de l'herbe,
Un petit papillon, tout vif et tout joyeux.

- Holà ! minable animalcule,
cria du zénith l'orgueilleux,
Ne crains-tu pas le ridicule ?
Pour te voir, il faut de bons yeux
Tu rampes comme un ver...
Moi je grimpe je grimpe
Jusqu'à l'Olympe,
Séjour des dieux.

- C'est vrai, dit l'autre avec souplesse,
Mais moi, libre, à mon gré,
je peux voler partout,
Tandis que toi, pauvre toutou,
Un enfant te promène en laisse.

Jean-Luc Moreau  (dans "La poésie comme elle s' écrit" de Jacques Charpentreau - Collection Enfance heureuse - Éditions ouvrières, 1979)

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La télévision

Quand on branche la télé,
Mes amis, quel défilé !
Le négus, le roi d’Écosse,
De vieux gus et de grands gosses,
Cendrillon dans son carrosse,
La véloce Carabosse
Chevauchant son balai-brosse,
Des prélats, des porte-crosses,
De beaux blonds, des rousses rosses,
Des colosses,
Des molosses,
Des rhinocéros atroces...
Et quand c’est le plus joli :
« Les enfants ! C’est l’heure ! Au lit ! »

Jean-Luc Moreau  (dans "La poésie comme elle s' écrit" de Jacques Charpentreau - Collection Enfance heureuse - Éditions ouvrières, 1979)

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Chanson de l'heure qu'il est

- Monsieur, Monsieur , s'il vous plaît,
Dites-nous qu'elle heure il est !

- Il est ma petite fille 
L'heure où l'escargot s'habille ;
Il est, mon petit garçon
L'heure où sort le limaçon,

L'heure étrange et solennelle
Où chantent les coccinelles

Où la puce et ses enfants 
Vont dîner chez l'éléphant ;

Il est l'heure où la panthère
Épouse un coléoptère,

L'heure où tout peut arriver...
Où je dors... où vous rêvez...

Jean-Luc Moreau

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Trois petits pantins

Dans le clair matin,
Quand le lac est lisse,
Pétris de malice,
Trois petits pantins,
Trois gentils lutins
Quittent leur pelisse,
Trois lutins mutins
Mettent leurs patins.
Alors - ô délice,
O rire argentin !
Charmant tableautin,
Sur la glace glissent
Trois petits lutins
Malins comme Ulysse,
Trois beaux diablotins
Au rire enfantin
Dans le clair matin.

Jean-Luc Moreau ("L'Arbre perché" - Enfance heureuse, Éditions ouvrières, 1976)

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Si ...

Si la sardine avait des ailes,
Si Gaston s'appelait Gisèle,
Si l'on pleurait lorsque l'on rit,
Si le Pape habitait Paris,
Si l'on mourait avant de naître,
Si la porte était la fenêtre,
Si l'agneau dévorait le loup,
Si les Normands parlaient zoulou,
Si la Mer Noire était la Manche,
Et la Mer Rouge la Mer Blanche,
Si le monde était à l'envers,
Je marcherais les pieds en l'air,
Le jour je garderais la chambre,
J'irais à la plage en décembre,
Deux et un ne feraient plus trois...
Quel ennui ce monde à l'endroit!

Jean-Luc Moreau ("L'Arbre perché" - Collection Enfance heureuse, Éditions ouvrières, 1976)

logo_cr_ation_po_tiquePoèmes à la manière de "Si ..."

 À partir de ce texte, des élèves de classe unique ont imaginé... ICI

Voir aussi le texte Avec des si ... de Claude Roy

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L'oncle Octave

J'ai bourlingué, dit l'oncle Octave,
De Vancouver à Tamatave,
De ShangaÏ au Cap et jusqu'à
San José de Costa Rica.
Souventes fois je rêve encore
DeTimor et de Travancore,
Mais sachez-le, par-dessus tout
J'aime le Perche et le Poitou.

Jean-Luc Moreau ("L'Arbre perché" - Collection Enfance heureuse, Éditions ouvrières, 1976)

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Une comptine pour les petits :

Quand le chat…

Quand
le chat
met ses
chaussettes,
c’est
la fête
aux sou-
ricettes.

Quand
le chat
joue au
cerceau,
c’est
la fête
aux sou-
riceaux.

Jean-Luc Moreau ("L'Arbre perché" - Collection Enfance heureuse, Éditions ouvrières, 1976)

logo_cr_ation_po_tique Comptine à la manière de "Quand le chat..."

Cette petite comptine permet la création poétique de construction simple avec des noms d'animaux, prédateurs et proies potentielles, en utilisant rimes ou assonances  :

Quand le lion joue à la marelle / c'est la fête à la gazelle
Quand le lion joue à la belote / c'est la fête à l'antilope

[exemple proposé par le blog]

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Voici deux fables ou contrefables, allez savoir, qu'on trouve parmi d'autres dans le chapitre "Le Bidule et le Machinchose (Fables et contrefables)" du recueil "Les Poèmes de la souris verte" :

L'éléphant rose et la souris blanche

L'éléphant rose, un jour bouscula la souris
(pour un éléphant rose ,il était un peu gris !) ;
la souris quoique blanche, en eut une peur bleue,
(surtout que le balourd lui marcha sur la queue !)
"madame, excusez-moi, vraiment je suis navré..."
(il était si confus qu'il en aurait pleuré!)
Un éléphant qui pleure, est-il pire infortune ?
La souris toute émue, oublia sa rancune :
"Ce n'est rien, lui dit-elle en le réconfortant,
J'aurais pu vous en faire autant."
On tirera de cette histoire
une double moralité :
d'abord qu'un éléphant ne doit jamais trop boire
(et cela ne pas hésiter à le dire, à le répéter !)
mais surtout que ma souris blanche
est un fort bon exemple à donner aux enfants :
pour peu qu'elle eut pris sa revanche,
qu'eussions-nous fait de l'éléphant ?

Jean-Luc Moreau ("Les Poèmes de la souris verte" Le livre de Poche Jeunesse Hachette - Fleurs d'encre, 1992 et 2003)

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L'hippopotame

Par la Seine un hippopotame
S’en vint un jour jusqu’à Paname.
Il descendit dans le métro,
Changea même à Trocadéro
Mais quand il fut à la Concorde,
Il s’écria: «Miséricorde !»
Et par la Porte des Lilas
S’en alla.

Jean-Luc Moreau ("L'Arbre perché" - Collection Enfance heureuse, Éditions ouvrières, 1976)

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Le renard et le corbeau
ou si l'on préfère
la (fausse) poire et le (vrai) fromage
 

Or donc, Maître Corbeau,
Sur son arbre perché, se disait: « Quel dommage
Qu'un fromage aussi beau,
Qu'un aussi beau fromage
Soit plein de vers et sente si mauvais.

Tiens ! voilà le renard : je vais,
Lui qui me prend pour une poire,
Lui jouer, le cher ange, un tour de ma façon.
Ça lui servira de leçon ! »
Passons sur les détails, vous connaissez l'histoire
Le discours que le renard tient,
Le corbeau qui ne répond rien
(Tant il rigole !),
Bref, le fromage dégringole...
Depuis, le renard n'est pas bien ;
Il est malade comme un chien.

Jean-Luc Moreau ("Les Poèmes de la souris verte" Le livre de Poche Jeunesse Hachette - Fleurs d'encre, 1992 et 2003)



1 novembre 2009

Roy - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Claude Roy -

Claude Roy (1915-1997), poète français, est au rendez-vous des catégories pour la classe (Le chat blanc - Chevaux : trois ; oiseau : un - J'ai trouvé dans mes cheveux - Les corridors où dort Anne qu'on adore - Le soleil dit bonjour).

L'enfant qui a la tête en l'air

L'enfant qui a la tête en l'air
Si on se détourne, il s'envole.
Il faudrait une main de fer
pour le retenir à l'école.

L'enfant qui a la tête en l'air
ne le quittez jamais des yeux,
car dès qu'il n'a plus rien à faire
il caracole dans les cieux.

Il donne beaucoup de soucis
à ses parents et à ses maîtres,
on le croit là, il est ici,
n'apparaît que pour disparaître.

Comme on a des presse-papiers
il nous faudrait un presse-enfant
pour retenir par les deux pieds
l'enfant si léger que volant..

Claude Roy ("Enfantasques" Gallimard, 1974 et 1993 Folio Junior)

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L'enfant vraiment désordonné

Cet enfant perd tout ce qu'il touche
Etre désordonné, c'est laid :
Il prend sa clef et perd sa clef.
Il prend la mouche et perd la mouche.
Cet enfant là perd vraiment tout.
Et quand il prend ses jambes à son cou,
Il perd ses jambes, il perd son cou :
Il perd tout !

Claude Roy ("Enfantasques" Gallimard, 1974 et 1993 Folio Junior) 

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La dernière strophe de ce poème n'est pas donnée, la plupart du temps, aux élèves. Allez savoir pourquoi ...

L'enfant qui va aux commissions

"Un pain, du beurre, un camembert,
mais surtout n'oublie pas le sel.
Reviens pour mettre le couvert,
ne va pas traîner la semelle."

L'enfant s'en va le nez au vent.
Le vent le voit. Le vent le flaire.
L'enfant devient un vol-au-vent,
l'enfant devient un fils de l'air.

"Reviens, reviens, au nom de Dieu !
Tu fais le malheur de ton père.
Ma soupe est déjà sur le feu.
Tu devais mettre le couvert !"

Léger, bien plus léger que l'air,
l'enfant est sourd à cet appel.
Il est déjà à Saint-Nazaire.
Il oublie le pain et le sel.

Parents, de chagrin étouffant
d’avoir un fils si égoïste,
parents sans sel et sans enfant,
que votre dîner sera triste !

Claude Roy ("Enfantasques" Gallimard, 1974 et 1993 Folio Junior)

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L'enfant qui battait la campagne

Vous me copierez deux cents fois le verbe:
Je n'écoute pas. Je bats la campagne.

Je bats la campagne, tu bats la campagne,
Il bat la campagne à coups de bâton.

La campagne ? Pourquoi la battre ?
Elle ne m'a jamais rien fait.

C'est ma seule amie, la campagne,
Je baye aux corneilles, je cours la campagne.

Il ne faut jamais battre la campagne :
on pourrait casser un nid et ses oeufs.

On pourrait briser un iris, une herbe,
On pourrait fêler le cristal de l'eau.

Je n'écouterai pas la leçon.
Je ne battrai pas la campagne.

Claude Roy ("Enfantasques" Gallimard, 1974 et 1993 Folio Junior)

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L'excès des petits noms d'amitié

"Mon petit chat,
mon gros minet,
mon doux mouton, mon chatounet".
disait la mère à son bébé
dans l'excès des diminutifs.

Il ne faut pas trop s'étonner :
enfant d'un amour excessif
le petit se mit à miauler
et la maman à ronronner.

Claude Roy  

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L'affable La Fontaine

Récite ta fa
Récite ta fable.
Pour devenir grand
Il faut qu’on apprend
assis à sa table
sa récitation,
l’ineffable fable,
riche en citations,
de l’affable la
fontaine de fables.

L’heureux nard et le corbeau
Rat Deville et rats Deschamps
le méchant loup Pélagneau
la Chevreuse et le Roseau
L’Assis Gal et la fournie
la quenouille qui veut se faire
aussi rose que le bœuf
les animaux malades de la tête.

Retisse et récite
récite ta fa
ta fable d’enfant.
Quand tu seras grand
il sera bien temps
d’apprendre qu’on n’a
souvent aucun besoin d’un plus petit
que soif
pour boire à la fontaine.

Claude Roy ("Enfantasques" Gallimard, 1974 et 1993 Folio Junior)  

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Avec des si …

Si les poissons savaient marcher
Ils aimeraient bien aller le jeudi au marché.

Si les canards savaient parler
Ils aimeraient bien aller le dimanche au café.

Et si les escargots savaient téléphoner
Ils resteraient toujours au chaud dans leur coquille.

Claude Roy ("Enfantasques" Gallimard, 1974 et 1993 Folio Junior)

logo_cr_ation_po_tiquePoèmes à la manière de " Avec des si..."

Voyez ces productions en Cycle 3 >
(copier-coller le lien dans une nouvelle fenêtre)
http://www.stjean-douai.org/page-15179.html  ou bien ceci : http://www.aideeleves.net/recherches/avecdessi.htm  ou encore ceci dans un CE1-CE2 : http://legrandban57.123.fr/articles.php?lng=fr&pg=1097  et en CE1 : http://www.ac-versailles.fr/etabliss/ien-corbeil/ecoles/Paradis/avec_des_si.htm  Vous en trouverez plein d'autres sur la toile.

Voir aussi le texte Si ... de Jean-Luc Moreau

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La clef des champs

Qui a volé la clef des champs ?
La pie voleuse ou le geai bleu ?
Qui a perdu la clef des champs ?
La marmotte ou le hoche-queue ?
Qui a trouvé la clef des champs ?
Le lièvre vert ? Le renard roux ?
Qui a gardé la clef des champs ?
Le chat, la belette ou le loup ?
Qui a rangé la clef des champs ?
La couleuvre ou le hérisson ?
Qui a paumé la clef des champs ?
La musaraigne ou le pinson ?
Qui a mangé la clef des champs ?
Ce n'est pas moi. Ce n'est pas vous.
Elle est à personne et partout,
La clé des champs, la clef de tout.

Claude Roy

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L'oiseau voyou

Le chat qui marche l'air de rien
voulait se mettre sous la dent
l'oiseau qui vit de l'air du temps
oiseau voyou oiseau vaurien

Mais plus futé l'oiseau lanlaire
n'a pas sa langue dans sa poche
et siffle clair comme eau de roche
un petit air entre deux airs.

Un petit air pour changer d'air
et s'en aller voir du pays
un petit air qu'il a appris
à force de voler en l'air

Faisant celui qui n'a pas l'air
le chat prend l'air indifférent.
L'oiseau s'estime bien content
et se déguise en courant d'air.

Claude Roy 

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Le chat blanc

Un petit chat blanc
qui faisait semblant
d'avoir mal aux dents
disait en miaulant :
« Souris mon amie
j'ai bien du souci.
Le docteur m'a dit :
- Tu seras guéri
si entre tes dents
tu mets un moment,
délicatement,
la queue d'une souris ».
Très obligeamment
souris bonne enfant
s'approcha du chat
qui se la mangea.

Moralité :
Les bons sentiments
ont l'inconvénient
d'amener souvent
de graves ennuis
aux petits enfants
comme-z-aux souris.

Claude Roy 

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Limerick* des gens excessivement polis

Excusez-moi, je vous en prie
Disait le Monsieur Très Poli
tout ourlé de Bonnes Manières
quand il croisait un dromadaire

Je suis charmé vraiment ravi
Disait le Monsieur Si Gentil
en rencontrant rue de Lisbonne
un pangolin avec sa bonne

Je vous présente mes respects
Disant le Monsieur Circonspect
en dépassant dans l'escalier
un i sans point très essoufflé

Veuillez agréer mes hommages
Disait le Monsieur Tout en Nage
en arrivant très en retard
au bal masqué des nénuphars

Après vous je n'en ferai rien
Disait le Monsieur Vraiment Bien
lorsque la Mort sonnant chez ui
le trouvera toujours poli

L'ennui avec les gens polis
c'est qu'ils n'ont jamais fini
tout en saluts et en courbettes
mais trop polis pour être honnêtes.

* Un limerick est une forme de poème burlesque ou absurde.
Claude Roy ("Le Parfait Amour" - Éditions Seghers)

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Voici une réhabilitation de l'étourneau, cet animal trop souvent sujet de moquerie chez les humains :

Étourdis étourneaux

Les étourneaux
sont étourdis.
On le dit.

Ils font des tours
et des détours
et ils rient.

Les étourneaux
n'ont pas de tête.
On le dit.

Mais ils sont gais,
les étourneaux,
légers là-haut !

Ils font dans le ciel
des anneaux,
des anneaux gais à tire-d'aile
les étourneaux.

Claude Roy ("La cour de récréation" - Éditions Gallimard)

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L'escargot matelot

Un escargot fumant sa pipe
Portait sa maison sur son dos.
C'était un garçon sympathique,
Un brave et joyeux escargot.
Il avait été matelot
Et navigué sur un cargo.
Il en avait assez de l'eau
Cet ancien marin escargot.
Son ami le petit Léon
Lui apportait du tabac blond.
Et l'escargot fumant sa pipe
Évoquait la mer, les tropiques,
Et le tour du monde en cargo
Qu'il avait fait en escargot,
Un escargot fumant la pipe
Pour n'être pas mélancolique.

Claude Roy



1 novembre 2009

Tzara (Dadaïsme) - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Tristan Tzara et le mouvement Dada -

Tristan Tzara (1896-1963) est l'un des fondateurs du mouvement Dada.
Le mouvement Dada dépasse le cadre de l'humour, et pour tout dire celui de la poésie. Il échappe aux critères, aux règles et aux contraintes.
Voici des passages du Manifeste Dada rédigé en 1918 par Tristan Tzara :

"[...] J'écris ce manifeste pour montrer qu'on peut faire les actions opposées ensemble, dans une seule fraîche respiration; je suis contre l'action; pour la continuelle contradiction, pour l'affirmation aussi, je ne suis ni pour ni contre et je n'explique pas car je hais le bon sens. [...]
Une œuvre d'art n'est jamais belle, par décret, objectivement, pour tous. La critique est donc inutile, elle n'existe que subjectivement, pour chacun, et sans le moindre caractère de généralité. [...]
[Littérature] : Chaque page doit exploser, soit par le sérieux profond et lourd, le tourbillon, le vertige, le nouveau, l'éternel, par la blague écrasante, par l'enthousiasme des principes ou par la façon d'être imprimée. Voilà un monde chancelant qui fuit, fiancé aux grelots de la gamme infernale, voilà de l'autre côté : des hommes nouveaux. Rudes, bondissants, chevaucheurs de hoquets."

Chanson dada

La chanson d'un dadaïste
Qui avait dada au cœur
Fatiguait trop son moteur
Qui avait dada au cœur

L'ascenseur portait un roi
Lourd fragile autonome
Il coupa son grand bras droit
Il'envoya au pape à rome *

C'est pourquoi
L'ascenseur
N'avait plus dada au cœur

Mangez du chocolat
Lavez votre cerveau
Dada
Dada
Buvez de l'eau

II

La chanson d'un dadaïste
Qui n'était ni gai ni triste
Et aimait une bicycliste
Qui n'était ni gaie ni triste

Mais l'époux le jour de l'an
Savait tout et dans une crise
Envoya au vatican
Leurs deux corps en trois valises

Ni amant
Ni cycliste
N'étaient plus ni gais ni tristes

Mangez de bons cerveaux
Lavez votre soldat
Dada
Dada
Buvez de l'eau

III

La chanson d'un bicycliste
Qui était dada de cœur
Qui était donc dadaïste
Comme tous les dadas de cœur

Un serpent portait des gants
Il ferma vite la soupape
Mit des gants en peau d'serpent
Et vint embrasser le pape

C'est touchant
Ventre en fleur
N'avait plus dada au cœur

Buvez du lait d'oiseaux
Lavez vos chocolats
Dada
Dada
Mangez du veau

* en principe pas de majuscule

Tristan Tzara ( 1923)

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Pour faire un poème dadaïste

Prenez un journal.
Prenez les ciseaux.
Choisissez dans le journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l'article.
Découpez ensuite avec soin chacun de mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l'une après l'autre.
Copiez consciencieusement dans l'ordre où elles ont quitté le sac.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un écrivain infiniment original et d'une sensibilité charmante, encore qu'incomprise du vulgaire.

Tristan Tzara (1920)

Ci-après une recette Dada dont nous pourrons nous inspirer pour proposer un jeu de création poétique plus structuré (et donc pas vraiment Dada !) :

crayon lieucommun Découpage et collage de mots ou de groupes de mots
 Avec les précautions d'usage quand on manipule des journaux (pas les taches d'encre ni les coupures de ciseaux mais bien le danger des mots et le choc des images), la poésie naîtra peut-être de l'improbable.

Dans les titres d'articles de vieux journaux ou de magazines adaptés au niveau de la classe*, les élèves découperont sans projet de rédaction préalable les ensembles (1, 2, 3 mots...) écrits qui les intéressent, de manière à constituer un stock important d'étiquettes.

Dans un deuxième temps, le travail individuel ou par groupe, permettra d'expérimenter différentes combinaisons de trois ou quatre étiquettes, de manière à composer des titres bizarres ou des phrases amusantes. Chaque groupe de travail soumettra au grand groupe une ou plusieurs de ses productions.

Il est possible, dans les grandes classes, de regrouper ou de réarranger plusieurs ensembles, comme dans l'exemple ci-dessous.

Les titres et phrases retenus seront alors collés sur des feuilles A4 ou A3 pour être présentés en affiches, ou réunis par agrafage pour un  journal ("Tout est possible").

Un travail d'arts plastiques est envisageable pour illustrer les productions écrites, à côté ou dans le texte lui-même.

  • Variantes : Scanner les titres et réaliser un montage informatique dans un logiciel de retouche d'image (Photoshop, Publisher, Paint...).
  • Agrandir la réalisation A4 en A3 en photocopie (on pourra garder l'image en niveaux de gris avant illustration). Il est possible de reproduire encore par moitiés le document A3 pour un affichage grand format A2 ( 60 X 42 cm), ou plus.

* publications d'actualité pour les enfants et les adolescents (source Wikipedia) :

Le Journal des Enfants 8 à 14 ans Hebdo
Les Clés de l'actualité junior 8 à 12 ans Hebdo
Mon Quotidien 10 à 14 ans Quotidien
Le Monde des ados 11 à 15 ans Bimensuel
Mon Petit Quotidien 6 à 10 ans Quotidien
L'actu + 14 ans Quotidie


Les pages ci-dessous ont été obtenues par découpage et collage dans les titres ou inter-titres des pages nationales du journal "Le Parisien" , édition du mercredi 26 novembre 2008, uniquement.

Le Parisible* (mais si) du mercredi 26 novembre 2008.
* ce titre satirique a déjà servi pour une autre occasion, lieucommun se permet de le reprendre ... !

collage_1

autre composition à partir du même journal :

collage_num_ro_2



1 novembre 2009

Vaillant-Couturier - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Paul Vaillant-Couturier -

Paul Vaillant-Couturier  (1892-1937) était journaliste, écrivain, et poète mais l'Histoire a surtout retenu son engagement pacifiste et sa carrière politique. Il contribue à la diffusion de la « chanson de Craonne » pensant la guerre de 14-18. Journaliste au "Canard Enchaîné", en 1917, il crée en 1919 la revue pacifiste et artistique Clarté, avec Henri Barbusse.

Après le Congrès de Tours (1920), il participe à la fondation du Parti communiste français .

recueils de poésie : La Visite du berger (1913) et  Trains rouges (1922).

Du recueil justement intitulé "Enfance", deux alphabets, imagiers de l'enfance  :

L'alphabet (première version)

Le A majuscule monte dans le ciel comme une Tour Eiffel.
Le B est un monsieur à gros ventre.
Le C fait la révérence.
Le D est le dernier quartier de lune.
Le E a faim de toutes ses dents.
Le F est une grue dressée sur un chantier.
Le G ouvre sa bouche pour vous avaler.
Le H dresse ses deux poteaux sur le terrain de rugby.
Le I est un monsieur très maigre qui se tient droit.
Le J a le profil d'une louche à soupe.
Le K est un képi très haut.
Le L me servira d'équerre.
Le M est deux ponts dans la plaine.
Le N nous avertit d'un virage dangereux.
Le O est une belle pomme.
Le P pourrait servir de parapluie.
Le Q a le profil d'une raquette.
Le R est une pieuvre sur ses gardes.
Le S se tortille comme un serpent.
Le T est perché comme une antenne sur le toit.
Le U est un trapèze.
Le V est comme un oiseau dans le ciel.
Le W est comme les racines d'une molaire.
Le X présente deux épées qui se croisent.
Le Y est une baguette de sourcier.
Le Z est le signe de Zorro.

Paul-Vaillant Couturier

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L' alphabet (deuxième version)

"Paul se plaisait à imaginer les lettres un peu comme se les imaginaient les enlumineurs de manuscrit...
II y avait l'A, gendarme campé sur ses bottes,
le B, gros monsieur sans fesses roulant sur son ventre,
le C qui fait la révérence,
le D qui est assis derrière son comptoir,
le E qui a faim de toutes ses dents,
le F qui indique la sortie,
le G, menuisier des lettres avec son étau,
le H avec ses duellistes qui s'enferrent
le I monsieur maigre qui salue,
le J qui saute
et le K petit bossu,
le L qui envoie son coup de pied,
le M, la plus assise des lettres,
le N, montagne russe pour aller au ciel,
le O à qui on n'a qu'à dessiner une figure comme à la lune,
le P, initiale de Paul, ce qui suffit,
le Q dont on fait un rat en lui mettant deux oreilles,
le R mousquetaire, la plus noble et la plus majestueuse des lettres,
l'anguille du S,
la balance du T,
l'U tête sans crâne,
le V de vipère et le mystère de son identification
avec l'U sur les affiches,
le W qui n'est nulle part que sur les cabinets
et les parents lointains des lettres qui offrent avec le W une évocation d'exotisme et de voyage : X, Y, Z."

Paul Vaillant-Couturier ("Enfance" - Editions  Messidor, 1987)

crayon lieucommunLa forme des lettres, évocation poétique

L'observation des lettres de l'alphabet permet l'évocation poétique. On imaginera d'autres correspondances (cf aussi "Voyelles", le poème d'Arthur Rimbaud, en formes et couleurs :

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes ...

Autres matériaux : les chiffres : 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9, les signes d'écriture  : , ; . ! ? ... ( " ¨^@ + - X

Dans la nouvelle "L'alphabet de Mondo", Le Clézio, auteur contemporain, livre d'autres visions de l'alphabet : [...]

L'homme avait pris dans son sac de plage un vieux canif à manche rouge et il avait commencé à graver les signes des lettres sur des galets bien plats. En même temps, il parlait à Mondo de tout ce qu'il y a dans les lettres, de tout ce qu'on peut y voir quand on les regarde et quand on les écoute.

Il parlait de A qui est comme une grande mouche avec ses ailes repliées en arrière ;  de B qui est drôle, avec ses deux ventres, de C et D qui sont comme la lune, en croissant et à moitié pleine, et O qui est la lune tout entière dans le ciel noir. Le H est haut, c'est une échelle pour monter aux arbres et sur le toit des maisons ; E et F, qui ressemblent à un râteau et à une pelle, et G, un gros homme assis dans un fauteuil ; I danse sur la pointe de ses pieds, avec sa petite tête qui se détache à chaque bond, pendant que J se balance ; mais K est cassé comme un vieillard, R marche à grandes enjambées comme un soldat, et Y est debout, les bras en l'air et crie : au secours ! L est un arbre au bord de la rivière, M est une montagne ; N est pour les noms et les gens saluent de la main, P dort sur une patte et Q est assis sur sa queue ; S, c'est toujours un serpent, Z toujours un éclair ; T est beau, c'est comme le mât d'un bateau, U est comme un vase. V, W, ce sont des oiseaux, des vols d'oiseaux ; X est une croix pour se souvenir.
Avec la pointe de son canif, le vieil homme traçait les signes sur les galets et les disposait devant Mondo.


Jean-Marie Gustave Le Clézio ("Mondo et autres histoires" - éditions Gallimard, 1978).



1 novembre 2009

Verlaine, Vian - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Paul Verlaine -

Paul Verlaine (1844-1896)  est un des poètes français les plus connus. Voir ici une biographie et une bibliographie détaillées :
http://pagesperso-orange.fr/paul-verlaine/paul-verlaine/

Impression fausse

Dame souris trotte,
Noire dans le gris du soir,
Dame souris trotte
Grise dans le noir.

On sonne la cloche,
Dormez, les bons prisonniers !
On sonne la cloche :
Faut que vous dormiez.

Pas de mauvais rêve,
Ne pensez qu'à vos amours
Pas de mauvais rêve :
Les belles toujours !

Le grand clair de lune !
On ronfle ferme à côté.
Le grand clair de lune
En réalité !

Un nuage passe,
Il fait noir comme en un four.
Un nuage passe.
Tiens, le petit jour !

Dame souris trotte,
Rose dans les rayons bleus.
Dame souris trotte :
Debout, paresseux !

Paul Verlaine ("Parallèlement", paru aux éditions Messein, 1889, suivi de nombreuses autres éditions)



- Boris Vian -

Boris Vian (1920-1959) est un "touche-à-tout de génie".
Diplômé de l'École centrale, il entre comme ingénieur à l'Afnor (Association française de normalisation !) où il sévira quand même quatre années, avant de devenir trompettiste, car il est passionné de musique et de "culture jazz" (il signe des critiques pour des revues spécialisées).
Il écrit parallèlement(1) des poésies et des textes de chansons, qu'il interprètera plus tard, des nouvelles et des romans.

Lire la suite dans la catégorie du blog qui lui est consacrée, à gauche...

livre_Boris_Vian_poisson_d_avril

Un poisson d'avril

Un poisson d'avril
Est venu me raconter
Qu'on lui avait pris
Sa jolie corde à sauter

C'était un cheval
Qui l'emportait sur son cœur
Le long du canal
Où valsaient les remorqueurs

Et alors un serpent
S'est offert comme remplaçant
Le poisson très content
Est parti à travers champs

Il saute si haut
Qu'il s'est envolé dans l'air
Il saute si haut
Qu'il est retombé dans l'eau

Boris Vian ("Un poisson d'avril" - Rue du Monde, collection Petits Géants, 2001)

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Si les poètes étaient moins bêtes 

Si les poètes étaient moins bêtes
Et s'ils étaient moins paresseux
Ils rendraient tout le monde heureux
Pour pouvoir s'occuper en paix
De leurs souffrances littéraires
Ils construiraient des maisons jaunes
Avec des grands jardins devant
Et des arbres pleins de zoizeaux
De mirliflûtes et de lizeaux
Des mésongres et des feuvertes
Des plumuches, des picassiettes
Et des petits corbeaux tout rouges
Qui diraient la bonne aventure
Il y aurait de grands jets d'eau
Avec des lumières dedans
Il y aurait deux cents poissons
Depuis le croûsque au ramusson
De la libelle au pépamule
De l'orphie au rara curule
Et de l'avoile au canisson
Il y aurait de l'air tout neuf
Parfumé de l'odeur des feuilles
On mangerait quand on voudrait
Et l'on travaillerait sans hâte
A construire des escaliers
De formes encor jamais vues
Avec des bois veinés de mauve
Lisses comme elle sous les doigts

Mais les poètes sont très bêtes
Ils écrivent pour commencer
Au lieu de s'mettre à travailler
Et ça leur donne des remords
Qu'ils conservent jusqu'à la mort
Ravis d'avoir tellement souffert
On leur donne des grands discours
Et on les oublie en un jour
Mais s'ils étaient moins paresseux
On ne les oublierait qu'en deux.

Boris Vian ("Je voudrais pas crever", éditions Jean-Jacques Pauvert, 1962)

logo_cr_ation_po_tique Inventer des mots

Voir Guillevic, Henri Michaux et Boby Lapointe.



1 novembre 2009

HAÏKUS - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

HAÏKUS 

Jean-Hugues Malineau, poète et ancien enseignant, est né en 1945. Un recueil en particulier pour découvrir cet auteur : "Trente haiku rouges ou bleus" * - Son site se trouve ici :  http://jhmalineau.free.fr/biographie.php

Un, deux, trois, soleil !
elles jouent sous le cèdre bleu
cerises sur les oreilles

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L'enfant malade
comme il regarde
l'éclosion des pivoines

Jean-Hugues Malineau
("Trente haïku rouges ou bleus"*,  Pluie d’étoiles, 2000)

(*on peut écrire "haïku" sans le s du pluriel)

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Françoise Naudin, née en 1949, est l'auteure de recueils de haïkus dits modernes :

La petite fille
a enjambé la chenille
d'un pas de géante

Françoise Naudin

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Jean-Claude Touzeil, né en 1946, a publié de nombreux recueils de poésies, dont des haïkus, tels que ceux-ci

Au bord de la piste
Les yeux ronds comme des billes
Retour à l’enfance

Jean-Claude Touzeil ("Haïkus sans gravité" -  L’épi de seigle, 2001)

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Marché de Briouze
Un veau pleure après sa mère
Un enfant aussi

Jean-Claude Touzeil  (source, le blog de l'auteur, avec beaucoup d'autres textes : http://biloba.over-blog.com/)

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Le clown à la foule :
- ça va les petits enfants ?
 - ouuui !... hurlait mon père.

Jean-Claude Touzeil  (source : http://biloba.over-blog.com/)

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Yves Brillon, est un poète québecois contemporain :

dans cette maison
qu’occupent des étrangers
ma petite enfance

Yves Brillon

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Kobayashi Issa (1901-1983) est l'un des auteurs japonais de haïkus classiques le plus connu :

Averse de printemps
un enfant passe la main
par le portail de paille

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Perle de rosée
qu’a voulu prendre en ses doigts
un petit garçon.

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La mère du moineau

lui réclamant son enfant

poursuit le chat

Issa

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D'autres auteurs japonais de haïkus classiques :

Nakamura Kusatao (1901-1983)

Aube glacée
Chant de grillon
C’est mon enfant qui dort.

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Décombres d’incendie
Sur le sol en ciment
Fillettes et jeu de balle.

 Kusatao

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crayon lieucommun Création de haïkus en CM

Ici un programme de crétion de haïkus eu CM1, comprenant deux séquences détaillées - le fichier est téléchargeable au format Word, que PC et Mac lisent sans problème (oui, c'est compliqué, mais un clic suffit, j'ai testé !) :  

http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=haiku%20%22enfant%22&source=web&cd=6&ved=0CEcQFjAF&url=http%3A%2F%2Fmembres.multimania.fr%2Fprepweb%2Fcdpe%2Fcycle3%2Fc3fr%2Fderoulement%2520sequence.doc&ei=eNgJT4m8C4qk-gb4jNGqAQ&usg=AFQjCNGTjlzDcE_ZSo2kjl86CyjJtayI8w&sig2=uZN2JOlgBwRmHkAZ4CsISA



1 novembre 2009

COMPTINES D'AUTEURS - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

COMPTINES DE DIVERS AUTEURS

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La devinette

Oh ! Papa ! Toi qui sais tout
Toi qui lis dans tous les livres
Et même dans le journal,
Où les lettres sont si fines,
Oh, Papa ! Devine ! Devine !
Ses yeux sont deux billes de verre,
Ses oreilles, feuilles de chou,
Il a mis la peau de son père
Avec son nez en caoutchouc
Il fait peur aux petits enfants
Qu'est-ce que c'est ?
C'est l'éléphant !
Il dit tout ce qu'on lui fait dire
Il est vert. Il parle du nez.
Il nous demande avec colère
Si nous avons bien déjeuné
Oh ! Père, tu le reconnais ?
C'est un père, le perroquet !


Georges Duhamel

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Les trois classes

Dans la classe
de Monsieur Leblond,
On cultive des potirons.

Dans la classe
de Madame Levert

(...)

  • La suite  au paragraphe Corinne Albaut , avec des idées pour la création poétique.

Corinne Albaut ("Comptines pour la rentrée des classes" - collection "Les Petits Bonheurs", Actes Sud Junior, 1997)

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Comptine du trappeur (début du texte)

Toi, renard bleu,
je t’aime un peu.
Toi, castor blanc,
passablement.
...


Bernard Lorraine - voir le paragraphe de l'auteur pour la suite

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Les petits lapins

Deux petits lapins,
quatre pommes de pin
ont déjeuné à Moscou,
ont soupé à Tombouctou,
sont rentrés coucher
chez
               nous.

Guy-Charles Cros

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Le clown Coquelicot

Un clown rigolo
Qui s'appelait Coquelicot
Je lui donne une claque
Ca le rend patraque
Je lui donne un baiser
Il tombe de côté
Il tombe sur un os
Ca lui fait une bosse
Il tombe dans le feu
Ca lui fait des bleus
Ouie ! Aïe ! Ca me fait mal !
J'ai le nez qui mouille
Comme une grenouille

Roland Topor (dans "60 poèmes et 60 comptines" - éditions Le Centurion)

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Cache-cache

Dans la maison
Broute un bison.
Dans le buffet
Rit un orvet.
Dans le tiroir
S’éveille un loir.
Dans le placard
Guette un guépard.
Dans le fauteuil
Niche un bouvreuil.

Jean-Claude Renard

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La linotte

Je suis idiote
dit la linotte.
J'ai oublié mes bottes,
ma redingotte,
et ma culotte.

[…]

Le dromadaire

Un jour au Caire
un dromadaire
entra chez un libraire
et prit une grammaire.
C'est pas vrai, ça fait rien,
ça sera vrai demain

[…]

Le kangourou

Le papa kangourou
N’est pas un loup-garou,
C’est un sauteur,

[…]

lire la suite de ces trois comptines au paragraphe de l'auteur :
Paul Savatier

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Dans le panier

Qu’y a-t-il dans le panier ?
- De la paille.
Qu’y a-t-il dans la paille ?
- Une poule.
Qu’y a-t-il sous la poule ?
- Un oeuf.
Qu’y a-t-il dans l’oeuf ?
- Le blanc.
Qu’y a-t-il dans le blanc ?
- Le jaune.
Qu’y a-t-il dans le jaune ?
- Une aiguille.
Qu’y a-t-il dans l’aiguille ?
- Un trou.
Qu’y a-t-il dans le trou ?
- Une grosse bête qui court après toi.

Georges Jan ("Il était une fois, la poésie" - Éditions Messidor La Farandole, 1974)

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Le petit pou

Assis sur le genou
d'un hibou
le petit pou
cherchant son joujou
...


Robert Clausard - voir le paragraphe de l'auteur pour la suite

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Comptine du pacha

Le pacha
Des émirats
A plus de chats
Que de rats

Les souris
Se le sont dit
Et sont parties
Pour Paris

Le pacha
Ébaudi
Et ses chats
Ébahis
Restent là
Aujourd'hui
Et c'est toi
Qui es sorti.


Bernard Clavel ("Rouge pomme" - Éditions L'École des Loisirs, 1982)

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Les comptines sont en général très rythmées. Les enfants utilisent celle-ci dans un jeu d'"élimination". Ils forment un cercle, et le meneur de jeu désigne successivement chacun des participants en scandant la comptine syllabe par syllabe. Celui sur qui "tombe" le "hors" de "dehors" est éliminé. D'autres comptines, c'est leur rôle initial, servent au contraire à désigner quelqu'un.

Quelle heure est-il ?

Bonjour Madame.
Quelle heure est-il ?
Il est midi.

Qui est-ce qui l'a dit ?
La petite souris.

Où est-elle ?
Dans la chapelle.

Qu'y fait-elle ?
De la dentelle.

Pour qui ?
Pour les dames de Paris
Qui portent des souliers gris.

Pin pon d'or
La plus belle, la plus belle,

Pin pon d'or
La plus belle est en dehors.

Traditionnel

crayon lieucommun Comptines questions-réponses

Les comptines qui précèdent s'apparentent à un jeu question-réponse. Sur ce modèle, on peut imaginer un dialogue autour d'un thème.

  • La première comptine est construite en "poupées russes" (comme le poème de Charpentreau Dans notre ville il y a ...). On apportera de la fantaisie avec des contradictions, des impossibilités, et peut-être une surprise finale.
  • La seconde comptine, fait penser au dialogue "loup y-es tu ?" (en moins inquiétant). De la même manière, on pourra s'amuser à décaler les réponses aux questions avec des rimes ou des assonances.

exemple (proposé par le blog) :

Bonjour madame la souris
Qu'avez-vous mangé à midi ?
-  Un très gros chat
-  Je ne vous crois pas
-  Non ... c'était une vache à lait
-  Je vous crois, vous êtes tâchée.

  • En gardant la structure dialogue mais avec  des éléments de phrase indépendants, dissociés, l'exercice se rapproche du  jeu du Cadavre exquis (cf André Breton).

1 novembre 2009

Alyn, Amundsen - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Marc Alyn -

Marc Alyn est né en 1937. Il est romancier (Le Déplacement, 1964) et poète (une vingtaine de recueils, dont Le Temps des autres, prix Max Jacob 1957 ; Les Alphabets de Feu, Grand Prix de Poésie de l'Académie Française, 1994).

Il est aussi critique d'art, essayiste (Le Piéton de Venise, "roman contemporain", prix Henri-de-Régnier 2005 de l'Académie française) et auteur d'un "opéra-verbe" (Le Grand Labyrinthe, 1971).

"Je crois en l'homme simplement
pour sa résistance à la nuit ..."

L'enfant de lune

La lune en maraude au coeur des vergers
Grimpait aux pommiers en jupon d'argent ;
Surgirent des chiens rauques, déchaînés :
La lune s'enfuit, laissant un enfant.

Il vint avec nous en classe au village,
Tout à fait semblable aux autres garçons
Sauf cette clarté nimbant son visage
Sous le feu de joie de ses cheveux blonds.

Il aimait la pluie, les sources, les marbres,
Tout ce qui ruisselle et ce qui reluit ;
Le soir il veillait très tard sous les arbres
Regardant tomber lentement la nuit.

La lune en maraude au cœur des vergers
Vint chercher l'enfant un soir gris d'automne :
Vite, il s'envola. J'entends à jamais
Le bruit de son aile amie qui frissonne.

Marc Alyn ("Liberté de voir" - éditions Terre de Feu - et dans 'Poèmes à dire" choisis par Daniel Gélin - Seghers, 1974)



- Huguette Amundsen -

Huguette Amundsen est une poète française née en 1937.

J’ai vu …

J'ai appelé le terrassier
il marchait à cloche-pied
j'ai appelé le moissonneur
il jurait comme un voleur
j'ai appelé le cordonnier
il jetait tous ses souliers
alors je m'en suis allée
j'ai vu des hannetons
tâtonnant en rond
j'ai vu des limaces
faire la grimace
j'ai vu une libellule
très crédule
puis me penchant encore
j'ai vu un chou-fleur
chercher l'heure
j'ai vu un artichaut
qui rêvait d'être au chaud
chemin faisant
j'ai vu un lampadaire
le nez en l'air
j'ai vu un vélo
près de l'eau
j'ai vu un canard
en retard
j'ai vu un lapin
jouer au crincrin
puis j'ai vu des gens
mécontents
car ils ne voyaient rien.

Huguette Amundsen

crayon lieucommunJ'ai vu ...

On trouve des productions de poèmes à l'imitation de "J'ai vu", ici :
http://sites16.ac-poitiers.fr/gond-curie/spip.php?article183



1 novembre 2009

SOMMAIRE - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

dernière mise à jour le 5 mars 2012

- - - - SOMMAIRE - - - -

(choisir le texte et cliquer sur le n° de page)

crayon lieucommun<< ce logo signale des propositions de création poétique liées aux textes d'auteurs

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(le sommaire est susceptible d'évoluer)

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-  page 1 (vous y êtes, déroulez la page)

> comptines, haïkus, chansonnettes, chansons

  • comptines - avec les notes de la gamme, avec les jours de la semaine, avec les saisons , avec les mois, numériques, alphabétiques, sur les personnes et les choses, diverses, comptines d'auteurs
  • haïkus
  • chansonnettes, chansons de divers auteurs

auteurs > deALBAUT à ANGIBAUD

  • Corinne Albaut - Les trois classes - Sept jours sur sept - Avoir un dragon chez soi  - Le jour et la nuit
  • Pierre Albert-Birot - L'oreille fine - Chatterie - Silex, poèmes des cavernes
  • Marc Alyn - L'enfant de lune
  • Huguette Amundsen - J'ai vu
  • Patrice Angibaud - La balançoire - Le vieux

-  page 2 >> clic ici pour accéder aux textes

auteurs > de BACRI à CHAPONNIÈRE - textes déjà en place :

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auteurs > de CHAPOUTON à DESNOS - textes déjà en place :

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auteurs > deDESNOUES à HALDAS - textes déjà en place :

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auteurs > de PRÉVERT à SADELER - nombreux textes déjà en place

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auteurs > de SAINT-JOHN PERSE à SOUPAULT - nombreux textes déjà en place

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auteurs > de SPÈDE à WOUTERS - nombreux textes déjà en place

- le sommaire est susceptible d'évoluer -


1 novembre 2009

Brière - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS



- Joëlle Brière -

livre Pinpanicaille BrièreJoëlle Brière, née en 1940, est une romancière, illustratrice et poète (elle est l'une des fondatrices de la revue de poésie Fanal 89, - 89 comme Yonne). Elle fonde en 1994, toujours en Bourgogne, les éditions de la Renarde Rouge, à Véron, le village où elle a été institutrice et Maire. Elle y publie et illustre ses nombreux livres, poèmes, souvenirs, histoires, contes, parmi lesquels : "Lettres sous silence", "Pinpanicaille", "Alphabet des délices & des souffrances",  "Une faim en soi", "Une baleine, deux baleines, trois baleines, six cachalots ...", "Je ne suis pas La Joconde", "Ce jardin devant moi...", "Les vergers"... "Sidonie ou La Vie Donnée", remarquable récit intimiste romancé de l'enfance bretonne de la mère de l'auteur, est paru en 2011.

Une visite s'impose : http://renarderouge.fr/index.html

La fille de l'épicier

La fille de l'épicier
a des yeux de réglisse
et des dents comme des petites
dragées.

Mademoiselle... euh mademoiselle ! Je
voudrais quatre caramels, six berlingots à
la groseille, huit souris en chocolat, dix sucres
d'orge, pas un pareil ! douze barres de nougat
tendre et un gros malabar.

La fille de l'épicier
avec ses lèvres de soleil
me met toujours en retard !

Joëlle Brière ("Une baleine, deux baleines, trois baleines, six cachalots ..." - éditions La Renarde Rouge 1998)



1 novembre 2009

Claudel, Clausard - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Paul Claudel -

Paul Claudel(1868-1955) est connu pour ses pièces de théâtre ("Le soulier de satin") et son oeuvre poétique, marquée par sa foi catholique. Il a été aussi diplomate.

On trouvera ci-dessous quelques textes moins attendus.

La maison du marchand de sable (extrait)

Petit bout, le monde est parti.
On a roulé les tapis.

Moi aussi, parti, hélas !
Mais je sais ce qui se passe.

J'ai dans l'oreille un cricri
Qui me conte ce qu'on lui dit.

J'ai vendu au marchand de sable
Ce château considérable.

On a fermé les volets.
Entrez, Madame ! s'il vous plaît !

Entrez, Madame la souris !
Serviteur, Monsieur le rat gris !

Grigna grigno grigna gris !
Il fait bon, il fait noir et gris.

Personne pour nous déranger.
Allons voir le garde-manger.

On m'a parlé d'une tartine
Là-dedans qui se ratatine.

La lune coule un oeil d'or
À travers le corridor.

Il y a un bonhomme gris
Qui taquine le rat gris.

[...]

Dans sa boutique l'araignée
Tourne son moulin à café.

Quelqu'un tire la sonnette.
Bonjour donc, Mam'zelle Annette !

Ma robe est trouée par derrière.
C'est-i vous la couturière ?

Si vous me la raccomodez,
Aussitôt je vous paierai,

Je vous réglerai la note
Avec une petite crotte.

[...]

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Paul Claudel a été en poste d'ambassadeur au Japon de 1921 à 1927. Les  courts poèmes qui suivent s'apparentent à des haïkus ou des tankas japonais. Certains se retrouvent dans le recueil Dodoitzu et l’escargot alpiniste (Gallimard, 1945), réédité en 2005 sous ce même titre dans la collection Enfance en Poésie (Gallimard).
Ceux-ci ont été empruntés à l'adresse (fichier PDF) :
http://dspace.wul.waseda.ac.jp/dspace/bitstream/2065/493/11/Honbun-3749-09.pdf

Obscurité

Votre voix, je l’entends bien ; mais
Votre silhouette, je ne la vois :
Vous êtes comme dans un trou
Le grillon !

- - - - - - - - - - - - - - -

Coucou

On vous entend bien
Vous voir pas moyen
Ainsi dans son trou
Le grillon
Coucou !

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Ma figure dans le puits

Pas moyen que je me l’ôte
Ma figure dans le puits
Pas moyen que je me l’ôte
Et que j’en mette une autre
Et si l’on me trouve jolie
Tant pis ! c’est pas ma faute !

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

 

livre_Claudel_escargotTénacité

Escargot,
Tout doux, tout doux, va, monte
Le Fuji !

L’escargot alpiniste

L’escargot à l’escalade
Sac au dos s’est mis en campagne
L’escargot à l’escalade
Va digérer la montagne !

Paul Claudel ("Dodoitzu et l’escargot alpiniste", 1945 et Enfance en Poésie  - Gallimard, 2005)

 

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

 

Cent phrases pour éventails

"Qui m'aurait permis de résister à la tentation, là-bas partout ambiante, de la calligraphie ?"

La dernière version originale en 1927 de cette oeuvre de Paul Claudel (avant la réédition en 1942 et celle de 1996 en Poésie-Gallimard) est composée de "trois accordéons de papier, qu'on feuillette de droite à gauche, réunis dans un emboîtage. Elle reproduit cent soixante-douze phrases manuscrites, et des idéogrammes calligraphiés par Ikuma Arishima, et porte pour la première fois le titre de "Cent phrases pour éventails". Deux poèmes (sans titre), haïkus au sens large (voir la catégorie du blog consacrée aux haîkus), choisis pour l'image :

Accroupi
près
du
bocal
Monsieur le Chat
les yeux à demi fermés
dit :
Je n’aime pas
le poisson

- - - - - - - - - - -

Dans
la lune
morte
Il y a
un lapin
vivant !

Paul Claudel ("Cent phrases pour éventails", Gallimard 1942 et Poésie- Gallimard, 1996)

logo_cr_ation_po_tiquePoème court

Voir la catégorie haïkus



- Robert Clausard -

Robert Clausard est un poète contemporain.

R
ecueils : Poèmes de la marguerite et du bouton d'or (Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1973) ;  Lisière de nuages (Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1978) ; Les Berceuses de la marmotte (Éditions de l'OCDL,1979).

La puce

Une puce prit le chien

pour aller de la ville

au hameau voisin.

À la station du marronnier

elle descendit

"Vos papiers !" dit l'âne

coiffé d'un képi.
"Je n'en ai pas
.
- Alors que faites-vous ici ?

- Je suis infirmière

et je fais des piqûres

à domicile."

Robert Clausard

 - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Le petit pou (Comptine)

Assis
sur le genou
d’un hibou
le petit pou
cherchant son joujou
jette le bijou
comme un caillou
dans le chou.

Robert Clausard

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Les petits lapins

Quatre petits lapins couraient
Trois petits lapins sautaient
Deux petits lapins dansaient
Un petit lapin chantait:
Quatre carottes pour mon grand-père
Trois carottes pour ma grand-mère
Deux carottes pour mon grand frère
Une carotte pour Roudoudou
Je la croque d'un seul coup

Robert Clausard ("Poèmes de la marguerite et du bouton d'or" - Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1973)



1 novembre 2009

Chedid - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

livres_Chedid_enfants

- Andrée Chedid -

Andrée Chedid ( prononcer "chédid" mais pas d'accent écrit sur le "e"")  est une poétesse française aux racines multiples. 
Née en 1920 en Égypte (Le Caire) de parents libanais, elle vit au Liban de 1942 à 1946 puis vient s'installer en France (où elle avait séjourné enfant) et adopte la nationalité française.  Elle a disparu en février 2011. Le printemps des Poètes 2010 ("couleur femme" lui était dédié.
Auteure de nombreux romans, récits, pièces de théâtre, recueils de poésies, ainsi que des contes et comptines pour les enfants, elle écrit aussi des textes de chansons pour son petit-fils Matthieu Chedid ("M"), le fils de Louis Chedid.

 

"Toi
Qui que tu sois
Je te suis bien plus proche qu'étranger".

(derniers vers du poème TOI-MOI" - "Visage premier, Flammarion, 1972)

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Sur le thème "Enfances", ce texte fort :

Regarder l'enfance

Jusqu’au bord de ta vie
Tu porteras ton enfance
Ses fables et ses larmes
Ses grelots et ses pleurs
Tout au long de tes jours
Te précède ton enfance
Entravant ta marche

Ou te frayant chemin

 

Andrée Chedid ("Épreuves du vivant" - éditions Flammarion, 1983)

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Sur ce blog, on trouve un autre choix de textes d'Andrée Chedid ici, pour le Printemps des Poètes 2010 :

http://lieucommun.canalblog.com/archives/_print_poetes_2010___andree_chedid/index.html

Le rire

Le rire
Pour rire
Quitta les hommes
Ce fut navrant
Fallait voir comme
Mais le rire
Bonhomme
Regagna son "home"
Riant riant
De voir comment
Un homme sans rire
N'est plus un homme

Andrée Chedid ("Le Cœur et le temps" - éditions de l'École des Loisirs, 1976) - et sur le site du Printemps des Poètes

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L’anniversaire

J’ai neuf ans
Salut les vétérans !
J’aime l’élan
Mais pas les caïmans

J’ai neuf ans
Salut les descendants ! 
J’aime Laurent
Un peu plus que maman

Andrée Chedid

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Le caillou

Le caillou
Passe-partout
Sans froufrou
Sans bagout
Est jaloux, très jaloux
De Nicéphore, le Pou
Ce casse-cou
Vent-debout
Qui court le guilledou !

Andrée Chedid ("Le Cœur et le temps" - éditions de l'École des Loisirs, 1976)

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La cervelle de papa

La sardine a des arêtes,
Papa n'en a pas !

Papa, lui, a un squelette,
Que la sardine n'a pas !

La machine a des ailes,
Papa n'en a pas !

Papa, lui, a de la cervelle,
Il dit que la machine, pas !

Andrée Chedid ("Fêtes et lubies" - éditions Guy Levis et l'École des Loisirs, chanterimes, 1979)

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Histoire de cou

Un jour, le kangourou
Se fit gourou
Pour se monter le cou
Et la girafe
Dut faire gaffe
De peur de tomber
En carafe !

Andrée Chedid

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La fringale

Holà ! Holà !
Tous, garez-vous !
Les durs les doux
Les secs les mous
Holà ! Holà !
Je donne le signal :
Voilà que Dame Noix
A sa FRINGALE !

Les petits gâteaux
Font le gros dos
Les Cochonailles
De peur, défaillent
Les Confitures
Se claquemurent
Tous les Anchois
Sont aux abois

Mais rien rien Rien
Ne résistera
À la FRINGALE
De Dame Noix !

Andrée Chedid ("Le Cœur et le temps" - éditions de l'École des Loisirs, 1976)

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -         

La fourmi et la cigale

"Fini, fini !"
Dit la fourmi.
"Au diable la parcimonie ! Dès aujourd’hui
Je convie
Toutes cigales affranchies
A me chanter leurs mélodies,
Et nous fêterons, en compagnie,
La vie qui bouge,
La vie qui fuit !"

"Holà, holà !"
Fit la cigale
Poussant un cri très vertical.
"Pour moi, adieu le carnaval !
L’hiver, l’hiver m’a tant appris,
Et le souci tant rétrécie,
Que j’ai rangé toutes mes rêveries
Pour m’établir
En Bourgeoisie !"

Andrée Chedid

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L'éponge

Une éponge
Songe
Songe
Songe aux songes
D'une éponge
Qui songe

Andrée Chedid ("Fêtes et lubies" - éditions Guy Levis et l'École des Loisirs, chanterimes, 1979)

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Chedid_image_ch_vre

illustration du poème dans l'ouvrage "101 poèmes pour les petits"

La chèvre magique

La chèvre magique
A des tiques
Dans l'oreille gauche
Dans l'oreille droite
Et tic et tac
Et gratte et gratte
La chèvre magique
Se détraque

Andrée Chedid ("Lubies" - GLM, 1962  et "101 poèmes pour les petits" - Bayard Jeunesse, 2002)

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L'onomatopée

Lolo, nono,
Mama, topée !
C'est pas possible
A prononcer !

Glou-glou, tic-tac
Do-do, pé-pé,
Tout ça
C''est de l'O
NOMATOPÉE !

Lolo, nono
Mama, topée !
Un mot
A vous rendre toqué !

Cui-cui, chut-chut
Boum-Boum, yé-yé
Voilà des O
NOMATOPÉE ! *

Lolo, nono
Mama, topée!
Pourquoi vouloir
Tout compliquer !

    [* écrit sans S]

Andrée Chedid    [* écrit sans S]

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Éloge de l'Accent

"Aigu
Grave
Ou circonflexe
Avec zèle
J’annexe
Par kyrielles
Les Voyelles !

A E I O U, mes Belles !
Je vous suis providentiel !
 
Je vous coiffe à tire-d’aile
Je vous gèle
Je vous flagelle
Je vous grêle
Je vous ombrelle !

U O I E A, Agnelles!
Rendez-vous à mes appels ! 
   
Aigu
Grave
Ou circonflexe
Je le répète sans complexe :
C’est l’Accent
Qui fait le Texte !

* La dernière strophe est absente de l'édition "Étonnants Classiques" Garnier-Flammarion 1996.

Andrée Chedid ("Fêtes et lubies" - éditions Flammarion - 1973 et 1996)

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Sur le thème du Printemps 2012, "ENFANCES", un texte plus difficile et profond  :

Brève invitée

Ma lande mon enfant ma bruyère
Ma réelle mon flocon mon genêt,
Je te regarde demain t’emporte 
Où je ne saurais aller.

Ma bleue mon avril ma filante
Ma vie s'éloigne à reculons,
A toi les oiseaux et la lampe
A toi les torches et le vent.

Mon cygne mon amande ma vermeille
A toi l'impossible que j'aimais
A toi la vie, sel et soleil,
A toi, brève invitée.

Andrée Chedid ("Seul le visage", 1960 - repris dans "Textes pour un poème - 1949-1970 " - éditions Flammarion, 1987)  

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Ce dernier texte est la contribution d'Andrée Chedid à la dénonciation de la violence et de la guerre qui touche même les enfants

L’enfant est mort

L’enfant est mort

Le village s’est vidé
de tous ses combattants

Rivé à sa mitraillette
dont les rafales de feu
viennent d’achever l’enfant
L’ennemi tremble d’effroi
à l’abri d’un vieux mur

Tout est propre autour:
le ciel
la mer
l’été rieur
les pins

L’ennemi
a lancé au loin
par-delà les collines
ses vêtements et son arme
son histoire et ses lois

Pour se coucher en pleurs
à deux pas d’une fontaine
sous l’ombre d’un oranger

Près du corps de l’enfant.

Andrée Chedid (dans "Poème pour un texte (1970 - 1991)", dans "Au cœur du cœur", Librio, 2010 et dans l'anthologie " On n'aime guère que la paix" - Jean-Marie Henry - Alain Serres et Nathalie Novi - éditions Rue du Monde)



1 novembre 2009

Carême - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Maurice Carême -

Maurice Carême, instituteur belge (1899-1978) est présent dans chaque cahier de poésie des élèves de France et de Navarre (et de Belgique bien sûr), et ses textes se baladent un peu partout sur le blog. Explorez les catégories !

La plupart des textes se trouvent sur le site de la Fondation Maurice Carême - http://www.mauricecareme.be/fondation.php

Careme livre etre ou ne pas etre

La fillette et le poème

"Le poème, qu'est-ce que c'est ?
M'a demandé une fillette :
Des pluies lissant leurs longues tresses,
Le ciel frappant à mes volets,
Un pommier tout seul dans un champ
Comme une cage de plein vent,
Le visage triste et lassé
D'une lune blanche et glacée,
Un vol d'oiseaux en liberté,
Une odeur, un cri, une clé ?"

Et je ne savais que répondre
Jeu de soleil ou ruse d'ombre ? -
Comment aurais-je su mieux qu'elle
Si la poésie a des ailes
Ou court à pied les champs du monde ?

Maurice Carême © Fondation Maurice Carême (recueil posthume "Être ou ne pas être" - Collection La petite Belgique - éditions l'Age d'Homme, 2008)

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Alphabet

A c'est l'âne agaçant l'agnelle,
B c'est le boulevard sans bout,
C la compote sans cannelle,
D le diable qui dort debout.
E c'est l'école, les élèves,
F le furet féru de grec,
G la grive grisant la grève,
H c'est la hache et l'homme avec.
I c'est l'ibis berçant son île,
J Le jardin sans jardinier,
K le képi du chef kabyle,
L le lièvre fou à lier.
M c'est le manteau bleu des mages,
N la neige bordant le nid,
O l'oranger pris dans l'orage,
P le pain léger de Paris.
Q c'est la quille sur le quai,
R la rapière d'or du roi,
S le serpent qui s'est masqué,
T la tour au-dessus des toits.
U c'est l'usine qui s'allume,
V le vol du vent dans la voile,
W le wattman de lune,
X le xylophone aux étoiles.
Y c'est les yeux doux du yack
Oublié dans le zodiaque,
Z le zigzag brusque du zèbre
Qui s'enfuit dans les ténèbres,k

Malheureux parce qu'il est
Le dernier de l'alphabet.

 Maurice Carême ("A cloche-pied" - éditions Ouvrières, 1972)

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Avez-vous vu ?

Avez-vous vu le dromadaire
Dont les pieds ne touchent pas terre ?

Avez-vous vu le léopard
Qui aime loger dans les gares ?

Avez-vous vu le vieux lion
Qui joue si bien du violon ?

Avez-vous vu le kangourou
Qui chante et n'a jamais le sou ?

Avez-vous vu l'hippopotame
Qui minaude comme une femme ?

Avez-vous vu le perroquet
Lançant très haut son bilboquet ?

Avez-vous vu la poule au pot
Voler en rassemblant ses os ?

Mais moi, m'avez-vous bien vu, moi,
Que personne jamais ne croit ?

Maurice Carême

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Fantaisie

L'homme habitait un quart de pomme ;
La femme, un huitième de poire.
Leur vieille cousine Opportune
Vaquait dans une demi-prune.
Il y avait monsieur Léon
Qui débordait d'un gros citron
Et sa soeur, madame Émérence,
Qui emplissait toute une orange.
Quant à moi, chétive fillette,
Je tenais dans une noisette
Et, comme je n'étais pas grosse,
Il arrivait, les jours de fête,
Que je m'y déplace en carrosse.

Maurice Carême

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Mon petit chat

J’ai un petit chat,
Petit comme ça.
Je l’appelle Orange.

Je ne sais pourquoi
Jamais il ne mange
Ni souris ni rat.

C’est un chat étrange
Aimant le nougat
Et le chocolat.

Mais c’est pour cela,
Dit tante Solange,
Qu’il ne grandit pas !

Maurice Carême ("La lanterne magique" - éditions Ouvrières, 1947)

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L’ogre

J’ai mangé un œuf
Deux langues de bœuf
Trois rôtis de mouton
Quatre gros jambons
Cinq rognons de veau
Six couples d’oiseaux
Sept immenses tartes
Huit filets de carpe
Neuf kilos de pain
Et j’ai encore faim
Peut-être ce soir
Vais-je encore devoir
Manger mes deux mains
Pour avoir enfin
Le ventre bien plein.

Maurice Carême ("L'Arlequin" -  éditions Fernand Nathan, 1970)
Voir aussi les comptines numériques  en page 1.

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Trois escargots

J'ai rencontré trois escargots
Qui s'en allaient cartable au dos
Et dans le pré trois limaçons
Qui disaient par cœur leur leçon.
Puis dans un champ, quatre lézards
Qui écrivaient un long devoir.
Où peut se trouver leur école ?
Au milieu des avoines folles ?
Et leur maître est-il ce corbeau
Que je vois dessiner là-haut
De belles lettres au tableau ?

Maurice Carême

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Un poème pour mémoriser une règle d'orthographe en s'amusant :

Le hibou

Caillou, genou, chou, pou, joujou, bijou,
Répetait sans fin le petit hibou.

Joujou, bijou, pou, chou, caillou, genou
Non, se disait-il, non, ce n' est pas tout.

Il y en a sept pourtant, sept en tout :
Bijou, caillou, pou, genou, chou, joujou.

Ce n' est ni bambou, ni clou, ni filou
Quel est donc le septième ? Et le hibou,

La patte appuyée au creux de sa joue,
Se cachait de honte à l'ombre du houx.

Et il se désolait, si fatigué
Par tous ses
devoirs de jeune écolier

Qu' il oubliait, en regardant le ciel
Entre les branches épaisses du houx

Que son nom, oui, son propre nom, hibou,
Prenait, lui aussi, un X au pluriel.

Maurice Carême

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Ce qui est comique

Savez-vous ce qui est comique ?
Une oie qui joue de la musique,
Un pou qui parle du Mexique,
Un bœuf retournant l'as de pique,
Un clown qui n'est pas dans un cirque,
Un âne chantant
un cantique,
Un loir champion olympique.
Mais ce qui est le plus comique,
C'est d'entendre un petit moustique
Répéter son arithmétique.

Maurice Carême

logo_cr_ation_po_tique "Savez-vous ce qui est comique...?"

Imaginer encore (les rimes en ique sont nombreuses), ce qui peut être comique.

Construire d'autres poèmes avec ce qui est amusant (rimes simples encore plus nombreuses) ; ce qui est drôle, et puis toujours avec humour, ce qui est agaçant, énervant, insupportable, étonnant, possible ou impossible, incroyable, inadmissible, etc.

Ici encore on pourrait imaginer un genre de Cadavre exquis (voir André Breton plus haut) en deux étapes pour les vers du poème (dans l'exemple, la séparation est indiquée par / ), en respectant la  rime dans la seconde partie du vers  (avec les élèves plus grands on peut même décider du nombre de syllabes de chaque partie). On gardera le maximum de productions correctes en réorganisant peut-être le poème et on imaginera collectivement la chute, si chute il y a ("Mais ce qui est le plus agaçant... c'est ...")

ex : Ici, avec "Ce qui est agaçant", on a essayé d'imaginer, sans savoir quel serait le sujet, des situations en rapport avec le thème. Dans la consigne, si on ne décide pas du singulier ou du pluriel (ça laisse plus de champ), on accordera grammaticalement lors de la mise au point, dans chaque doublette de Cadavre exquis ou en grand groupe  :

Un kangourou / qui vous fait perdre votre temps
Une tortue  / qui ne se lave pas les dents
Une fleur fanée  / qui prend son bain en chantant ...

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Deux petits éléphants

C’était deux éléphants
Deux petits éléphants tout blancs.

Lorsqu’ils mangeaient de la tomate
Ils devenaient tout écarlates.

Dégustaient-ils un peu d’oseille,
On les retrouvait vert bouteille.

Suçaient-ils une mirabelle,
Ils passaient au jaune de miel.

On leur donnait alors du lait,
Ils redevenaient d’un blanc frais
.

Mais on les gava, près d’Angkor,
Pour le mariage d’un raja,

D’un grandsachet de poudre d’or.
Et ils brillèrent, ce jour-là,

D’un tel éclat que plus jamais,
Même en buvant des seaux de lait,

Ils ne redevinrent tout blancs,
Ces jolis petits éléphants.

Maurice Carême ("Pomme de reinette" - Fondation Maurice Carême, 1962)

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L'heure du crime

Minuit. Voici l'heure du crime.
Sortant d'une chambre voisine,
Un homme surgit dans le noir.

Il ôte ses souliers,
S'approche de l'armoire
Sur la pointe des pieds
Et saisit un couteau
Dont l'acier luit, bien aiguisé.

Puis, masquant ses yeux de fouine
Avec un pan de son manteau,
Il pénètre dans la cuisine
Et, d'un seul coup, comme un bourreau
Avant que ne crie la victime,
Ouvre le cœur d'un artichaut.

Maurice Carême ("Au clair de la lune" - éditions Hachette, Le Livre de Poche jeunesse, 2003)

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L'enfant

À quoi jouait-il cet enfant ?
Personne n'en sut jamais rien
On le laissait seul dans un coin
Avec un peu de sable blanc.

On remarquait bien, certains jours,
Qu'il arquait les bras tels des ailes
Et qu'il regardait loin, très loin,
Comme du sommet d'une tour.

Mais où s'en allait-il ainsi
Alors qu'on le croyait assis ?
Lui-même le sut-il jamais ?

Dès qu'il refermait les paupières,
Il regagnait le grand palais
D'où il voyait toute la mer.

Maurice Carême ("Mer du Nord" - album en 1968 et éditions Nathan, 1971, dessins originaux de Henri-Victor Wolvens)

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Ton poème

Ton poème, m'a dit l'enfant,
J'en ferai un petit bateau,
Et il ira si loin sur l'eau
En bavardant avec les vents,
Il contournera tant d'îlots,
Qu'il rencontrera le cobra
Qui joue de la flûte d'ébène
Pour faire danser les rajas
Dont tu parles dans ton poème.

Maurice Carême ("La cage aux grillons" - 1959, Paris, Les Editions ouvrières, 1973)

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La tranche de pain

Un enfant seul,
Tout seul avec en main
Une belle tranche de pain,
Un enfant seul
Avec un chien
Qui le regarde comme un dieu
Qui tiendrait dans sa main
La clé du paradis des chiens.
Un enfant seul
Qui mord dans sa tranche de pain,
Et que le monde entier
Observe pour le voir donner
Avec simplicité,
Alors qu'il a très faim,
La moitié de son pain
Bien beurré à son chien.

Maurice Carême ("Au clair de la lune" - éditions Hachette, Le Livre de Poche jeunesse, 2003)

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Ma gomme

Avec ma gomme, dit l’enfant
- La gomme que j’ai dans le cœur -
Je puis rayer tous les malheurs.

Avec ma gomme, dit l’enfant,
Je pourrais faire disparaître
L’univers et tous ses vivants.

Mais qui jamais sur cette terre
- Fût-il le Dieu le plus fûté -
Serait capable d’effacer

Avec sa gomme de lumière
Le beau visage de ma mère
Du livre de l’éternité !

Maurice Carême

poèmes © Fondation Maurice Carême

Merci à la Fondation Maurice Carême, pour avoir signalé les erreurs dans plusieurs textes (on trouve souvent sur Internet les poèmes de Maurice Carême grossièrement déformés. Par respect pour les auteurs, lieucommun s'efforce de proposer les textes dans leur écriture originale - http://www.mauricecareme.be/fondation.php



1 novembre 2009

Decaunes, Deharme, Delarue-Mardrus, Desbordes-Valmore, Désert - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Luc Decaunes - et proverbes

Luc Decaunes (1913-2001), instituteur et journaliste français, était écrivain, biographe ("Les idées noires" , "Vie de Paul Éluard"...) et poète ("Le feu défendu", "Récréations", "Le cœur légendaire"...).
Sans appartenir lui-même réellement au Mouvement surréaliste, il était proche d'Éluard, Aragon, Tzara.

Du recueil "Chansons pour un bichon", qui comprend 60 chansons pour enfants (dont Luc Decaunes a écrit également la musique) et qu'on peut considérer comme des poèmes, voici deux titres :

Le porc-épic (chanson)

Avez-vous vu le porc-épic
Qui se baladait place du Trône ?
Avez-vous vu le porc-épic
Qui remontait la rue Lepic ?
Pic pic pic !
Dit le porc-épic,
Je ne pique pas, ma parole !
Pic pic pic !
Dit le porc-épic,
Je ne pique pas les aspics !

Luc Decaunes ("Chansons pour un bichon" - Éditions Seghers, 1979 et réédition 1999)

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Le tamanoir n'est pas bien vu (chanson)

Refrain :
Non !
Je ne veux pas vous voir,
Monsieur le Tamanoir !

I
Dans notre ferme il est un chien
Qui sent mauvais, qui ne vaut rien ;
Chacun se sauve quand il vient.
Moi... je l'appelle mon copain.

II
Dans la montagne il est un loup
Avec des yeux comme des trous
Et le cœur
dur comme caillou
... À qui j'ai donné rendez-vous.

III
Dans la rivière est un poisson
Qui ne mord pas les hameçons,
Seulement les petits garçons.
... On est amis comme cochons !

IV
Et dans mon lit sont des souris
Rongeant mes pieds à petits cris.
... Je leur apporte chaque nuit
Du bon fromage et du pain bis.

V
J'ai rencontré un éléphant,
Trompe terrible et grandes dents,
Qui fait peur à tous les enfants !
... Il a mon cœur, ce bon géant.

Luc Decaunes ("Chansons pour un bichon" - Éditions Seghers, 1979 et réédition 1999)

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Dans son recueil "Récréations" (Éditions Rougerie, 1977), Luc Decaunes s'est amusé à détourner des proverbes, des dictons.
En voici quelques-uns, choisis parmi les plus "convenables". Le jeu pour les élèves consiste à retrouver le proverbe initial :

Proverbes

Il n'y a pas de fusée sans queue.

Qui va en classe, perd sa grâce.

L'ennui porte conseil.

Il y a loin de la poule au lièvre.

Plus on a de poux, plus on vit.

Un bon chien vaut mieux que deux rats.

Tel blair, tel pif.

Qui trop embrase mal éteint *.

Luc Decaunes ("Récréations" - Éditions Rougerie, 1977)

* On trouve ce dernier proverbe dans un album du "Chat" de Philippe Geluck, les grands spirituels se rencontrent.

logo_cr_ation_po_tiqueDétournement de proverbes, de dictons

Répertorier des dictons et des proverbes, dans lesquels on remplacera certains noms ou verbes par des mots de sonorités approchantes, en gardant la construction initiale. C'est encore mieux si le proverbe prend un nouveau sens, amusant (comme plusieurs dans la liste ci-dessus).

Exemples classiques (ou presque) :

Ne remets jamais à deux mains ce que tu peux faire avec une seule.
Un seul hêtre vous manque et tout est des peupliers (attribué à Raymond Queneau).
À vaincre sans baril, on triomphe sans boire.

  • Une variante consiste à ne modifier que la fin du proverbe, pour provoquer une surprise. marquer un temps d'arrêt avant la "chute".

Exemples :
Neige en novembre ... Noël en décembre.
C'est au pied du mur qu'on voit le mieux ... le mur (JM Bigard).
On a souvent besoin de petits pois chez soi (ancienne publicité) 

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Exemples d'un autre auteur, Guy de la Mothe ("Jeu des proverbes travestis", dans "Notes en marge") :

Jamais deux sans trois devient >  Jamais deux sans toi.
À quelque chose malheur est bon devient >  À quelque rose bonheur est bon.
Mon verre n'est pas grand mais je bois dans mon verre devient >  Mon rêve n'est pas grand mais je bois dans mon rêve.

variante proposée par le blog  : Mon rêve n'est pas grand mais je crois dans (ou "en") mon rêve.


 


 

- Lise Deharme -

Lise Deharme (1907-1981), est une romancière et poète française, proche des Surréalistes.

Quelques poèmes pour les enfants :

L'horloger

La petite bête
Qui est dans la montre
Je l’entends gratter
Je l’entends taper
Je l’entends sonner
Que dit-elle ? Tic-tac
Tic-tac-tic

La petite bête
Est morte ce soir
Monsieur l’horloger
Veux-tu la retrouver
Veux-tu la ramener
Ma petite bête.
Ne veut plus chanter

La petite bête
Monsieur l’horloger
Me l’a retrouvée
Elle était coincée
Par un grain de blé
Que dit-elle ? Tic-tac
Tic-tac-tic

Lise Deharme ("Le coeur de Pic" -  photographies de Claude Cahun - éditions Corti, 1937 et Éditions MeMo, 2004)

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La poule noire

La poule noire
dans le potager
a crié
comme une enragée.
Les fermiers
sont allés la voir ;
elle a dit qu'il allait pleuvoir.
On ne l'a pas crue lanturlu,
et mon beau chapeau est perdu !

Lise Deharme ("Cahiers de curieuse personne" - éditions des Cahiers libres, 1933)

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La plume

Une plume est tombée
par terre.
Va la ramasser.
- Pour quoi faire ?
Il va pousser un plumier.

Lise Deharme ("Le coeur de Pic" -  photographies de Claude Cahun - éditions Corti, 1937 et Éditions MeMo, 2004)

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Curieuse

Tes cheveux sont des araignées noires et griffues
ton front un désert de sable blond
ton nez une vague de son
tes dents ont faim
ta bouche est fine
ton menton
une colline aiguë
mais tes yeux sont deux cratères
de lave et de gouffres ouverts
semés d'étincelles et de feu
Tes yeux sont deux mondes perdus.

Lise Deharme ("Le coeur de Pic" -  photographies de Claude Cahun - éditions Corti, 1937 et Éditions MeMo, 2004)

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Le cochon blond

Le cochon blond
aime le jambon
Il l’aime
jusqu’à l’indigestion
mais ce n’est pas bon
pour lui-même.

Lise Deharme ("Cahiers de curieuse personne" - éditions des Cahiers libres, 1933)

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Les pâquerettes

Les pâquerettes
trop simplettes
sont des petites dames
sans âme.
Elles font des rondes le jeudi
et sont mangées par les brebis
le vendredi.

Lise Deharme ("Cahiers de curieuse personne" - éditions des Cahiers libres, 1933)



- Lucie Delarue-Mardrus -

Lucie Delarue-Mardrus (1874-1945) a écrit de nombreux poèmes, romans, contes et nouvelles. Elle était aussi dessinatrice, sculptrice et historienne.

Notre recueil référence est "Poèmes mignons pour les enfants". C'est de cet ouvrage que sont tirés les textes ci-dessous.

 

Petites souris

C’est la petite souris grise,
Dans sa cachette elle est assise.
Quand elle n’est pas dans son trou,
C’est qu’elle galope partout.

C’est la petite souris blanche
Qui ronge le pain sur la planche.
Aussitôt qu’elle entend du bruit,
Dans sa maison elle s’enfuit.

C’est la petite souris brune
Qui se promène au clair de lune,
Si le chat miaule en dormant,
Elle se sauve prestement.

C’est la petite souris rouge,
Elle a peur aussitôt qu’on bouge !
Mais, lorsque personne n’est là,
Elle mange tout ce qu’on a.

Lucie Delarue-Mardrus (ouvrage cité)

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Problème

On coupe deux pommes en quatre,
Combien cela fait-il de quarts ?

Hélas ! Au lieu de me débattre,
J'aimerais mieux manger les parts !

Lucie Delarue-Mardrus (ouvrage cité)

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Le chat noir

J'ai dans ma cave un chat noir.
Ses yeux sont de couleur claire.
Mais s'il les ferme, bonsoir !
Pour le trouver, rien á faire !

Lucie Delarue-Mardrus (ouvrage cité)

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Les poissons rouges

- Les poissons rouges du bocal
Ont de l'eau par-dessus la tête.
Cela ne leur fait donc pas mal ?

- Bien sûr que non, petite bête !
Vois s'ils sont vifs et déliés !
C'est dans l'air qu'ils seraient noyés.

Lucie Delarue-Mardrus (ouvrage cité)

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Les vaches

Quand je traverse le terrain,
Les vaches des fermes modèles,
Pourquoi donc me regardent-elles ?
Pourtant je ne suis pas un train !

Lucie Delarue-Mardrus (ouvrage cité)

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Le cochon

- Pourquoi marche-t-il, le cochon,
Si fier à travers la prairie ?

- C'est qu'à lui tout seul, des pieds au front,
Il est une charcuterie.

Lucie Delarue-Mardrus ("Poèmes mignons pour les enfants" - Gedalge, 1929)



- Marceline Desbordes-Valmore -

Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) publie à l'âge de 23 ans son premier recueil : Élégies, Marie et Romances. Sensible, romantique, lyrique, sa poésie humaniste et sociale invente de nouvelles formes dont se sont inspirés sans doute des poètes comme Verlaine et Rimbaud.

plusieurs poèmes, pour sa fille et pour d'autres enfants :

Ma fille

T'es ma fille ! T'es ma poule !
T'es le petit coeur qui roule
Tout à l'entour de mon coeur !
T'es le p'tit Jésus d'ta mère !
Tiens ! gnia pas d'souffrance amère
Que ma fill' n'en soit l'vainqueur.

Gnia pas à dir', faut qu'tu manges.
Quoiqu' tu vienn's d'avec les anges,
Faut manger pour bien grandir.
Mon enfant, j't'aim' tant qu'ça m'lasse;
C'est comme un' cord' qui m'enlace,
Qu' çà finit par m'étourdir.

Qué qu'ça m'fait si m' manqu' queuqu'chose,
Quand j'vois ton p'tit nez tout rose,
Tes dents blanch's comm' des jasmins ;
J'prends tes yeux pour mes étoiles,
Et quand j'te sors de tes toiles
J'tiens l'bon Dieu dans mes deux mains.

T'es ma fille ! T'es ma poule !
T'es le petit coeur qui roule
Tout à l'entour de mon coeur !
T'es le p'tit Jésus d'ta mère !
Tiens ! gnia pas d'souffrance amère
Que ma fill' n'en soit l'vainqueur !
 

Marceline Desbordes-Valmore ("Poésies en patois") 

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À mes enfants

Quand le soleil y passe, ouvrez votre fenêtre ;
Lui seul sait essuyer l’humide et sombre hiver.
Si le bonheur absent vient pour vous reconnaître,
Que votre cœur charmé, tout grand lui soit ouvert !

Gardez-vous de bouder, enfants, contre vous-mêmes.
Sachez : l’or est moins pur qu’un tendre et doux conseil.
Enfants : ne pas sourire à l’ami qui vous aime,
C’est tourner le dos au soleil.

Marceline Desbordes-Valmore

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L'oreiller d'un enfant

Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête,
Plein de plume choisie, et blanc ! et fait pour moi !
Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,
Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi !

Beaucoup, beaucoup d'enfants pauvres et nus, sans mère,
Sans maison, n'ont jamais d'oreiller pour dormir ;
Ils ont toujours sommeil. Ô destinée amère !
Maman ! douce maman ! cela me fait gémir.

Et quand j'ai prié Dieu pour tous ces petits anges
Qui n'ont pas d'oreiller, moi j'embrasse le mien.
Seule, dans mon doux nid qu'à tes pieds tu m'arranges,
Je te bénis, ma mère, et je touche le tien !

Je ne m'éveillerai qu'à la lueur première
De l'aube ; au rideau bleu c'est si gai de la voir !
Je vais dire tout bas ma plus tendre prière :
Donne encore un baiser, douce maman ! Bonsoir !

Marceline Desbordes-Valmore

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Au revoir

Sous tes longs cheveux d'or, quand tu cours sur la grève
Au vent,
Si quelque prompt ramier touche ton front qui rêve
Souvent,
De cette aile d'oiseau ne prends pas, ô ma fille !
D'effroi :
Pour baiser son enfant** c'est une âme qui brille :
C'est moi !
Parmi d'autres enfants qui te font toute heureuse,
Le soir,
Quand tu vas au jardin, lasse d'être rieuse,
T'asseoir;
Si tu t'inquiétais comment je passe l'heure,
Sans toi,
Penche un peu ton oreille à cet oiseau qui pleure :
C'est moi !

Marceline Desbordes-Valmore

* articulation pour l'équilibre du vers : "t'inqui/étais"
** Variante possible : "pour aimer son enfant " (le sens du verbe a évolué). Il serait évidemment préférable de garder la version originale ...

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Un nouveau-né (passage)

...
Toi, cher petit dormeur, notre monde te plaît :
Ton âme est toute blanche et n'a bu que du lait !
Depuis si peu d'instants descendu sur la terre,
Tes yeux nagent encor dans un divin mystère ;
Tu revois la maison d'où tu viens, ton beau ciel,
Et ton baiser qui s'ouvre en a gardé du miel !

Marceline Desbordes-Valmore

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Jours d'été

Pour regarder de près ces aurores nouvelles,
Mes six ans curieux battaient toutes leurs ailes ;
Marchant sur l'alphabet rangé sur mes genoux,
La mouche en bourdonnant me disait : "Venez-vous ? ..."
et mon nom qui teintait dans l'air ardent de joie,
les pigeons sans liens sous leur robe de soie,
Mollement envolés de maison en maison,
Dont le fluide essor entraînait ma raison,
Les arbres, hors des murs, poussant leurs têtes vertes,
jusqu'au fond des jardins les demeures ouvertes,
le rire de l'été sonnant de toutes parts,
Et le congé, sans livre ! errant aux vieux remparts :
Tout combattait ma soeur à l'aiguille attachée ;
tout passait en chantant sous ma tête penchée ;
Tout m'enlevait, boudeuse, et riante à la fois ;
Et l'alphabet toujours s'endormait dans ma voix.

Marceline Desbordes-Valmore ("Bouquets et prières")



- Anne-Marie Désert -

Anne-Marie Désert est une auteure contemporaine. Elle a publié deux recueils : "L'arbre transparent", 1974, réédité en 1983, et le récent "Quatre saisons dans l'arbre transparent", éditions Books On Demand, juin 2010. On retrouve dans ce dernier, avec d'autres textes, les poèmes du premier recueil.

"j'ai ma maison dans un arbre ..."

Anne-Marie Désert a publié son premier recueil en 1983, que des poètes ont salué (Norge, Guillevic ...).

Elle nous donne à voir (août 2010) ce beau texte, qui peut ouvrir les chemins de la poésie sensible aux élèves, dès l'élémentaire :

LES VACHES (titre proposé)

UN TEMPS J’AVAIS UN GRAND SAC
OÙ S’ÉGARAIENT PARFOIS LES VACHES.

J’AIMAIS OUVRIR MON SAC
POUR REGARDER LES TROUPEAUX.

SANS UN REGARD,
LEURS YEUX TROUVAIENT DES CHEMINS
DE TRAVERSE EN HAUT DES ARBRES.

ET DANS LE SILENCE
JE NE LAISSAIS RIEN ENTRER
QUE LEURS SABOTS
.

Anne-Marie Désert ("L'arbre transparent") - texte original en capitales d'imprimerie



1 novembre 2009

COMPTINES EN VRAC - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

EN CONSTRUCTION !

Des comptines, des haïkus et des chansons, certains (mais pas tous) pour les enfants,  et en particulier sur le thème "ENFANCES". Ces textes là disent les jeux, les occupations diverses des enfants, le regard des autres sur eux ou évoquent plus ou moins cette période de la vie.

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COMPTINES

Plusieurs de ces comptines ont été empruntées ici :  http://www.crdp-strasbourg.fr/cddp68/maternelle

Comptines avec les notes de la gamme :

Do, ré, mi, la perdrix

Do, ré, mi la perdrix
Mi, fa, sol, elle s'envole
Fa, mi, ré, dans un pré
Mi, ré, do, tombe dans l'eau
 

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Rossignol
 
Rossignol joli
Do si do ré mi
Joli rossignol
Mi fa mi fa sol
Rossignol cendré
Fa sol fa mi ré
Fais chanter l'écho
Fa sol mi ré do

Pierre Roy

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La gamme

Qui chante en do ?
L'escargot !
Qui chante en ré ?
L'araignée !
Qui chante en mi ?
La fourmi !
Qui chante en fa ?
Le lama !
Qui chante en sol ?
La boussole !
Qui chante en la ?
Le cobra !
Qui chante en do ?
Le chameau !
Mais moi je chante de bas en haut :
Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do !

Jacques Charpentreau

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Comme mon papa

Do, ré, mi, fa, sol
je vais à l'école
fa, sol, la, si, do,
je saurai bientôt
do, si, la, sol, fa
comme mon papa
sol, fa, mi, ré, do,
lire les journaux.

  Jacques Charpentreau("Jonglerimes" - Éditions Nathan, 1980)

 

crayon lieucommunComptines avec les notes de musique

Les notes de la gamme, au nombre de huit seulement, permettent la réalisation de comptines plus courtes que les comptines alphabétiques, mais le principe est le même. Voir aussi au paragraphe Louise de Vilmorin, un texte phonétique dans lequel les notes de musique trouvent leur place.

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Comptines avec les jours de la semaine :

partition_lundi_matin

Une chanson traditionnelle pour commencer (variante : "le roi, sa femme et le p'tit prince") :

L'empereur, sa femme et le petit prince

Lundi matin, l'emp'reur, sa femme et le p'tit prince
Sont venus chez moi pour me serrer la pince
Comme j'étais parti
Le p'tit prince a dit :
"Puisque c'est ainsi nous reviendrons Mardi!"
Mardi matin, l'emp'reur, sa femme et le p'tit prince
Sont venus chez moi pour me serrer la pince
Comme j'étais parti
Le p'tit prince a dit :
"Puisque c'est ainsi nous reviendrons Mercredi!"

[on continue] :
Mercredi matin...
Jeudi matin...
Vendredi matin...
Samedi matin...
Dimanche matin, l'emp'reur, sa femme et le p'tit prince
Sont venus chez moi pour me serrer la pince
Comme j'n'étais pas là
Le p'tit prince se vexa :
"Puisque c'est comme ça nous ne reviendrons pas! "

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Une comptine express (texte adapté, modifié par le blog) :

Bonjour lundi !
Comment va mardi ?
- Très bien, mercredi.
Je viendrai jeudi
pour dire à vendredi
qu'il se prépare samedi
à danser dimanche.

crayon lieucommunComptine des jours de la semaine

Cette comptine peut aider à mémoriser les jours de la semaine, dans l'ordre chronologique (oui, c'est déjà ça). Elle ne se prête pas facilement à la construction d'une histoire séquentielle, ni à une mise en rimes autre qu'en "i".
On peut cependant tourner la difficulté en situant ailleurs rimes ou asonances, et créer avec les noms des jours une comptine en forme d'emploi du temps plutôt inhabituel (cf le poème de Luc Bérimont Emploi du temps, qu'on trouvera plus haut dans cette page).

Exemple :

Le lundi je pilote un avion
Le mardi je joue d' l'accordéon
Le mercredi je reste au lit (pour structurer l'emploi du temps un  minimum !)
Le jeudi je danse le tango
Le vendredi je fais le zigoto
Le samedi je pèle des oranges
et le dimanche je les mange.

(texte proposé par le blog)

Au paragraphe "Corinne Albaut", un peu plus bas, on trouvera la comptine "Sept jours sur sept" avec d'autres idées pour la création poétique" :

Sept jours sur sept 

Sept jours, dans la semaine,
    Pour porter tout ce que j'aime.
Lundi, mon tee-shirt canari,
    Mardi, mon pull gris souris,
(...)

  • La suite plus bas au paragraphe Corinne Albaut , avec des idées pour la création poétique.

Corinne Albaut ("Comptines pour compter" - collection "Les Petits Bonheurs", Actes Sud Junior, 1997)

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Une autre comptine, qui rime en "i" cette fois :

Le lundi tout petit
le mardi tout gentil
le mercredi à l'abri
le jeudi étourdi
le vendredi dégourdi
le samedi endormi
et le dimanche tout recommence


anonyme

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Comptines avec les saisons :

En automne, tout m'étonne.
En hiver, j'espère.
Au printemps, j'apprends.
L'été : j'aurai tout oublié !

anonyme

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Comptines avec les mois de l'année :

Cette chanson est interprétée par Anne Sylvestre et Manick (paroles d'Emmanuelle Parrenin) :

La chanson des 12 mois

C'est janvier le premier né,
sa couronne sur la tête,
il dévore une galette!

Février c'est le second,
qui s'enrhume et qui grelotte,
qui réclame une bouillotte.

Regardez le mois de mars,
il dessine sur les branches
des pétales de soie blanche.

Le suivant s'appelle avril
et c'est le mois qui réveille
les oiseaux et les abeilles.

Quand le mois de mai s'en vient,
il met tout le monde à l'aise
devant un panier de fraises.

Pour fêter le mois de juin,
il faut entrer dans la danse
du soleil et des vacances.

En juillet s'en va dormir
entre deux bottes de paille
la chevelure en bataille.

Le mois d'août n'est qu'un voyou,
il invente des orages
pour taquiner les nuages.

Et septembre tout doré
prend la route de l'école
sous les feuilles qui s'envolent.

C'est octobre le suivant
qui te fait une frimousse
parsemée de tâches rousses.

Et novembre tout en gris
se dépêche dans la brume
d'attraper son premier rhume.

C'est décembre le dernier
qui réclame à tous ses frères
des cadeaux d'anniversaire.

Emmanuelle Parrenin

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Pour construire une comptine à la manière de, il y a aussi ce beau poème d'Alain Bosquet (1919-1998). Ne pas oublier de "s'amuser" en l'imitant :

Les mois de l’année

Janvier pour dire à l’année "bonjour !"
Février pour dire à la neige "il faut fondre"
Mars pour dire à l’oiseau migrateur "reviens"
Avril pour dire à la fleur "ouvre-toi"
Mai pour dire "ouvriers nos amis"
Juin pour dire à la mer "emporte-nous très loin"
Juillet pour dire au soleil "c’est la saison"
Août pour dire "l’homme est heureux d’être homme"
Septembre pour dire au blé "change-toi en or"
Octobre pour dire "camarades la liberté"
Novembre pour dire aux arbres "déshabillez-vous"
Décembre pour dire à l’année " adieu, bonne chance"
Et douze mois de plus par an,
Mon fils,
Pour te dire que je t’aime.

Alain Bosquet

crayon lieucommunComptine des mois de l'année

Exemples de structures imitées de ce poème :

Janvier pour dire, pour dire à ... / Janvier pour ... + verbe d'action / Janvier parce que... / etc.

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Comptines numériques :

Plusieurs des comptines qui suivent ont été empruntées ici : http://www.crdp-strasbourg.fr/cddp68/maternelle

Les oeufs

1, 2, v'là les oeufs
3, 4, faut les battre
5, 6, c'est Alice
7, 8 qui les cuit
9, 10, c'est Félix
11, 12 qui les couve

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La poule

1, 2, 3
4, 5, 6
7, 8, 9
Moi je compte jusqu'à neuf
Avant de pondre mon œuf.
1, 2, 3
4, 5, 6
Si je compte jusqu'à six,
Mon œuf est en pain d’épice
1, 2, 3
Si je compte jusqu'à trois,
Mon œuf est en chocolat.

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1,2,3, le lapin

1, 2, 3,
le lapin
est dans les bois,

4, 5, 6,
il va faire
de l’exercice,

7, 8, 9,
il court plus vite
que le bœuf,

10, 11, 12,
c’est la poule
qui est jalouse !

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J'ai trouvé un œuf

1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9
J'ai trouvé un œuf
Sous la queue d'un bœuf

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Chaussettes

Chaud un, chaud deux, chaud trois, chaud quatre, chaud cinq, chaud six, chaussettes !

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1, 2, j'ai pondu deux oeufs

1, 2, j'ai pondu deux oeufs dit la poule bleue
1, 2, 3, j'en ai pondu trois répond l'oie
5, 6, 7, j'en ai pondu sept s'écrie la poulette
8 et 9 qu'il est beau mon oeuf !

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Ma petite vache a mal aux pattes

1, 2, 3, 4
Ma petite vache a mal aux pattes
Tirons-la par la queue
Elle ira bien mieux.

Comptine du Canada

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Reines

Une reine,
deux reines,
trois reines,
quatre reines,
cinq reines,
six reines*

*sirènes

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Hirondelles

Cinq hirondelles,
Dix hirondelles,
Quinze hirondelles...
Qu'attendent-elles?
D'autres hirondelles!
Combien seront-elles?
Des dizaines
Et des dizaines d'hirondelles !

Marie Tenaille

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A la une...

À la une, il perd une prune
À la deux, il perd deux œufs
À la trois, il perd trois noix
À la quatre, il perd quatre tomates
À la cinq, il perd cinq petits pains
À la six, il perd six saucisses
À la sept, il a tout semé
À la huit, a-t-il tout ramassé ?

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Comptine des canards sauvages (début)

Trois pleins d'air
Deux pains durs
Un pin d'or
Sors !

Quatre à quatre
Cinq agates
Qui cahotent
Saute !

...

Pierre Ferran (le texte intégral est plus loin, avec les poèmes de cet auteur)

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Le dindon et Dans mon filet à papillons

de Pierre Coran, sont rangées au paragraphe de cet auteur,un peu plus loin 

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L’ogre (début)

J’ai mangé un œuf
Deux langues de bœuf ...

Maurice Carême (le texte intégral est plus loin, avec les poèmes de cet auteur)

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Comptine additive :

Un éléphant se balançait ...

Un éléphant se balançait
sur une toile d'araignée
Il y trouva tant d'agrément
qu'il alla chercher
un deuxième éléphant ...

Deux éléphants se balançaient
sur une toile d'araignée
Ils y trouvèr'ent tant d'agrément
qu'ils allèr'ent chercher
un troisième éléphant ...

Trois éléphants se balançaient
sur une toile d'araignée
etc

Comptine traditionnelle de Provence

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Comptines alphabétiques :

L'étourdi

ABC
qui a vu passer
DEF
la tête à Joseph
GHI
quand elle est partie
JKL
elle avait des ailes
MNO
pour aller là-haut
PQR
voler dans les airs
STU
n'est pas revenue
VW
pour la retrouver
XYZ
il faut que tu m'aides.

Michel Beau ("Jonglerimes" - Éditions Nathan, 1980)

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On trouvera cette comptine en texte intégral au paragraphe Robert Gélis :

Alphabet

A B C D
Je ne veux pas céder !
E F G H
Il faut que je me fâche !
I J K L
Cette sacrée demoiselle

...... pour la suite voir Robert Gélis

Robert Gélis ("En faisant des galipoètes" - Anthologie de Poche - Éditions Magnard, 1983)

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Le chat (comptine adaptée)

A, B, C, D,
le chat s'est décidé
E, F, G, H,
à saisir une hache
I, J, K, L,
pour couper la ficelle
M, N, O, P,
où le jambon salé
Q, R, S, T,
est pendu tout l'été
U, V, W,
le jambon est tombé
X, Y, Z,
sur son dos raide.

Le voici étourdi
et nous avons le temps
de redire à présent
notre alphabet sans lui.

A, B, C, D, E, F, G, H, I, J, K, L, M, N, O, P, Q, R, S, T, U, V, W, X, Y, Z.

crayon lieucommunComptine alphabétique

Ces comptines peuvent aider à mémoriser l'alphabet. On peut en construire sur ces modèles en regroupant, comme pour les comptines numériques, les lettres par ensembles de 5 ou 6 de manière à réduire le texte d'accompagnement. (voir les Comptines numériques qui suivent). Toujours sur le mode humoristique.

Exemple (proposé par le blog) :

A, B, C, D, E , la poule a pondu des oeufs
F, G, H, I, J, dans un panier elle les a mis
K, L, M, N, O, mais ils sont tombés dans l'eau
P, Q, R, S, T, ils ont appris à nager
U, V, W, X, Y, puis ils se sont mis au sec

... (un temps)
"On a oublié le Z" *.

*variante : "Z,  sans que personn' ne les aide".

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Comptines avec les animaux :

Une souris verte

Une souris verte,
Qui courait dans l'herbe,
Je l'attrape par la queue,
Je la montre à ces messieurs.

Ces messieurs me disent :
" Trempez-la dans l'huile,
trempez-la dans l'eau,
ça fera un escargot tout chaud !

Traditionnel

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La même "souris verte" en version longue ! 

Une souris verte

Une souris verte qui courait dans l'herbe
Je l'attrape par la queue
Je la montre à ces messieurs
Ces messieurs me disent :
trempez la dans l'huile,
trempez la dans l'eau
Ca fera un escargot tout chaud
Je la mets dans mon chapeau
Elle me dit qu'il fait trop chaud
Je la mets dans mon tiroir
Elle me dit qu'il fait trop noir
Je la mets dans ma culotte
Elle me fait trois petites crottes
Je la mets là dans ma main
Elle me dit qu'elle est très bien

Traditionnel

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Deux amis

Une petite chouette
A perdu ses lunettes.
Elle bute partout
Et n'y voit rien du tout !
Un tout petit lapin
Lui montre le chemin
Et, la main dans la main,
Ils vont prendre le train.

Claude Clément ("Petites comptines pour tous les jours" - Nathan)

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Grosse dame hippopotame

Grosse dame hippopotame
marche sur le macadam
quel ramdam messieurs, mesdames
c'est madame hippopotame

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La grenouille

Une grenouille
sur un tabouret
mangeait des nouilles
avec des navets.
J'ai faim, dit-elle
ne touchez pas
à mon repas,
à mon repas !

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Une mite ou deux

Une mite ou deux
ça mange, ça mange
une mite ou deux
ca mange à qui mieux mieux :
les fourrures et les visons
les vestons, les pantalons
les manteaux et les jupons
les chaussettes et les chaussons
les bonnets, les édredons
tout en laine ou en coton...
Une mite ou deux
ça mange, ça mange
une mite ou deux
ça mange à qui mieux mieux !

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La grenouille

Une grenouille
sur un tabouret
mangeait des nouilles
avec des navets.
J'ai faim, dit-elle
ne touchez pas
à mon repas,
à mon repas !

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On attribue ce petit poème au savant biologiste Jean Rostand (1894-1977), fils d'Edmond Rostand (auteur de "Cyrano de Bergerac" entre-autres pièces de théâtre) et de Rosemonde Gérard, poète présente sur le blog dans la catégorie PRINT POÈTES 2010 : DES FEMMES POÈTES:

Coccinelle

Coccinelle, demoiselle
Où t’en vas-tu donc ?
Je m’en vais dans le soleil
Car c’est là qu’est ma maison.
Bonjour, bonjour, dit le soleil,
Il fait chaud et il fait bon.
Le monde est plein de merveilles
Il fait bon se lever tôt.

Jean Rostand 

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Coccinelle

Coccinelle, demoiselle
Bête à Bon Dieu
Coccinelle, demoiselle
vole vers les cieux
Petit point rouge

elle bouge
petit point blanc

elle attend
petit point noir

coccinelle, au revoir.

Chanson traditionnelle 

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Une araignée sur le plancher

Une araignée sur le plancher
Une araignée sur le plancher
se tricotait des bottes
Dans un flacon un limaçon
enfilait sa culotte
J'ai vu dans le ciel une mouche à miel
Pincer sa guitare
Un rat tout confus sonner l'angélus
Au son d'la fanfare

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Un têtard dans la mare

Un têtard dans la mare
Deux fourmis sur le tapis
Trois gros rats sous le hangar
Quatre lézards au bord du trottoir
Cinq lapins
Cachés dans le foin
Autant de petits enfants
Courant dans les champs !

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C’est qui ?

C’est la poule grise,
Qui pond dans l’église,
C’est la poule noire,
Qui pond dans l’armoire,
C’est la poule brune,
Qui pond dans la lune,
C’est la poule blanche,
Qui pond sur la planche.

Comptine traditionnelle du Périgord

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Une poule sur un mur

Une poule sur un mur
qui picore du pain dur
Picoti picota
lève la queue et puis s'en va

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Paul Savatier est un auteur contemporain d'albums pour les enfants :

La linotte

Je suis idiote
dit la linotte.
J'ai oublié mes bottes,
ma redingote,
et ma culotte.
J'ai froid à mes menottes
et je grelotte.
J'ai la tremblote
en sautant sur mes mottes.
Mais je ne suis pas sotte,
je chante sur six notes
et sur ma tête de linotte,
je porte une calotte
couleur carotte.

Paul Savatier ("Alphanimaux", illustrations de Paule Charlemagne et Florence Guiraud - Editions du Sorbier, 2001)

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Le cheval de bois

Dame, belle dame, au pas grave et lent,
Une, deux,
De ton fier cheval, de ton cheval blanc,
Sans me regarder, tu vas fièrement,
Une, deux.

Si je le voulais, j'irais comme toi
Une, deux,
Sur un vrai cheval, mais le mien, à moi,
M'obéit bien mieux, car il est en bois.
Une, deux.

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Comptines sur les personnes et les choses :

Les comptines sont en général très rythmées. Les enfants utilisent celle-ci dans un jeu d'"élimination". Ils forment un cercle, et le meneur de jeu désigne successivement chacun des participants en scandant la comptine syllabe par syllabe. Celui sur qui "tombe" le "hors" de "dehors" est éliminé. D'autres comptines (c'était leur rôle initial) permettront au contraire de désigner celui qui sera choisi.

Quelle heure est-il ?

Bonjour Madame.
Quelle heure est-il ?
Il est midi.

Qui est-ce qui l'a dit ?
La petite souris.

Où est-elle ?
Dans la chapelle.

Qu'y fait-elle ?
De la dentelle.

Pour qui ?
Pour les dames de Paris
Qui portent des souliers gris.

Pin pon d'or
La plus belle, la plus belle,

Pin pon d'or
La plus belle est en dehors.

Traditionnel

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autres comptines :

Bonjour madame

Bonjour madame, comment ça va ?
Ça va pas mal et votre mari ?
Il est malade à la salade
Il est guéri au céleri

anonyme ("Petites comptines pour tous les jours" - Nathan)

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Mère-grand

Mère-grand
Tricote en chantant ;
Avec la laine verte
Elle fait des chaussettes,
Avec la laine grise
Elle fait une chemise,
Avec la laine rouge
Elle fait un grand pull,
Avec toutes ses laines
Elle fait des mitaines.

anonyme ("Petites comptines pour tous les jours" - Nathan)

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On pardonnera à Anne Froisssard, compte tenu de l'humour de sa poésie, sa sévérité pour le grand âge (mais les autres époques féminines ne sont-elles pas également caricaturées ?) :

La bavarde

Ell'gigote
Ell'zozote
Babille babillant
Elle a trois ans.
Ell'papote
Ell'parlote
Jacasse jacassant
Elle a treize ans.
Ell'jabote
Ell'marmotte
Bavarde bavardant
Elle a trente ans.
Ell'radote
Ell'tricote
Bredouille bredouillant
Elle a cent ans.

Anne Froissard

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La pelouse interdite

Sur la pelouse du Grand Palais, Il est interdit de marcher.
Moi, qui suis très discipliné, J’y ai sauté,
Sauté, sauté comme un criquet. J’y ai trotté,
Trotté, trotté, comme un poney. J’y ai roulé
Roulé, roulé comme un boulet. Pourquoi le garde s’est-il fâché ?

Monique Hion ("Comptines de mon jardin" Actes Sud Junior, 1998)

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Maman

J'ai cueilli trois fleurs des champs,
Mais la plus jolie que j'aime tant,
Mais la plus jolie, c'est pour maman.
J'ai trouvé trois cailloux blancs,
Mais le plus joli que j'aime tant,
Mais le plus joli c'est pour maman.
J'ai aussi trois beaux rubans
Mais le plus joli c'est pour maman.

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Un ciel bleu

Un ciel bleu
Deux grands yeux
Trois nuages
Quatre images
Cinq longs doigts
Et voilà !

anonyme

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Bonjour

Bonjour, mon p'tit amour.
S'il te plaît, mon p'tit bébé.
Merci, mon p'tit chéri.
Pardon, mon p'tit mignon.
Coucou, mon  p'tit loup.
A tout à l'heure, mon p'tit cœur.
A bientôt, mon p'tit oiseau.
Au revoir, Mon p'tit canard.
Bonne nuit, mon p'tit ami.
A demain, mon p'tit lapin.

anonyme

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Deux amis

Une petite chouette
A perdu ses lunettes.
Elle bute partout
Et n'y voit rien du tout !
Un tout petit lapin
Lui montre le chemin
Et, la main dans la main,
Ils vont prendre le train.

Claude Clément ("Petites comptines pour tous les jours" - Nathan)

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C’est qui ?

C’est la poule grise,
Qui pond dans l’église,
C’est la poule noire,
Qui pond dans l’armoire,
C’est la poule brune,
Qui pond dans la lune,
C’est la poule blanche,
Qui pond sur la planche.

Comptine traditionnelle du Périgord

crayon lieucommun

Comptine "C'est ... qui..."

Répétition de la même structure, jeu avec les rimes et les assonances.
exemple : Drôles d'oiseaux
C'est le moineau / Qui fait son nid dans un tonneau

C'est l'alouette / Qui fait son nid dans la brouette
C'est ...

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Encore des comptines :

Les comptines sont en général très rythmées. Les enfants utilisent celle-ci dans un jeu d'"élimination". Ils forment un cercle, et le meneur de jeu désigne successivement chacun des participants en scandant la comptine syllabe par syllabe. Celui sur qui "tombe" le "hors" de "dehors" est éliminé. D'autres comptines (c'était leur rôle initial) permettront au contraire de désigner celui qui sera choisi.

Amstramgram*

plouf plouf
amstramgram*
pique et pique et colégram
bourre et bourre et ratatam
amstramgram

*variante :

Am, stram, gram

Am, stram, gram
Pic et pic et colégram
Bour et bour et ratatam
Am, stram, gram

Comptine traditionnelle

- -  - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Timélou lamélou

Timélou lamélou
Panpan timéla
Padi lamélou
Coucoudou
La baya
ah!

Comptine traditionnelle (datée de La Belle époque)

- -  - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Un petit bonhomme

Un petit bonhomme
Assis sur pomme,
La pomme dégringole,
Le petit bonhomme s’envole
Sur le toit de l’école.

Traditionnel

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Les mensonges

Ah ! j'ai vu, j'ai vu.
Compèr' qu'as-tu vu ?
J'ai vu une vache,
Qui dansait sur la glace,
À la Saint Jean d'été.
Compèr' vous mentez.

Ah ! j'ai vu, j'ai vu.
Compèr' qu'as-tu vu ?
J'ai vu une grenouille,
Qui faisait la patrouillle,
Le sabre au côté.
Compèr' vous mentez.

Ah, j'ai vu j'ai vu
Compèr' qu'as-tu vu ?
J'ai vu un loup,
Qui vendait des choux,
Sur la place Labourée*.

Compèr' vous mentez.

Oh, j'ai vu j'ai vu
Compèr' qu'as-tu vu ?
J'ai vu une anguille,
Qui coiffait sa fille,
Pour s'aller marier.
Compèr' vous mentez.

* variante : la place "du marché"

Chanson-comptine traditionnelle du XVIIIe siècle

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Jamais on n'a vu...

Jamais on n'a vu, vu, vu
jamais on n'verra, ra, ra
la queue d'une souris, ris, ris
dans l'oreille d'un chat, chat, chat.

Comptine traditionnelle

Il y a des variantes, en voici une :

Jamais on n'a vu
Jamais on n'verra
Un petit chien
Porter des lunettes
Jamais on n'a vu
Jamais on n'verra
Le nez d'une souris
dans l'oreille d'un chat.

crayon lieucommun Comptines sur les modèles "Ah j'ai vu, j'ai vu..." et "Jamais on n'a vu ..."

"Ah j'ai vu, j'ai vu..."
Le premier modèle compose un dialogue, dont on peut garder le personnage ou lui donner un nom (Compère est un vieux mot), remplacé par X dans l'exemple qui suit. Les deux premiers vers riment (loup/chou ; vache/glace - assonance) et le dernier vers du mensonge devra rimer si possible en "é" avec "mentez". On acceptera, puisqu'elle est dans la version originale, l'apparente contradiction entre le tutoiement et le vouvoiement.
Une autre option consiste à ne pas utiliser la forme dialogue à chaque strophe, mais une suite de "mensonges" qui réunit toutes les productions retenues. On peut alors introduire la comptine par Compèr qu'as-tu vu ? , énoncer la suite de mensonges, et terminer par Compèr' vous mentez.

Ex : Ah ! j'ai vu, j'ai vu... / X qu'as-tu vu ? /
J'ai vu une poule /qui jouait aux boules /avec un oeuf carré /
X vous mentez

"Jamais on n'a vu ..."
La rime ici est un son voyelle commun à deux finales de vers. Sur cette structure question-réponse : Jamais on n'a vu, vu, vu, jamais on n'verra, ra, ra... on pourra proposer un jeu phonologique oral avec des sons voyelles (a, i, o, u , ou...). Les mots seront regroupés par rime commune. On cherchera à construire des situations impossibles et amusantes, comme dans la comptine.



1 novembre 2009

Albert-Birot - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Pierre Albert-Birot

livre_albert_birot_amusements_naturels-Pierre Albert-Birot (1876-1967), est un écrivain, poète, metteur en scène et dramaturge de théâtre. Sculpteur aussi avec "La veuve", oeuvre monumentale commandée par l'État.
Il a côtoyé, dans la revue SIC (Sons, Idées, Couleurs et Formes) dont il est le fondateur et le directeur, Guillaume Apollinaire, Louis Aragon, Max Jacob, Pierre Reverdy, Philippe Soupault, Tristan Tzara ...

Proche des surréalistes, sans vraiment appartenir à ce mouvement, pas plus qu'au Mouvement Dada, il joue avec les mots, les sons et les graphies.

[...] XV

Quel est cet enfant blond ...(titre proposé*)

Quel est cet enfant blond qui court en riant après ses billes de couleurs ?
C’est moi
Et quel est le poète qui écrit ce poème?
Cet enfant blond qui courait en riant après ses billes de couleurs.

Pierre Albert-Birot (*poème numéroté  XV dans "Trente et un Poèmes de poche" - 14 pages, d'où le titre ! paru aux éditions SIC, 1917, avec un "poèmepréface-préfaceprophétie" de Guillaume Apollinaire - réédité en 1987 avec d'autres textes chez Rougerie, et en 2000 aux Editions de l'Inventaire, en édition bilingue français-polonais)

L'oreille fine (titre proposé)

L'herbe dites-vous
Ne fait aucun bruit pour pousser
L'enfant pour grandir
Le temps pour passer
Vous n'avez vraiment pas l'oreille fine.

Pierre Albert-Birot (Poème 88 à lire dans "Cent dix gouttes de poésie" - éditions Seghers, 1952)

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Chatterie

Chat chat chatte
Noir et blanc
Jour couchant
Prends ma patte
Dans ta main
Trop humain
Trop humain
Trop félin
Trop félin
Ton nez rose
Me repose
Des maisons
Des raisons
Mes prisons
Tu t'en fiches
Tu te niches
Sur mon cou
Ton miaou
Me câline
Dodeline
Ton ronron
Me fait rond
Le coeur blond
Amoureuse
Et frileuse
Tu me dis
Mon ami
L'heure sonne
Mais personne
Que nous deux
Poil soyeux
Qui se joue
Sur ma joue
L'allumeur
Le bruit meurt
Chatte et homme
Font un somme
Plus un bruit
C'est la nuit

Pierre Albert-Birot ("Les amusements naturels" - éditions Rougerie, 1985)

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Silex, poèmes des cavernes

Albert-Birot poème idéographique caverne

Pierre Albert-Birot ("Les Amusements naturels", 1945, tiré de Pierre Albert-Birot, Poésie 1945-1967, Mortemart: Rougerie, 1983, p. 124).- source de l'image empruntée et de sa référence : http://www.rilune.org/mono8/13_Simon-Oikawa.pdf



1 novembre 2009

Ratel, Rictus, Riffaud - PP12 - ENFANCES - TEXTES EN FRANÇAIS

- Simone Ratel -

Simone Ratel (1900-1948) écrivaine ("La maison des Bories", Plon 1932, Prix Interallié) et poète a aussi écrit des contes pour enfants. On trouvera des textes de cette auteure en feuilletant d'anciens manuels scolaires de lecture et de récitation du siècle dernier, comme cette berceuse :

Berceuse du petit loir

Bien au creux, bien au chaud
Mon gras mon doux mon beau
Poil luisant pattes fines
Mon petit loir dort
Dort et dîne
Dîne et dort
Un petit loir qui dort
Dort et dîne
Dîne et dort

Voici l'hiver venu
Les petits rats tout nus
Nichent dans la farine
Mon petit loir dort
Aux arbres du verger
Bois sec noyaux rongés
Le vent chante famine
Mon petit loir dort.

Simone Ratel (dans l'ouvrage de R. Millot :  "L'enfant et la lecture - premier livre de lecture courante - CP - CE1" - éditions Eugène Belin, 1965) (poème mis en musique et chanté par Jacques Douai)

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La rainette

Dans le gosier de la rainette
Un grillon triste est enfermé,
Un grillon triste et doux et résigné
Depuis toujours enfermé là
Et qui chante,
Qui chante
Son tout petit chant triste et doux et résigné,
Du fond de sa prison, pendant la nuit d'été.

Simone Ratel



- Jehan Rictus -

Jehan Rictus (1900-1948) ou plutôt Jehan-Rictus (1867-1933), est le pseudonyme sous lequel Gabriel Randon a publié ses oeuvres poétiques. Une histoire familiale de séparation et d'abandon le laisse, adolescent, livré à lui-même dans Paris, menant une vie de SDF.
Il écrit des poésies rimées en langage populaire. Elles seront éditées en 1897 sous le titre : Les Soliloques du pauvre.
D'autres recueils suivront (Doléances, les Cantilènes du malheur et surtout le Cœur populaire en 1914), ainsi qu'un roman et une pièce de théâtre.

lieucommun a supprimé à regret la dernière strophe de ce poème, qui a donné lieu à des interprétations trop douteuses. On n'aura aucun mal à retrouver le passage supprimé sur d'autres sites ...

Le Bel Enfant

Comme c’est doux, comme c’est beau
À voir
Le soir
Dans quelque modeste famille
Le « bel Enfant » qu’on déshabille
Petit gas ou petite fille
Avant qu’on le mette au dodo
Comme c’est doux, comme c’est beau.

Ce n’est peut-être pas au gré
D’un tas de « fabricants » de vers
Diseurs de riens cis’leurs de mots,
Bons rimeurs mais piètres poètes
Ce n’est peut-être pas assez
« Esthétique » ! ni « littéraire »
Mais c’est pourtant rudement beau.

« Petit Père » ayant tout le jour
Traqué la pièce de cent sous
Dans ce Paris cruel et fourbe
Ou bien, peiné sur des dossiers
Sous l’agressive surveillance
D’un « Chef » quinteux et tracassier
Voici, voici sa récompense...

On est à la fin du repas ;
On fume, on rêve, on boit, on cause
Quand l’Enfant se met à bâiller
(La salle à manger est bien close)
Nous allons le déshabiller
Devant l’Ami, le Familier...

La pudeur ne peut être en cause
(Il est si jeune, n’est-ce pas)...
Puis un bébé nu, c’est si beau.

Donc, la Maman le prend sur elle
(Baisers goulus, tendres querelles)
Et, sous le gaz ou l’abat-jour
À mon ravissement immense
L’ineffable labeur commence
Accompagné d’un chant d’amour.

— « Donne tes beaux « iers iers » mon Ange »
Docile, car ensommeillé
L’Enfant tend ses menus souliers
Et, partis les bas ou chaussettes,
Paraissent les deux petits pieds !

Ah ! les petons ! Ah ! les « papattes »
Ronds comm’ petites patates
Et gras comme oisillons plumés
(La bouche s’en montre affamée)
Chers petits pieds ; charmants « totos ».
Aussi Maman les mord et mange
Comme de bons petits gâteaux.

Puis, au reste de la toilette
Et voilà que les vives mains
Vont, viennent, volent, se propagent
Parcourent l’Enfant en tous sens
Le dépouillant des vêtements
Comme on délivre de ses feuilles
Un gros bouquet de fleurs des champs.

Alors, peu à peu s’en dégage
Le cou portant à sa naissance
Le beau collier d’ambre à gros grains
Vient, la suave épaule blanche
Que suit le beau petit bras rond
Au coude orné de sa fossette,
Le beau petit « bra-bras » dodu
Pénible à tirer de la manche...

Là, Mamans, j’admire Vos Mains
Vos Mains, savantes et légères
Lorsque, sans peur de le casser
Comme un bibelot d’étagères
Vous tripotez et pétrissez
Le Petit Animal Humain !

Et m’enivre du doux parler
Que forment vos tendres paroles
Ce « bébaiement » délicieux
Aux diminutifs gracieux
Analogue au babil créole !

Enfin, debout et soutenu
Près de ses mignonnes mamelles
Par les bonnes mains maternelles
Râblé, poli, frais, propre et beau
Voici l’Enfantelet tout nu
Potelé comme un angelot

Avec ses petits reins cambrés
Les fermes pommes de ses fesses
Ses doux membres cerclés de graisse
Son ventre et son pubis bombés
Comme c’est doux, comme c’est beau.

Et puis, avant qu’Elle lui passe
Sa longue chemise de nuit
Semblable aux Vierges des Églises
Qui présentent « l’Enfant Jésus »
Maman se levant, le ramasse
Et me l’apporte, bras tendus

Me l’apporte, me le confie
Sachant bien dans sa charité
Que les seuls « enfants » de ma Vie
Sont « Solitude » et « Pauvreté »

Et dit ces mots de bonne grâce :
« Maintenant qu’on est dévêtu,
Il faut aller dire : bonsoir
À notre ami « Jehan Rictus ».

Et voilà qu’autour de mon cou
Deux jolis bras d’amour se nouent
Voilà que près de mon oreille
Et dans ma barbe qu’elle effleure
Une bouchette en chair de fleur
Balbutiante de sommeil
Me souffle : « Bonsoir mon « ictus » !

Alors, je sens mon vieux cœur fondre
Comme une neige de Printemps
À peine si je puis répondre
À la caresse de l’Enfant.

(...)

Jehan Rictus, 1909

- - - - - -  - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

Chanson de “Taote”

"De suis Taote, Taote, Taote !
Taote Jeanson y te plaît !
Ai pas t'ois z'ans, unique au monde
Et de suis blonde
Petite fille du Toleil.
De vais, de viens, pa'tout de trotte
De perds tout le temps ma “tulotte”
Que reboutonne Maminet,
Ô maminet, ma maminet
De suis Taote, Taote, Taote, Taote !
Ma mémée me dit - “Ma thérie !”
Mon papa me dit - “Mon coco !”
Ma maman me dit - “Viens Talotte !”
Papinet me dit - “Riquiqui !”
Maminet me dit - “Mon doudou !”
De suis Taote ! De suis Taote !
Tout est à moi au Tolombet !
Les poules, les palmiers, les plantes
Le zadin et le potager :
Même la voiture
De t'assure...
T'est vrai, n'est-ce pas maminet ?
De suis Taote ! de suis Taote !
Ô Maminet, ma Maminet !
Gade mes n'yeux bleuis-bleuets
Gade mon doli corps
fuselé et tout rondelet
Gade mes “feveux” d'or fizés
Gade mes minnes à fossettes
Gade mes petons sans “çaussettes”
Avec quoi de fais que danser
De suis Taote, Taote, Taote !
Qui me dorlote ? Qui me baigne ?
Qui me met de la bonne odeur ?
Qui me fait belle ? Qui me peigne ?
T'es Maminet, ma Maminet !
Quand d'ai du “çagrin” à gros coeur
Quand de me cogne ou que de tombe
T'est à Maminet que de cours...
La “bouce” en cris, les n'oeils en larmes
Mes petits bras raidis d'amour...
Et ma Maminet me “tonsole”
Et ma Maminet boit mes pleurs
De suis Taote, Taote, Taote !
Papinet me porte ou me gronde
Ou doue avec moi à “w'ou-w'ou”
Papi, Papi, t'est Papinet
De suis Taote, de suis Taote !
Les “ciens” ont mangé ma Poupée !
De leur ai donné la fessée...
Maminet a dit “T'est bien fait !”
T'est Maminet t'est la pus belle
T'est Papinet t'est le meilleur
De suis Taote, Taote, Taote !
Ô Maminet ! Ma Maminet
De suis Taote ! De suis Taote..
N'est à toi mon drand Petit coeur."

Jehan Rictus - Juillet 1927 - d’après Charlotte Jeanson, Sanary (Var)

La "chanson de Taote" est rapportée par Charlotte Langlois, à qui, enfant, elle faisait référence. Ce texte a été emprunté ici : , http://www.florilege.free.fr/jehan-rictus/poemes_divers.html#chanson_de__taote site où lieucommun a trouvé aussi la précision suivante : "Chant d’allégresse d’un bébé-fillette de trois ans, recueilli et mis en ordre par Jehan-Rictus
Observation : “Taote” vu son jeune âge, ne pouvait prononcer les C, les S, et les remplaçait par des T. Les J sont remplacés par des D."

crayon lieucommunLe langage enfantin

Il est naturellement celui de l'enfant débutant dans la vocalise, dont le lexique et la structuration s'enrichit, devançant l'articulation correcte.
Il est aussi celui des poètes qui ont, comme Jehan Rictus, imité et brodé à partir de phrases d'enfant.
On s'exercera à cet exercice, à l'exemple de Jehan Rictus, Norge ou Jean Tardieu (voir les paragraphes de ces auteurs).



- Madeleine Riffaud -

Madeleine Riffaud est née en 1924. Résistante contre le nazisme, journaliste engagée (grand reporter pour le quotidien communiste L'Humanité), elle a publié des romans et des poèmes.

Cheval bleu

J’avais un petit cheval bleu
Qui se promenait dans ma chambre
En liberté, crinière longue
Et des rayons sur ses sabots.

Il galopait sur le bureau,
Sur les bouquins de l’étagère.
Il galopait, tête levée
Sur la steppe blanche des draps.

Il vivait d’un reflet,
S’endormait chaque nuit
Dans le creux de mes mains
Comme font les oiseaux.

Madeleine Riffaud



1 novembre 2009

PRÉSENTATION DU PROJET PP12 - "ENFANCES" - TEXTES EN FRANÇAIS

La plupart des textes publiés n'ayant pas fait l'objet d'une demande d' autorisation, les ayants droit peuvent nous en demander le retrait. 

  • Les textes mis en ligne sont antidatés pour le rangement, ne pas en tenir compte !
  • Les textes sont présentés dans leur orthographe originale.
    Lieucommun n'appliquera pas davantage dans la présentation et les commentaires, les nouvelles révisions orthographiques sensées simplifier l'écriture, mais qui ne sont pas encore généralisées dans les écoles.
    Les puristes corrigeront aussi les erreurs et les fautes de frappe ! (n'hésitez pas à nous les signaler en commentaire)


 

crayon lieucommun  Printemps des poètes 2012 : ENFANCES

"Jusqu’au bord de ta vie
Tu porteras ton enfance" ...
(Andrée Chedid)


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contribution au Printemps des Poètes 2012, "Enfances"

Marelles

au pied des tours
béton cailloux
de Villeurbanne ou de Sarcelles
suspendus entre Terre et Ciel
des enfants jouent à la marelle

entre les lignes à cloche-pied
ne pas tomber ne pas tomber

sinon faut tout recommencer

au pied du mur
béton cailloux
de Palestine ou d'Israël
suspendus entre Terre et Ciel
des enfants jouent à la marelle

entre les lignes à cloche-pied
ne pas tomber ne pas tomber

on ne peut pas recommencer

Antoine Bial

c'est un jeu d'enfant

PP 2012 - création lieucommun - une partie de l'affiche officielle est incluse dans l'enfant

bandeau PP12

sur le thème "ENFANCES"

14e Printemps des Poètes du 5 au 18 mars 2012
"L'intitulé du 14e Printemps des Poètes voudrait inviter à considérer quelle parole les poètes tiennent sur les commencements, apprentissage du monde entre blessures et émerveillements, appétit de vivre et affrontement à la « réalité rugueuse », comment leur écriture aussi garde mémoire du rapport premier, libre et créatif, à la langue
" [...] la suite ici :  http://www.printempsdespoetes.com"  - Jean-Pierre Siméon, directeur artistique du Printemps des Poètes

Le poème préféré de lieucommun, s'il en fallait un :

Regarder l'enfance

Jusqu’au bord de ta vie
Tu porteras ton enfance
Ses fables et ses larmes
Ses grelots et ses pleurs
Tout au long de tes jours
Te précède ton enfance
Entravant ta marche

Ou te frayant chemin

Andrée Chedid - texte intégral dans la catégorie PP 2012 : L'ENFANCE en français

et la chanson préférée de lieucommun, s'il en faut une (extrait) :

Perlimpinpin

...
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
S'il faut absolument qu'on soit
Contre quelqu'un ou quelque chose,
Je suis pour le soleil couchant
En haut des collines désertes.
Je suis pour les forêts profondes,
Car un enfant qui pleure,
Qu'il soit de n'importe où,
Est un enfant qui pleure,
Car un enfant qui meurt
Au bout de vos fusils
Est un enfant qui meurt.
Que c'est abominable d'avoir à choisir
Entre deux innocences !

Que c'est abominable d'avoir pour ennemis
Les rires de l'enfance !
...

Barbara - texte intégral dans la catégorie PP 2012 : L'ENFANCE en français

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L'enfant

L’enfant n’est pas un ange
Ce n’est pas un démon

Il se cogne aux étoiles
Sans se blesser le front

Roi des eaux sidérales
Il s’invente un royaume

Un royaume à cheval
Entre l’aurore et l’aube

Chaque jour son regard
Recommence le monde.

Charles Le Quintrec - autres textes dans la catégorie PP 2012 : L'ENFANCE en français

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  • pour illustrer le thème ENFANCES, lieucommun propose un éventail de textes adaptés aux niveaux des classes de l'école primaire, et des textes sur le thème de l'enfance.
  • La partie consacrée par le Printemps des Poètes 2012 aux quatre éditeurs cités ci-dessus est trop vaste pour être reprise ici. On situera simplement autant que possible les textes publiés.

Quelques propositions de production d'écrit accompagnent les textes.



 

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